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Réunion à Riyad : "Unir l’opposition syrienne s’annonce déjà très difficile"

Adopté dès 2011 par les rebelles syriens, le drapeau qui était celui de la Syrie avant la période baassiste est devenu l'emblème de l'oppostion à Bachar al-Assad.
Adopté dès 2011 par les rebelles syriens, le drapeau qui était celui de la Syrie avant la période baassiste est devenu l'emblème de l'oppostion à Bachar al-Assad. Mandel Ngan, AFP

L'Arabie saoudite accueille à partir du 9 décembre une réunion de l'opposition et des rebelles syriens pour tenter de présenter un front uni. Mais les Kurdes n'ont pas été invités et toutes les factions ne sont pas représentées.

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C’est une initiative saoudienne unique en son genre. Depuis mercredi 9 décembre, mouvements de l’opposition syrienne et groupes rebelles syriens sont réunis à Riyad. Une première, car s’il y a eu depuis le début du conflit en 2011 une multitude de réunions de l’opposition syrienne et de tentatives de l’unifier, aucune jusqu’à présent n’incluait la rébellion armée.

Le but de cette rencontre : unifier l'opposition syrienne, qui jusqu’ici était toujours apparue fragmentée et divisée, en vue d’éventuelles négociations avec le régime de Damas.

"Cette rencontre constitue la première étape de la feuille de route adoptée à Vienne" le 14 novembre 2015, explique David Rigoulet-Roze, spécialiste du Moyen-Orient et chercheur attaché à l’Institut français de recherche stratégique (Ifras). Les chefs des grandes diplomaties mondiales, dont les États-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran et les puissances européennes, ont fixé un calendrier qui prévoit une rencontre à partir du 1er janvier entre représentants de l'opposition syrienne et du régime de Damas, avant un cessez-le-feu, la formation d'un gouvernement de transition dans les six mois et l'organisation d'élections d'ici 18 mois.

Les Kurdes pas invités, Ahrar al-Sham à la table des négociations

En les accueillant, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a salué ce "large rassemblement de l'opposition syrienne". Or, contrairement au discours officiel des autorités saoudiennes, toutes les factions de l’opposition et de la rébellion syrienne ne sont pas représentées. Les Kurdes, élément essentiel de l’échiquier syrien à la fois sur le terrain et sur le plan politique, n’ont en effet pas été invités. Ils tiennent d’ailleurs une réunion parallèle le même jour avec d’autres groupes de l'opposition sur leurs terres en Syrie.

Seve Aydin-Izouli, Kurde syrienne, avocate au barreau de Paris, regrette leur absence à la réunion de Riyad. "Exclure les Kurdes revient à exclure une partie importante de l’opposition syrienne", estime-t-elle, rappelant qu’ils étaient déjà dans l’opposition avant le déclenchement de la révolution et constituaient la seule formation structurée face au régime. Selon elle, leur absence "affaiblit le camp de l’opposition pour les pourparlers avec le régime".

En outre, l’opposition basée en Syrie et dite " tolérée" par le régime, malgré certaines arrestations, est absente. Le Comité pour le changement démocratique de Haytham al-Manaa s’est notamment retiré de la réunion, après avoir appris que le groupe Ahrar al-Sham y participerait. Sans avoir prêté allégeance à Al-Qaïda, Ahrar al-Sham est un allié d’al-Nosra.

Si la réunion a exclu les deux groupes jihadistes opérant en Syrie, l’organisation de l’État islamique (EI) et le Front al-Nosra, d’autres groupes non jihadistes mais qui n’en sont pas moins des islamistes revendiqués sont présents à la table des discussions. Le groupe Ahrar al-Sham, considéré comme le plus puissant après al-Nosra, a d’ailleurs indiqué avoir accepté de se joindre aux discussions, en dépit de "l'absence de représentants de factions jihadistes à la hauteur" de leur rôle sur le terrain. Le puissant groupe Jaish al-Islam de Zahran Allouche, très actif dans la périphérie de Damas, a également envoyé deux émissaires. "Il était évident que des groupes d’opposition et des groupes de rebelles modérés refuseraient des discussions en présence d’Ahrar al-Sham", rappelle Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Insitute.

L’Arabie saoudite veut recentrer le conflit sur Assad

Selon lui, les factions présentes sont "principalement les groupes financés et soutenus par l’Arabie saoudite". Riyad est l’un des principaux bailleurs de fond de la Coalition nationale syrienne (CNS), considérée par une grande partie de la communauté internationale comme la principale instance représentative de l’opposition syrienne. Toujours d’après Fabrice Balanche, "les autorités saoudiennes organisent cette réunion parce qu’ils veulent continuer à prolonger le conflit contre Assad en Syrie, et qu’elles voient bien que le président syrien n’est plus la priorité pour les Occidentaux qui se concentrent sur Daech [autre appellation en arabe de l’EI]".

Depuis les attentats du 13 novembre à Paris, la lutte contre l’EI est en effet devenue la priorité de la communauté internationale et plusieurs responsables occidentaux ont semblé infléchir leur position envers l’homme fort de Damas. Paris ne considère ainsi plus son départ comme un préalable à toute solution, mais plutôt comme un aboutissement. Laurent Fabius a même évoqué il y a quelques jours l’éventualité de coopérer avec les forces de l’armée syrienne pour lutter contre l’EI.

Selon Fabrice Balanche, la réunion de Riyad fait partie de la "propagande des Saoudiens qui soutiennent qu’il reste en Syrie une troisième force de 70 000 combattants sunnites capables de lutter contre Assad et contre l’EI, mais qu’il faut d’abord se débarasser d'Assad pour pouvoir vaincre l’EI". Des propos relayés notamment par le Premier ministre britannique David Cameron, qui a obtenu l’aval du Parlement pour mener des frappes contre l’EI en Syrie.

Reste qu’il semble peu probable que ces différentes factions réunies à Riyad puissent s’unir tant leurs positions sont différentes. Face aux partisans d’un compromis, opposants ou rebelles modérés, Ahrar al-Sham, se pose en défenseur d’une ligne dure a d’ores et déjà prévenu que la conférence devra notamment insister sur le renversement du régime syrien et le démantèlement des services militaires et de sécurité. Pour Seve Aydin-Izouli, "la tâche de l’unification de l’opposition syrienne s’annonce d’ores et déjà très difficile". Et d'expliquer que malgré tous les efforts pour unifier l’opposition, "il existe deux camps en Syrie : d’un côté un camp qui regroupe essentiellement des positions islamistes, sunnites conservatrices […] défendant un État centralisé, de l’autre un camp plus libéral, dont font partie les Kurdes, qui a une vision de la Syrie, comme un État laïque décentralisé, voire fédéral". Deux visions assez opposées.

Pour Fabrice Balanche, on ne peut s’attendre qu’à une déclaration de principe de coordination entre les rebelles armés et l’opposition politique, qui n’aura de valeur que sur le papier.

Le conflit en Syrie a fait plus de 250 000 morts et poussé à l'exode des millions de personnes. La prochaine réunion internationale sous le format de Vienne devrait se tenir le 18 décembre à New York.

 

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