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Grande Guerre : "Les fraternisations sont rentrées dans la mémoire collective"

Le monument des fraternisations inauguré à Neuville-Saint-Vaast, le 17 décembre 2015.
Le monument des fraternisations inauguré à Neuville-Saint-Vaast, le 17 décembre 2015. Stéphanie Trouillard, France 24

Cent ans après le vœu d'un caporal français, un monument des fraternisations a été inauguré dans le Nord-Pas-de-Calais. Ce lieu, initié par le réalisateur Christian Carion, commémore un épisode de la Grande Guerre resté longtemps tabou.

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C'est la main de François Hollande qui a dévoilé le monument des fraternisations de Neuville-Saint-Vaast dans le Nord-Pas-de-Calais, jeudi 17 décembre. "La fraternité est une valeur de la République. Elle est bien davantage qu'un mot. Elle doit nous inspirer tous", a insisté le chef de l'État dans son discours d’inauguration.

Il y a 100 ans, le 10 décembre 1915, dans cette même région, un caporal prénommé Louis Barthas, témoin de trêves et de rencontres entre Français et Allemands en pleine Grande Guerre, avait imaginé dans ses carnets l'érection d'un tel lieu : "Qui sait ! Peut-être un jour dans ce coin d'Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu'on obligeait à s'entretuer malgré leur volonté". Un siècle plus tard, le président, également chef des armées, a fait de ce soldat un exemple à suivre : "Le geste de Louis Barthas montre que l'humanité est toujours capable de se dépasser".

EM diapo Neuville-Saint-Vaast 1915
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"La France a combattu la mémoire des fraternisations"

Pourtant pendant des décennies, ces hommes qui ont osé serrer la main de l'ennemi ou lui parler ont été relégués aux oubliettes. Il aura fallu le travail du réalisateur Christian Carion et son film "Joyeux Noël" pour faire connaître au grand public cet épisode de la Grande Guerre. "La France est le pays qui a le plus combattu la mémoire des fraternisations", souligne le cinéaste. "Après les fraternisations de Noël 14, l'armée française a estimé que cette affaire ne devait jamais se savoir. La censure a été terrible. Les gens qui ont fraternisé ont été déplacés, les courriers inspectés. Les services secrets sont même venus faire une enquête !"

Cette histoire, le metteur en scène l'a découverte au début des années 90. Très vite, il a eu l'idée de la mettre en image sur grand écran, mais il s'est rendu compte que la vision des militaires sur ce passé n'avait pas complètement évolué : "Je n'ai pas pu tourner en France à cause de cela. Je voulais filmer dans des camps de l'armée car ce sont les seuls endroits où vous avez de grands espaces sans rien de moderne visible, mais on m'a dit non en m'expliquant, en gros, que l'armée ne pouvait pas être partenaire d'un film sur des rebelles." Déterminé, Christian Carion réalise quand même son long-métrage en le délocalisant en Roumanie. Le succès en salles est au rendez-vous et la curiosité très vive sur le sujet, mais le réalisateur veut aller plus loin. Il veut à tout prix exaucer le vœu de Louis Barthas : "En tombant sur ses écrits, j'ai eu les larmes aux yeux. Quelle vision ! Un simple soldat, un tonnelier du sud-ouest, imagine un monument ! Ce n'était même pas un homme politique !"

La Découverte

 

"Cela répond au souhait de mon grand-père"

Après plus de 10 ans d'investissement personnel et avec l'aide, notamment, de la communauté urbaine d'Arras et de la région Nord-Pas-De-Calais, Christian Carion a enfin réussi à donner vie à cette "vision inouïe" du caporal Barthas. Six silhouettes de soldats français, allemands et anglais aux couleurs très vives se tiennent désormais à quelques mètres des champs de bataille de Neuville-Saint-Vaast où le caporal a combattu. Pour la famille du soldat, présente en ce jour d'inauguration, l'émotion a été particulièrement forte. "C'était notre vœu de pouvoir assister à cet événement. Cela répond au souhait de mon grand-père tel qu'il l'avait écrit dans son cahier", raconte Georges Barthas, le petit fils du caporal.

Cet octogénaire a bien connu le tonnelier devenu célèbre avec ses mémoires de guerre. C'est lui qui les a publiées dans les années 70, vingt ans après sa mort : "C'était un conteur. Quand nous étions enfants avec mon frère, il nous racontaient pas mal d'histoires : les Allemands qu’il entendait chuchoter, ou les trous d’obus dans les tranchées". Un homme qui resta toute sa vie particulièrement marqué par la Première Guerre mondiale et qui se voulait pacifiste. Pour son petit-fils, le monument des fraternisations est vraiment à son image: "Il n'assistait jamais aux commémorations du 11 novembre. Il ne voulait pas entendre parler des monuments aux morts classiques car, selon lui, c'était un peu une tromperie par rapport aux soldats qui se sont fait massacrer ".

Le monument de Neuville-Saint-Vaast n'a en effet rien à voir avec ceux , très solennels et patriotiques, qui peuplent les places de la grande majorité des villes françaises. Ces quelques soldats de verre colorés peuvent d'ailleurs paraître un peu trop simples au regard de la portée symbolique des fraternisations. Les paroles puissantes de Louis Barthas auraient certainement mérité une réalisation plus aboutie et moins modeste. Mais pour Christian Carion, l'essentiel est ailleurs. "C'est une journée spéciale car un tabou a été levé", insiste le réalisateur. "Ce qui est important c'est que c'est désormais officiel, les fraternisations sont rentrées dans la mémoire collective et ce qui est formidable, c'est que le rêve du caporal Barthas nous éclaire encore aujourd'hui".

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