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Ce que fait ou ne fait pas la Turquie pour lutter contre l’EI

Le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan. AFP

La Turquie participe modérément à la coalition internationale de lutte contre l'EI. Une prudence qui s'explique par le contexte régional et historique avec lequel elle compose.

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À peine le Bundestag avait-il entériné le principe d’une participation allemande à la coalition internationale contre le groupe terroriste État islamique (EI), que le Premier ministre turc annonçait l’arrivée prochaine des avions de reconnaissance allemands sur le tarmac d’Incirlik, une base du sud du pays sous contrôle américain. Qu’elle le veuille ou non, la Turquie est tout entière concernée par la présence de l’EI à sa frontière. Et chaque décision prise dans le sens d’une plus grande offensive envers l’EI nécessite de la prendre en considération.

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Pourtant, l’attitude d’Ankara envers l’EI n’a pas toujours été sans ambiguïté. Jusqu’en 2014, l’État turc n’acceptait pas que les Américains utilisent leur base d’Incirlik pour frapper le groupe terroriste. Aujourd’hui, la Turquie est membre de la coalition internationale contre l’EI tout en étant accusée, notamment par la Russie, de profiter, financièrement au moins, du passage du pétrole exploité par l’EI sur son sol.

Des intérêts de voisinage

Cette attitude ambivalente trouve ses racines dans la proximité géographique de la Turquie avec la Syrie. Les deux pays où le groupe terroriste prospère le plus, la Syrie et l’Irak, comptent tous deux de fortes minorités kurdes sur leur sol. Or, Ankara se débat face à des revendications kurdes depuis trente ans : le conflit avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a fait plus de 40 000 morts depuis 1984. La Turquie a donc agi avec beaucoup de prudence et de pragmatisme en Syrie afin de n’éviter que ses décisions ne profitent aux Kurdes.

Par ailleurs, la Turquie semble avoir commis une erreur d’appréciation concernant les conséquences du "Printemps arabe". Pour Samim Akgönül, politologue spécialiste de la Turquie à l’université de Strasbourg, "Recep Tayyip Erdogan a cru qu’il allait pouvoir devenir le leader, le 'sultan', d’un monde arabe démocratisé" par la vague d’insurrections qui ont eu lieu à partir de fin 2010. Mais hormis l’exemple tunisien, succès démocratique pour le moment durable, la plupart des mouvements n’ont pas abouti, comme en Libye, en Égypte ou, justement, en Syrie.

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En Syrie, la révolte populaire a eu l’insuccès que l’on sait, avec près de 250 000 morts en quatre ans. Le président, Bachar al-Assad, est resté cramponné au pouvoir et le soutien de son allié russe semble pouvoir l’y maintenir pour l’instant. Or, Ankara s’était positionnée comme adversaire du président syrien. Au point de financer et d’armer les rebelles, ce qu’elle a continué à faire "lorsque les rebelles modérés ont décliné au profit des jihadistes, dont l’EI", ajoute Samim Akgönül.

Pour toutes ces raisons, la Turquie a tardé à agir contre l’EI, ce qui représente déjà une faute en soi, juge le politologue : "Quoi qu’elle fasse aujourd’hui, la Turquie le fait trop tard", dénonce-t-il. Notamment verrouiller sa frontière avec la Syrie, seul point de passage pour le pétrole de l’EI. Car si les accusations des détracteurs de la famille Erdogan concernant une éventuelle prise d’intérêt dans les ventes de pétrole du groupe terroriste sont impossibles à prouver, Washington estimant que la quantité de pétrole introduite par l’EI en contrebande est économiquement "insignifiante", il est indéniable que la frontière entre la Turquie et la Syrie est restée trop longtemps poreuse. Pétrole, mais aussi armes et surtout combattants ont pu la traverser sans problème jusqu’à il y a quelques mois de cela.

Un engagement modéré

Il aura fallu un électrochoc pour décider Ankara à modifier sa position. Ce fut Suruç. Trente-deux morts suite à un attentat-suicide dans cette ville du sud-est de la Turquie et le pays se réveille furieux. Sans être revendiqué par l’EI, l’attaque lui est attribuée par les autorités, qui décident du coup de laisser les États-Unis opérer depuis son territoire.

>> À voir sur France 24 : "La Turquie entre en guerre contre l'organisation de l'État islamique"

"Alors qu’elle avait annoncé son refus d’entrer dans la coalition un an plus tôt, la Turquie s’y joint à ce moment", rappelle Jean Marcou, chercheur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et spécialiste de la Turquie. Elle mène alors quelques frappes déjà évoquées, aujourd’hui interrompues à cause de son différend avec la Russie. Mais ces bombardements visent peu l’EI. "La Turquie privilégie toujours ses intérêts stratégiques", explique l'expert. "Donc ses bombardements se concentrent sur les Kurdes du PKK plutôt que sur l’EI, qui ne représente qu’environ 10 % des frappes."

Surtout, l’État turc agit enfin vis-à-vis des milliers de sympathisants de l’EI sur son territoire. Les cellules jihadistes qu’il avait laissées s’installer sont désormais traquées. Fin octobre, 30 personnes soupçonnées d'appartenir à l'organisation ont été arrêtées lors d’un coup de filet dans le fief islamiste de Konya, dans le sud-est du pays. La veille, sept membres présumés de l’EI avaient été tués dans une fusillade à Diyarbakir.

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