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Moyen-Orient

Jordanie : suicide ou acte criminel ? Mystère autour des deux influentes sœurs Salti

© Capture d'écran Facebook | Soraya et Joumana Salti, deux femmes citées en exemple dans le monde arabe.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 10/11/2015

La mort de Soraya et Joumana Salti, deux sœurs érigées en exemple dans le monde arabe, intrigue en Jordanie. Officiellement, elles se sont suicidées en sautant du haut d’un immeuble près d’Amman. Une version qui peine à convaincre leurs proches.

Elles étaient belles, dynamiques et brillantes. Les corps sans vie des sœurs Salti, Soraya et Joumana, deux femmes jordaniennes auréolées de succès professionnels et citées en exemple, ont été retrouvés le 6 novembre au bas d’un immeuble en construction de la banlieue d’Amman, la capitale de la monarchie hachémite.

Officiellement, il s’agit d’un double suicide. Selon la police jordanienne, Soraya, mère de famille âgée de 44 ans, et Joumana, 37 ans, ont sauté du haut de l’immeuble pour se donner la mort.

L’annonce de la disparition des deux sœurs, issues d’une grande famille jordanienne et qui détenaient la nationalité américaine, a provoqué une onde de choc à la mesure de leur réputation. Les messages de condoléances en ligne ont afflué de l’ensemble du monde arabe.

Deux parcours exemplaires

Et pour cause, Soraya Salti, qui a été citée en 2013 parmi les 100 femmes les plus influentes du monde arabe par l’hebdomadaire "Arabian Business", était une figure exemplaire pour la jeunesse de la région, selon les propres termes du président américain Barack Obama. Plusieurs fois primée pour son esprit d’entreprenariat, elle avait été désignée "Young Global Leader" par le Forum économique mondial.

Elle dirigeait jusqu’ici "Injaz al-Arab" (Les exploits des Arabes), une des associations à but non-lucratif les plus influentes dans le monde arabe, qui œuvre à l’éducation des jeunes et à leur préparation à la vie active. "Elle restera dans nos mémoires comme une rêveuse qui a osé créer de nouvelles opportunités pour la jeunesse arabe dans la région, écrit l’association. À ce jour, l’organisation qu’elle a créée a touché plus de deux millions de jeunes."

De son côté, sa sœur Joumana, diplômée de la prestigieuse London School of Economics, avait brillé dans le domaine économique. Ancienne basketteuse internationale jordanienne, elle a notamment travaillé au sein du cabinet PricewaterhouseCoopers et était un temps chargée des questions économiques et sociales au sein de la Cour royale de Jordanie.

Pour la police, il s’agit d’un double-suicide

Après avoir mené une enquête préliminaire, en s’appuyant sur les preuves et les témoignages recueillis, le département de la Sécurité publique - dépendant du ministère de l'Intérieur jordanien – a écarté la possibilité d’un acte criminel.

Les enquêteurs affirment avoir mis la main sur une lettre manuscrite adressée aux parents des deux femmes et authentifié l’écriture de l’une des deux sœurs. Toutefois, ni le contenu de la lettre ni l’identité de son auteur n’ont été divulgués par les autorités jordaniennes.

Selon le communiqué du département de la Sécurité publique, un témoin, le gardien d’un immeuble situé près de celui où leurs corps ont été retrouvés, a affirmé avoir entendu le bruit provoqué par leur chute mortelle, avoir accouru sur place et découvert les deux corps gisants, sans qu’il ne croise personne d’autre sur les lieux.

Un autre témoin, une habitante d’un immeuble situé en face du bâtiment en construction, affirme de son côté avoir vu une première femme sortir avec empressement de son véhicule avant d’entrer dans l’immeuble en question, "l’air nerveuse", suivie quelques instants plus tard par une autre femme, qui semblait être elle aussi "pressée".

L’autopsie des deux corps a révélé que la mort des sœurs Salti a été provoquée par le choc, et qu’outre les multiples fractures résultant de la chute mortelle, aucune blessure antérieure n’a été constatée.

Une version officielle mise en doute

Cette version des faits est loin de convaincre les proches et les amis des sœurs Salti. À l’instar de nombreux internautes jordaniens bouleversés par la nouvelle de leur mort, ils suspectent plutôt un acte criminel. Il est impossible à leurs yeux que les deux femmes "qui aimaient tant la vie" aient pu décider de mettre fin à leurs jours.

"Il est difficile de croire qu’elles se sont suicidées", écrit sur sa page Facebook Marwan Muasher, ancien ministre des Affaires étrangères jordanien. "Je connaissais les deux femmes, elles étaient pleines de vie et aimaient la vie", poursuit-il, en précisant que les sœurs Salti étaient "un exemple de vitalité, de positivité et d’enthousiasme".

Un proche de la famille, cité par le quotidien jordanien anglophone "Jordan Times", est certain qu’une "histoire mystérieuse" se cache derrière leur disparition. "Il s’agit certainement d’un crime, il est impossible qu’elles se soient suicidées", affirme une autre personne citée par le quotidien, qui affirme bien connaître les deux femmes.

De son côté, le journaliste jordanien Raed Omari, dans des propos rapportés par la chaîne "Al Arabiya News" a évoqué "une affaire floue et mystérieuse". Il a cité un proche de la famille Salti, qui lui a indiqué que les deux femmes n’avaient jamais montré de signes révélant un état dépressif. Il remet lui aussi en doute la théorie du suicide.

Jusqu’ici, la famille s’est refusée à tout commentaire public. Toujours est-il que sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont interpellé la famille royale jordanienne en s’étonnant de leur silence après la disparition de deux figures qui font honneur au pays. D’aucuns ont appelé la reine Rania de Jordanie à garantir l’impartialité de l’enquête.

 

Première publication : 10/11/2015

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