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Culture

Grande Guerre : Émilienne Moreau, Croix de guerre et héroïne à 17 ans

© Collection particulière, Stéphanie Trouillard. | Une carte postale intitulée : "L'héroïne de Loos (Émilienne Moreau) dont "Le Petit Parisien" publie en ce moment les Mémoires.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 27/11/2015

Il y a 100 ans, Émilienne Moreau recevait la Croix de guerre. Cette jeune fille s'était illustrée en organisant un poste de secours et en tuant deux soldats allemands dans le Pas-de-Calais. Une âme de résistante qui l'accompagna toute sa vie.

C’est une cérémonie assez inhabituelle qui a lieu le 27 novembre 1915 sur la place d’armes située devant le château de Versailles. Au milieu d’une dizaine de poilus, une jeune fille pose fièrement. Son visage juvénile tranche avec ceux des soldats aux traits tirés et aux blessures apparentes. Mais sur sa veste, à l’égal de ses compagnons d’un jour, elle aussi porte une médaille. À tout juste 17 ans, Émilienne Moreau vient de recevoir la Croix de Guerre.

"Une foule immense s’était massée derrière les barrages de soldats pour voir et acclamer la vaillante jeune fille", décrit le journal "Le Petit Parisien" dans son édition du lendemain. "‘Je vous félicite et vous admire mademoiselle’, dit le général de Sailly en lui saisissant les mains. Vous honorez les femmes de France. Vous êtes pour elles un bel et réconfortant exemple. Ce qu’exprimait le général, la foule le pensait aussi et l’exprima à son tour par une ovation à l’héroïque jeune fille, devant qui toutes les troupes de la garnison défilèrent".

Dans les jours qui suivent, la plupart des quotidiens de France consacrent des articles à cette remise de décorations. "Le Petit Parisien" va même plus loin en payant l’adolescente pour qu’elle rédige ses Mémoires dans une série de papiers publiés de décembre 1915 à janvier 1916 dans plusieurs publications. Sur des cartes postales, les autorités utilisent aussi son portrait pour donner du courage aux poilus sur le front.

Les mémoires d'Emilienne Moreau dans l'édition du 12 décembre 1915 du "Miroir"
© Gallica

Il faut dire qu’en pleine Première Guerre mondiale, l’histoire peu banale de cette jeune fille, issue d’une famille de mineurs vivant à Loos-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais, passionne les lecteurs. Au moment de l’occupation de son village, elle s’illustre par son courage. "Le 25 septembre 1915, dès la prise par les troupes anglaises du village de Loos, [elle] s’est empressée d’organiser dans sa maison un poste de secours, s’employa pendant toute la journée qui suivit à y transporter les blessés, à leur prodiguer ses soins", peut-on lire le 2 novembre 1915. "N’hésita pas à sortir de chez elle, armée d’un revolver, et réussit avec l’aide de quelques infirmiers anglais, à mettre hors d’état de nuire deux soldats allemands qui, embusqués dans une maison voisine, tiraient sur le poste".

"J’ai tué des hommes"

Quelques mois auparavant, la jeune fille, citée à l’ordre de l’armée par le général Foch en personne, menait pourtant une vie bien tranquille. Elle rêvait seulement de devenir institutrice. Mais en août 1914, son quotidien bascule. Son frère est mobilisé et Loos-en-Gohelle tombe sous l’occupation des troupes allemandes. En décembre, son père décède en raison des privations alimentaires et des terribles conditions de vie qui touchent la population. "Nous sommes obligés de confectionner nous-mêmes son cercueil, le menuisier du village nous ayant quitté dès le début des hostilités", raconte-elle dans son autobiographie "La guerre buissonnière" publiée en 1959.

Malgré la peine, Émilienne continue de donner des cours aux enfants du coin dans une école improvisée. Mais lorsque les troupes britanniques lancent une attaque le 25 septembre 1915, la Française décide de participer aux combats à sa façon. Dans les décombres, elle donne des informations à des soldats écossais, les Highlanders du 9th Black Watch, sur les positions ennemies et met en place un poste médical. "Notre maison est bientôt transformée en infirmerie de campagne. Les blessés s’entassent sur le sol", se souvient-elle dans ses Mémoires.

