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En Espagne, le chômage n’a pas favorisé l’extrême droite

Des demandeurs d'emplois à Madrid, en 2011.
Des demandeurs d'emplois à Madrid, en 2011. Dani Pozo, AFP

L’Espagne a l'un des taux de chômage les plus élevés de la zone Euro. Contrairement au reste de l’Europe, cette situation n’a pas favorisé la montée de l’extrême droite mais l’essor de nouveaux partis tels Podemos et Ciudadanos.

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Ils ont tous deux moins de 40 ans, n’ont jamais été élus au niveau national et incarnent pourtant le renouveau de la politique espagnole.

En quelques années, Albert Rivera et Pablo Iglesias ont réussi à bouleverser l’échiquier politique espagnol en imposant leur parti respectif Ciudadanos et Podemos, qui obtiendraient chacun, selon les sondages, entre 18 % et 20 % des voix lors des élections législatives de dimanche.

Le premier, avocat catalan ambitieux, machine politique, s’est imposé comme la voix du centre-droit. "Les Espagnols n’en peuvent plus ! Nous avons une opportunité en or qu’on ne peut pas rater. II y a trop de temps qu’on se plaint du bipartisme décadent, de la corruption, des coupes budgétaires et de la mauvaise gestion, il est temps de changer tout ça !" déclarait-il lors d’un meeting de campagne à Madrid le 13 décembre dernier.

Ce même jour, Pablo Iglesias prônait la prise du pouvoir par les citoyens devant une assemblée conquise : "Nous allons mettre en place un référendum révocatoire pour que les citoyens décident si le président [du gouvernement] doit rester ou partir s’il ne tient pas ses promesses !" Ce professeur de sciences politiques à l’université de la Complutense s’est d’ailleurs imposé comme le porte-parole des Indignés, mouvement social né en 2011 en Espagne.

Lors des élections municipales de mai dernier, le jeu des alliances a permis aux deux partis d’obtenir des élus dans de nombreux conseils municipaux à travers le pays. S’imposant dans le débat politique, ils ont obligé les deux partis traditionnels, le Parti Populaire et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, à composer avec eux et à revoir leur stratégie.

Fin du bipartisme

Les scandales de corruption à répétition qui ont touché les deux partis majoritaires, la crise économique, les mesures gouvernementales d’austérité et le chômage ont poussé une part des Espagnols à chercher une alternative à cette alternance au pouvoir entre PP et PSOE qui se perpétue depuis 1982. Ainsi certains se sont tournés vers Podemos ou Ciudadanos.

"Dans l’Espagne traditionnelle, la classe moyenne vote pour Ciudadanos. C’est le vote le plus raisonnable pour les gens de centre-droit qui veulent un renouveau de génération et punir la corruption", explique à France 24 Alberto Peñadés, politologue à l’université de Salamanque. Et d'ajouter à propos de Podemos : "Le parti est sur sa lancée depuis les municipales. Il a installé des conseillers dans la plupart des villes. Sa base, c’est le mouvement citoyen des Indignés".

L’exception espagnole

Le Premier ministre [président du gouvernement, ndlr] conservateur Mariano Rajoy met en avant les chiffres de la reprise économique pour justifier son bilan, mais l’embellie n’est pas une réalité pour tous. L’Espagne continue de subir l’un des taux de chômage les plus élevés d’Europe avec 21 % de la population concernée. Près de la moitié des jeunes de moins de 25 ans n’ont pas de travail. Les nouveaux emplois crées sont pour la plupart précaires et de courte durée.

Contrairement au reste de l’Europe, ces ingrédients, jugés terreau privilégié du populisme d’extrême droite, n’ont ici pas favorisé l’essor de celle-ci. Les partis d’extrême droite sont très minoritaires et le poids de quarante ans de dictature franquiste empêche leur émergence.

Une course au coude à coude

La crise indépendantiste en Catalogne a fait remonter, dans les sondages, Albert Rivera au détriment de Pablo Iglesias. Dénonçant le blocage de Madrid, le premier a milité pour l’unité de l’Espagne. En s’opposant à la sécession, son parti s’est ainsi imposé comme la deuxième force politique au parlement catalan.

En revanche, Podemos a connu l’un de ses plus gros revers électoral en arrivant quatrième lors des élections en Catalogne en septembre. Ses positions ambivalentes, son refus de prendre parti en laissant les Catalans décider de leur propre sort lui ont coûté cher. Associé à Syriza, le parti anti-austérité grec, Pablo Iglesias a indirectement subi les conséquences de la crise qui opposait son allié Alexis Tsipras à Bruxelles.

Le poids des indécis ou la guerre des chiffres

Lors du lancement officiel de la campagne électorale, le 4 décembre, les sondages donnaient Ciudadanos à égalité avec le PP et le PSOE avec environ 22,5 % des votes. Podemos se retrouvaient bon dernier avec seulement 17 % des intentions de vote.

Vendredi, les médias espagnols ont eu l'interdiction de publier le moindre sondage, contrairement aux voisins de la principauté d’Andorre où ne s’applique pas la loi espagnole. El Periodi d’Andorra annonce une remontée de Podemos sur Ciudadanos, qui prendrait la troisième place à seulement 1 point du PSOE.

La décision est à présent entre les mains de la génération des ni-ni (sans emplois, sans études), qui représente entre 30 % et 40 % de la population espagnole.

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