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Mali : deux groupes jihadistes prétendent avoir perpétré l'attaque de Bamako

Un policier devant l'hôtel Radisson Blu à Bamako, le 22 novembre.
Un policier devant l'hôtel Radisson Blu à Bamako, le 22 novembre. Issouf Sanogo, AFP

L’attaque de l’hôtel Radisson, vendredi à Bamako, a été revendiquée par le groupe jihadiste de Mokhtar Belmokhtar, Al-Mourabitoune. Mais dimanche, le Front de libération du Macina s’est à son tour attribué la paternité de l’attentat. Explications.

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Au Mali, trois jours après l’attentat perpétré vendredi 20 novembre à l’hôtel Radisson Blu de Bamako, la confusion règne encore. L'enquête s’oriente vers plusieurs pistes, sans aucune certitude sur le nombre des assaillants ou leur nationalité. Un avis de recherche pour un homme et une femme a même été publié, avant d’être retiré quelques heures plus tard.

Deux revendications distinctes sont en outre venues ajouter à la confusion. Le groupe jihadiste Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar a affirmé dès vendredi être l’auteur de l’attaque, précisant que ses assaillants étaient uniquement au nombre de deux et laissant entendre qu'ils étaient maliens. Dans un enregistrement en arabe diffusé par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, un porte-parole d'Al-Mourabitoune les a en effet identifiés comme étant Abdelhakim al-Ansari et Moez al-Ansari, le qualificatif "al-Ansari" désignant, dans la terminologie jihadiste des combattants autochtones.

Peu de temps avant, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian avait affirmé que Mokhtar Belmokhtar était "sans doute à l'origine" de l'attentat. L’homme, l’un des chefs jihadistes les plus redoutés du Sahel et affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), milite pour une grande coalition avec les jihadistes du Niger, du Tchad et de Libye. Donné plusieurs fois pour mort, notamment en juin dernier et en avril 2013, son décès a chaque fois été démenti. Al-Mourabitoune avait en outre déjà revendiqué le premier attentat visant des Occidentaux à Bamako, le 7 mars dernier au bar-restaurant La Terrasse, qui avait fait cinq morts, trois Maliens, un Français et un Belge.

Mais, tard dimanche soir, un autre groupe jihadiste du centre du Mali, le Front de libération du Macina (FLM), s’est attribué à son tour la paternité de l'attentat, dans un communiqué adressé à l'AFP. Il assure de son côté que les assaillants étaient au nombre de cinq dont "trois sont sortis sains et saufs" de l'attaque. Le groupe, apparu au début de l'année et dirigé par le prédicateur radical peul Amadou Koufa, affirme qu’il a agi avec Ansar Dine, affilié à Aqmi dans le nord du pays. "Cette attaque est venue comme une réaction contre les attaques des forces [françaises] Barkhane qui visent certains éléments du Front et Ansar Dine à l'aide de l'armée malienne et le soutien de certains pays occidentaux", affirme ainsi le communiqué du FLM.

"Chaque groupe veut gagner une guerre médiatique"

Selon Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) en charge de l’Afrique, cette double revendication est due au fait "que chaque groupe veut gagner une guerre médiatique". Il explique qu’au Mali, et dans la région du Sahel plus généralement, les groupes jihadistes "ont des labels, Al-Qaïda ou EI, et sont engagés dans une lutte de pouvoir et d’influence qui se joue également dans les médias". Avec la croissance de l’organisation de l'État islamique (EI), Al-Qaïda est en perte de vitesses et cherche à se démarquer, souligne-t-il. En mai dernier, Belmokhtar a ainsi réaffirmé la loyauté de son groupe à Al-Qaïda et démenti l'allégeance à l'organisation de l'tat islamique (EI) proclamée par un autre dirigeant d'Al-Mourabitoune.

Le chercheur avance en outre que le Front de libération du Macina "serait, a priori, la nouvelle désignation du groupe Ansar Dine, qui comme Mourabitoune, est proche d’Aqmi". La situation sur le terrain est si complexe qu’il est difficile de savoir exactement qui est derrière cette attaque : ces groupes "évoluent rapidement et sont tantôt alliés tantôt adversaires".

Philippe Hugon emet encore une autre hypothèse : Al-Mourabitoune et le FLM pourraient s’être alliés pour perpétrer l’attaque. Cela ne serait d’ailleurs pas le première fois dans la région que deux groupes revendiquent un seul attentat. Le 23 mai 2013, un double attentat-suicide faisait 25 morts, essentiellement des militaires, dans le nord du Niger. Les deux attaques, les premières du genre dans le pays, avaient été revendiquées par les "Signataires par le sang" de Belmokhtar et le Mujao. Implanté en particulier dans la région de Gao, dans le nord du Mali, le Mujao a fait partie des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda qui ont contrôlé cette partie du pays pendant près d'un an, entre le printemps 2012 et début 2013. Ils ont été en grande partie chassés par l'opération militaire Serval, lancée à l'initiative de la France en janvier 2013. Trois mois plus tard, les "Signataires par le sang" et le Mujao annonçaient leur fusion en un seul mouvement appelé Al-Mourabitoune.

Malgré l’intervention française et l’opération Barkhane toujours en cours, certaines zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères. Les attaques jihadistes se sont étendues depuis le début de l'année vers le centre, puis le sud du pays.

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