Lorsqu’un soldat écossais est pris entre deux feux, Émilienne n’écoute alors que son courage et se lance dans la bataille : "Prise par une sorte de furie, moi aussi, je prends des grenades et je les lance par l’escalier de la cave. Des explosions sourdes retentissent. (…) J’ai tué des hommes. Tout cela s’est passé en quelques minutes. Je n’ai pas eu le temps de penser et de m’interroger". Quelques heures plus tard, elle récidive : "Certains Allemands se sont dissimulés dans les ruines, lors de l’attaque, en attendant la nuit pour pouvoir rejoindre leurs lignes. Je cours vers le banc, où se trouve le revolver oublié par l’un des infirmiers. L’arme est lourde à soulever. Je la brandis vers la porte, je tire… Les deux ombres s’effondrent. Puis c’est le silence".

Engagée au cours des deux guerres

Une jeune fille de 17 ans vient ainsi de mettre hors d’état de nuire quatre soldats allemands. Alors qu’en France elle devient "l’héroïne de Loos", cet exploit est en revanche très mal perçu dans le camp adverse. La convention de la Haye de 1907 interdisant aux civils de prendre les armes, sa tête est mise à prix par les Allemands. Bien après la fin de la Grande Guerre, la légende associée à Émilienne Moreau continue d’agacer outre-Rhin. Comme elle l’explique dans "La guerre buissonnière", une fois arrivée au pouvoir, Hitler aurait d’ailleurs dépêché des agents pour l’éliminer. " Vous êtes Émilienne Moreau, l’héroïne de Loos et ces deux jeunes gens sont venus pour vous tuer !", lui annoncent alors des policiers français, peu de temps avant que ces hommes ne soient finalement repérés par les gendarmes.

Mais cette menace ne l'effraie pas. Cible de premier plan, elle décide pourtant sous l’Occupation de résister une nouvelle fois. Sous les noms de Jeanne Poirier ou d'Émilienne la Blonde, elle organise un réseau dans la région de Lens avec son mari Just Evrard, un responsable de la fédération socialiste du Pas-de-Calais. Dans la clandestinité, elle échappe à plusieurs reprises aux arrestations et réussit à rejoindre Londres en 1944 . Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle fait partie des six femmes à devenir compagnon de la Libération. Le général de Gaulle la décore personnellement en août 1945 à Béthune.

Émilienne Moreau (au centre), célébrant en octobre 1959 le souvenir de la bataille de Loos entourée d'anciens de la 15e division écossaise, Lytham
© Wikipasdecalais.fr/Nord-Matin

Après avoir pris une part active à deux conflits mondiaux, elle a continué inlassablement à militer tout au long de sa vie en tant que membre du Parti socialiste et d’associations d’anciens combattants jusqu’à son décès en 1971. Très lucide sur le monde qui l’entourait, la jeune fille qui avait osé prendre les armes a surtout voulu faire vivre l’esprit de résistance. Sentant que les menaces étaient toujours visibles à l'horizon, elle a voulu jusqu'au bout transmettre le flambeau aux nouvelles générations. "Le temps a passé. L’apaisement est venu et le soleil brille de nouveau pour tous. Il y a de la joie de vivre et de l’enthousiasme dans les yeux des jeunes. Fort heureusement. Car des bruits de bottes résonnent un peu partout dans le monde", écrivait-elle en 1970, dans une nouvelle édition de son livre, quelques mois avant de mourir. "Vous les jeunes, soyez prêts à défendre la Paix et la Liberté, car c’est ce qu’il y a de plus beau au monde. Pensez à l’exemple que vous ont donné les soldats de l’ombre… Et s’il le faut, faites comme eux, demain".

Première publication : 27/11/2015

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