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CRISE SYRIENNE

Assad coupe court aux espoirs des opposants syriens de négocier

Des membres de l'opposition syrienne photographiés pendant la conférence de Riyad.
Des membres de l'opposition syrienne photographiés pendant la conférence de Riyad. HO / AFP SPA / AFP
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Si elle a permis à une large partie de l’opposition syrienne d’unifier ses rangs autour d’une solution politique de la crise en Syrie, la conférence de Riyad a été, sans surprise, rejetée par le régime de Damas vendredi.

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Décriée pour ses divisions et ses tergiversations chroniques, l’opposition syrienne a affiché, sous la pression saoudienne, une rare unité, jeudi 10 décembre, au terme de la conférence de Riyad. Invités par les Saoudiens à discuter autour d’une même table, une centaine d’opposants issus de plusieurs dizaines de formations, et notamment de factions armées se sont en effet accordés sur un processus clair de règlement politique de la crise en Syrie.

Disqualifiés par la tournure des évènements, à savoir le retour en grâce du président Bachar al-Assad à la faveur de l’intervention militaire russe et l’intensification de la lutte contre l’organisation de l’État islamique (EI) par les Occidentaux, les anti-Assad, n’ayant plus à rien à perdre, se sont résignés à négocier avec le régime de Damas. Jusqu'ici, ils exigeaient que le président syrien soit exclu de toute négociation en vue d'une transition.

Dans une déclaration commune approuvée à l'issue de la conférence, plus d’une centaine de représentants de mouvements politiques et de groupe rebelles armés présents sur place, à l’exclusion des formations kurdes qui n’ont pas été invitées, ont accepté d’entamer de telles négociations, à condition que Bachar al-Assad quitte le pouvoir dès le début d'une éventuelle période de transition.

Une condition "inacceptable" pour le régime de Damas, qui a vivement réagi, vendredi, mettant en avant la présence de groupes armés à cette conférence pour refuser toute négociation. Dans une interview accordée à l'agence de presse espagnole EFE reprise vendredi par des médias d'État syriens, Bachar al-Assad a déclaré que les États-Unis et l'Arabie saoudite voulaient que des "groupes terroristes" participent à ces négociations et proclamé son "refus absolu" de considérer comme "entité politique" des militants armés.

L’opposition se remet en selle

Concrètement, la déclaration commune de Riyad prévoit qu'une délégation de l'opposition syrienne ouvre des pourparlers avec des représentants du pouvoir syrien dans les dix premiers jours de janvier. Interrogé par France 24, une figure de l’opposition syrienne, Georges Sabra, présent à la conférence, a affiché une franche satisfaction. "Cette réunion est une réussite, dans le sens où l’opposition est parvenue à unifier ses rangs autour d’un texte prônant une solution politique, la seule possible pour résoudre cette crise, a-t-il souligné. C’est un succès, car ce principe [d’une solution politique, NDLR] a été entériné par l’ensemble de ses composantes, qui pour la première fois incluaient des formations qui luttent militairement contre le régime".

Sachant que les dissensions au sein de l'opposition avaient fait échouer la précédente tentative de pourparlers, à Genève, il y a près de deux ans, la conférence de Riyad lui permet de se remettre en selle. Et ce, avant la prochaine échéance diplomatique, cruciale pour le pays, prévue le 18 décembre à New York, où doivent se réunir les 17 pays du Groupe international de soutien à la Syrie (États-Unis, Russie, Arabie Saoudite et Iran notamment).

Selon le plan décidé, fin octobre à Vienne, par les chefs des grandes diplomaties mondiales, une rencontre à compter du 1er janvier 2016 entre représentants de l'opposition syrienne et du régime de Damas doit être fixée dans un lieu qui reste à déterminer. Il est également prévu que la conclusion d’un cessez-le-feu et la formation d'un gouvernement de transition dans les six mois et l'organisation d'élections d'ici 18 mois suivent.

Damas ne veut pas négocier avec des "terroristes"

John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, s’est félicité de l’unité affichée par les composantes de l’opposition à Riyad, tout en se montrant sceptique, vendredi, quant à ses conclusions. "Il y a des questions et évidemment, de notre point de vue, des nœuds à démêler", avant la réunion de New York. S’il n’a pas précisé sur quels points portent les réserves américaines, il a rappelé qu'il est important que l'accord ne déplaise pas à Moscou. Il a ajouté qu'il allait approfondir les discussions avec les Saoudiens pour aplanir les différends, avant de s’envoler pour la Russie la semaine prochaine afin d’y rencontrer Vladimir Poutine.

Et pour cause. Les conditions imposées par l’opposition, à savoir le départ du président Assad à l’entame de la période de transition, sont inacceptables pour le régime, qui est désormais en position de force depuis l’intervention russe et qui n'a aucun intérêt à négocier avec une opposition qui réclame le départ de son chef. "Personne en Syrie n’accepterait de négocier avec des terroristes", a-t-il tranché.

"Le communiqué de Riyad veut toujours le départ d'Assad et cela est bien sûr inacceptable pour le régime", explique à l’AFP Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie à l'université d'Édimbourg. Inacceptable, il l’est aussi pour ses protecteurs russes et iraniens, qui n’ont de cesse de marteler que c’est au peuple syrien de décider du sort du président Assad. "Le destin du président de la Syrie doit être à 100 % entre les mains du peuple syrien. La seule armée capable de lutter contre Daech, c'est l'armée syrienne de Bachar al-Assad", a répété le maître du Kremlin, le 26 novembre dernier.

Jeudi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian a dénoncé la conférence organisée par le rival saoudien. "Certains groupes terroristes liés à l'EI participent aux discussions (...) Nous ne laisserons pas ces groupes terroristes décider de l'avenir de la Syrie", a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par l'agence de presse semi-officielle Fars.

Mardi, la Russie avait jugé mardi "prématuré" d'annoncer sa participation à la réunion de New York. Pas sûr que les conclusions de l’accord conclu à Riyad ne l’incitent à s’y rendre.
 

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