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CINÉMA

Est-il possible de critiquer "Star Wars" ?

Studios Disney
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Vidéo par : FRANCE 2
7 mn

C’est soumise à des conditions de confidentialité drastiques que la presse française a pu voir, mardi, le septième épisode de la saga "Star Wars". Les Studios Disney, propriétaires de la franchise, auraient-ils peur des critiques ? Dur à croire.

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À moins que vous n’habitiez une galaxie lointaine, il ne vous aura pas échappé que le septième épisode de "Star Wars" sort sur les écrans français mercredi 16 décembre. Voilà plusieurs semaines que la moindre de vos emplettes vous annonce le "Réveil de la force". Jedis et Stormtroopers s’affichent partout : sur vos yaourts, vos essuie-tout, vos chaussettes, vos filets de 5 kg d’orange… Même les emblématiques boîtes à lettres jaunes qui trônent aux coins des rues sont passées du côté obscur puisque La Poste a noué un partenariat avec les Studios Disney, propriétaire de la franchise depuis 2012.

Jamais, dans l’histoire du cinéma, une saga n’aura suscité autant d’attente et de fantasmes. Aussi populaires soient-ils, James Bond, Batman ou encore le Gendarme de Saint-Tropez n’auront jamais réussi à se propulser au rang du grand space-opéra que George Lucas porta sur les fonts baptismaux dès 1977.

C’est que "Star Wars" est bien plus que du cinéma, c’est tout à la fois un mythe, que dis-je une mythologie, une marque. Avec ses fans inconditionnels, ses exégètes, ses fétichistes du produit dérivé, ses puristes cultivant une nostalgie pour les premiers épisodes… "La sortie d’un ‘Star Wars’ est un phénomène industriel et moderne. Un peu comme lorsque Steve Jobs présentait le dernier iPhone", affirme à France 24 Jordan Mintzer, critique à l’hebdomadaire américain "The Hollywood Reporter".

"Notre rôle est quasi nul"

D’accord, mais le film dans tout ça ? Difficile de savoir ce que vaut cet opus tant le contrôle exercé par Disney sur les quelques "happy few" l’ayant visionné confine aux méthodes du contre-espionnage. Lundi soir, "Le Réveil de la force" a été présenté à 5 000 spectateurs triés sur le volet lors d’une avant-première à Hollywood. Mais rien n’a filtré. Tout juste sait-on que la projection s’est achevée sur un tonnerre d’applaudissements. Mais qu’attendre d’un public conquis d’avance et forcément reconnaissant de figurer parmi les heureux élus ? Sûrement pas qu’il hue le Père Noël.

>> À voir dans le Journal de l'éco : "Le business Star Wars"

Mardi matin, seul un quarteron de critiques français - eux aussi soigneusement sélectionnés - a eu le privilège d’assister à une projection presse. Le journal "Le Monde", lui, a décliné l’invitation, refusant de se soumettre aux trop nombreuses conditions imposées aux journalistes : interdiction de publier une critique avant la sortie du film, interdiction d’émettre un avis sur les réseaux sociaux, interdiction de révéler l’intrigue, interdiction de dévoiler les liens unissant les personnages… sous peine d’avoir affaire aux avocats de la firme. "De mémoire journalistique, aucune société de production n’avait ainsi prétendu se mêler du contenu des articles de presse et des conversations privées des journalistes avec leurs proches, en brandissant de surcroît la menace de poursuites judiciaires", écrit le quotidien.

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Aurait-on donc si peur des critiques chez Disney ? "Ils s’en fichent, assène Jordan Mintzer. ‘Le Réveil de la force’ est ce qu’on appelle un ‘critic proof movie’, c’est-à-dire un film imperméable aux critiques. La presse pourra dire ce qu’elle veut, il marchera. Il y aura bien quelques méchants journalistes pour en dire du mal mais personne ne les écoutera."

"La force d’un critique est de voir les films avant tout le monde, de les digérer, de les analyser et, parfois, de voir les gens qui les ont fabriqués pour qu’ils commentent leur travail. Pour ce qui est de ‘Star Wars’, comme nous voyons le film en même temps que le public, notre rôle est quasi nul. Critiques et spectateurs sont sur un pied d’égalité. Les fans de la première heure ont même une longueur d’avance puisqu’ils en savent plus que nous sur le sujet", précise Thomas Baurez, critique à "Studio Ciné Live" et chroniqueur à France 24, qui a pu voir le Saint-Graal.

La peur du spoiler

En réalité, si studios et distributeurs déploient des trésors de précautions, c’est avant tout par peur des "spoilers", ces malheureux et honnis morceaux d’article qui, parce qu’ils lèvent un bout de voile sur un élément-clé de l’intrigue, peuvent faire passer à quiconque l’envie de payer un billet pour un film dont on connaît les principaux rebondissements. "Je voulais garder la surprise pour le public", a justifié il y a quelques jours J.J. Abrams, l’enfant prodige d’Hollywood qui a repris les manettes de la réalisation laissée par George Lucas.

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Les plus cyniques, eux, verront dans cette rétention d’information une arme marketing visant à provoquer l’attente, à éveiller le désir, à tenir les fans en haleine. Bref, à créer de la demande avec le consentement des consommateurs. "’Star Wars’, c’est le mythe de la génération des années 1980, une génération de grands enfants qui ont besoin de leurs jouets", observe Jordan Mintzer. Et personne ne veut qu’on casse son jouet.

Privés de leur mission de prescripteur, certains critiques auront peut-être la tentation de s’élever au-dessus de la mêlée en affirmant déceler ce que le commun des mortels n’aura pas su voir. "Après ‘Matrix’, un tas de livres est sorti nous expliquant la portée ésotérique, politique et philosophique du film. Or 15 ans après, ce sont des bouquins que plus personne ne lit, rappelle Thomas Baurez. Le problème est qu’en termes d’analyse, il n’y a pas grand-chose à dire du ‘Réveil de la force. L’univers est basique, enfantin et sans sous-textes. Le film se suffit à lui-même, le reste n’est que jus de cerveau. La seule chose intelligente à en dire est que c’est fidèle aux premiers épisodes et plutôt bien réalisé."

Plus prosaïquement, de ce premier volet de la nouvelle trilogie "Star Wars", la presse retiendra davantage le phénomène que les films. On glosera sur son iconographie, son merchandising, ses recettes générées, ses hordes d’aficionados… "J’ai l’impression que le film n’existera pas, commente Jordan Mintzer. Il ne restera que le produit." Qu’un autre viendra remplacer d’ici quelques années. Comme un iPhone.

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