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Molenbeek, plaque tournante belge du jihadisme en Europe

Opération de police à Molenbeek, une des 19 communes de Bruxelles, le 16 novembre 2015.
Opération de police à Molenbeek, une des 19 communes de Bruxelles, le 16 novembre 2015. John Thys, AFP

Alors que sept personnes sont en garde à vue en Belgique, en lien avec les attentats de Paris, tous les regards sont tournés sur la commune bruxelloise de Molenbeek, parfois considérée comme étant une base arrière des jihadistes en Europe.

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Les liens entre les attentats revendiqués par l’organisation de l’État islamique (EI) qui ont ensanglanté les rues de Paris le 13 novembre et la Belgique sont désormais clairs, selon les termes du ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve.

C’est plus précisément sur Molenbeek Saint-Jean, l'une des 19 communes de Bruxelles-Capitale, que tous les regards sont désormais tournés. Dans cette agglomération défavorisée d’un peu moins de 100 000 habitants ont été arrêtées cinq des sept personnes placées en garde à vue Belgique au cours du week-end, dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Paris. Cinq d’entre eux ont été relâchés ce lundi 16 novembre.

Né en Belgique et détenteur de la nationalité française, Salah Abdeslam, l’homme le plus recherché par les polices françaises et belges, a passé sa jeunesse à Molenbeek, comme son frère Brahim Abdeslam, identifié comme étant l’un des kamikazes de Paris. Il est également le frère de Mohamed, arrêté samedi à Molenbeek, puis remis en liberté. Ce matin encore, un quartier de la commune a été bouclé et une opération menée par les forces spéciales belges n’a débouché sur aucune arrestation.

Une "base arrière pour jihadistes"

"Plaque tournante du terrorisme en Europe", "sanctuaire pour islamistes radicaux", "base arrière pour jihadistes", les qualificatifs sulfureux accolés depuis plusieurs années à ancien centre industriel à forte population immigrée ne datent pas d’hier. Les responsables politiques belges ont bien conscience du phénomène.

"Je constate qu'il y a presque toujours un lien avec Molenbeek, qu'il y a un problème gigantesque, a concédé dimanche à la télévision flamande VRT le Premier ministre Charles Michel. Les mois passés, beaucoup d'initiatives ont déjà été prises dans la lutte contre la radicalisation mais il faut aussi plus de répression". De son côté, le ministre belge de l'Intérieur, Jan Jambon, a promis de "s'occuper personnellement" de Molenbeek Saint-Jean.

Que ce soit Hassan el-Haski, condamné pour avoir été l'un des architectes des attentats de Madrid en 2004, ou Mehdi Nemmouche, le principal suspect de la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai 2014, ou encore Ayoub el-Khazzani, l'auteur de l'attentat manqué à bord du Thalys Amsterdam-Paris cet été, tous ont en commun d’avoir séjourné un certain temps à Molenbeek.

En outre, Abdelhamid Abaaoud, présenté comme un membre éminent de l’EI et activement recherché par la police belge depuis janvier 2015, a également vécu dans la commune. Dans son édition de ce lundi, le journal flamand "De Standaard" affirme que ce dernier a fréquenté dans le passé Brahim Abdeslam. Citant une source proche de l’enquête française, Reuters indique ce lundi qu’Abdelhamid Abaaoud, qui se trouve actuellement en Syrie, est soupçonné d'être le cerveau des attentats de Paris.

Pauvreté, repli identitaire et religieux

Interrogée sur la réputation trouble de sa commune, la bourgmestre (maire) Françoise Schepmans a semblé désemparée. "Que des terroristes soient passés par Molenbeek, une commune faisant partie d'une capitale et donc où il existe un anonymat et beaucoup de passage, ne m'étonne pas vraiment, a-t-elle expliqué au site d’information belge DH. Par contre que de jeunes Molenbeekois soient directement impliqués dans ces affaires de terrorisme, c'est très interpellant".

Et d’ajouter : "C'est difficile pour nous, je comprends que dans l'immédiateté de ces événements, on se focalise sur notre commune, mais Molenbeek est grande et très diversifiée. En fait, ce n'est qu'un seul quartier et quelques rues fréquentées qui sont impactés par ce phénomène de radicalisme violent".

Selon elle, cette radicalisation est liée au repli identitaire et religieux de la part de certains habitants de la commune, la deuxième plus jeune et la deuxième plus pauvre du royaume, dont la population a quadruplé en 20 ans. "Dans certains quartiers, la population est très dense, composée de personnes d'origine maghrébine à 80 %. L'anonymat est plus facile pour les gens de passage dotés de très mauvaises intentions […] Ils débarquent aussi dans des quartiers où le terreau de radicalisation est plus fertile [...] Il aurait fallu être beaucoup plus ferme dès le départ", dit-elle, reconnaissant au passage que Molenbeek a trop longtemps vécu dans le déni.

Depuis le début de l’année, la commune a mis en place une formation destinée à repérer la radicalisation chez les habitants. Mais sous le sceau de l’anonymat, plusieurs responsables locaux ont indiqué manquer cruellement de moyens pour faire face seuls à la radicalisation.

La Belgique, un fief du jihadisme ?

Si Molenbeek se retrouve de facto au cœur de l’actualité, ce phénomène ne concerne pas uniquement cette commune, comme le prouvent le démantèlement de filière ou l’arrestation d’individus radicalisés ces dernières années à Anvers, Bruxelles, Verviers, et Vilvorde, au point de faire apparaître la Belgique dans plusieurs affaires de terrorisme liées au jihadisme. Sans compter que, placée au cœur d’un continent où les frontières sont ouvertes et la liberté de mouvement garantie, la Belgique est devenue un carrefour très fréquenté par les jihadistes.

"C’est une vieille histoire, depuis une vingtaine d’années, dans presque tous les grands dossiers islamistes, il y a une piste qui passe par la Belgique", assure Claude Moniquet, expert des questions liées au terrorisme et président de l’European Strategic Intelligence and Security Center (Esisc), interrogé par France 24. "En effet, dès les années 1990, à l’époque où le GIA algérien s’en prenait à la France, c’est à Bruxelles que se trouvait souvent les bases arrières de ces groupes terroristes, explique-t-il. Avant cela, nous avions trouvé des filières jihadistes liées à la Bosnie, puis par la suite, d’autres liées à l’Irak et à l’Afghanistan".

Les experts aiment à rappeler que ce petit pays de 11 millions d'habitants est, dans l’Union européenne, celui qui compte le plus grand nombre de jihadistes partis combattre en Syrie et en Irak, proportionnellement à sa population. "Le nombre de départs en Syrie baisse de manière systématique en Flandre et en Wallonie, alors qu'à Molenbeek des gens continuent à partir, a confié dimanche, depuis Paris, le ministre belge de l'Intérieur. C'est pourquoi, en collaboration avec et à la demande de la police, nous allons davantage nous concentrer sur Molenbeek".

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