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Syrie : la persistance de désaccords risque de retarder les négociations de paix

Staffan de Mistura, émissaire de l'ONU pour la Syrie, à Damas en juin 2015.
Staffan de Mistura, émissaire de l'ONU pour la Syrie, à Damas en juin 2015. Louai Beshara, AFP (archives)

Censées débuter lundi 25 janvier, les négociations de paix en Syrie risquent d'être retardées. Les différentes parties ne parviennent pas à s'accorder, notamment sur la composition de la délégation de l'opposition. Décryptage.

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Les négociations entre le régime syrien et l’opposition vont-elles commencer comme prévu le 25 janvier ? De l’avis du porte-parole de l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura, il est probable qu’elles soient reportées, en raison des désaccords importants qui subsistent sur plusieurs points. Dans une déclaration jeudi, elle s’est toutefois voulue rassurante, estimant qu’il se pourrait que les rencontres aient bien lieu lundi, tout dépendant des " progrès accomplis durant le week-end ".

Washington et Moscou, principaux parrains des efforts de paix, redoublent d’efforts actuellement à Genève pour permettre à ces discussions, les troisièmes depuis le début du conflit en Syrie il y a cinq ans, d’avoir lieu. Mais pour l’heure, chaque partie semble camper sur ses positions, l’opposition exigeant l’arrêt des bombardements russes et la levée des sièges imposés sur les villes par l’armée syrienne, le régime et ses alliés dénonçant la composition de la délégation de l’opposition.

C’est sur ce dernier point que se concentrent les principaux désaccords. En début de semaine, Moscou a contesté la composition de la délégation, la trouvant trop restreinte et trop dictée par l’Arabie saoudite qui, le mois dernier, a organisé une réunion de l’opposition syrienne. Moscou "n'acceptera à aucun prix une délégation composée uniquement des membres désignés par Ryad", avance jeudi le quotidien syrien al-Watan, alors que la coalition de l'opposition a affirmé qu'elle refuserait tout changement ou ajout à sa délégation.

En outre, selon un article publié mercredi par le magazine américain Foreign Policy, Steffan de Mistura a indiqué au Conseil de sécurité, dans un compte-rendu que la publication s’est procuré, que les autorités saoudiennes "compliquaient ses efforts pour trouver une issue diplomatique, notamment en exerçant un contrôle étroit sur la liste des membres de la délégation d’opposition ".

Désaccords sur la composition de la délégation de l’opposition

La Russie souhaite donc voir cette délégation élargie à d’autres membres de l’opposition, souvent qualifiée de "tolérée" par le régime de Damas. "Une aberration", selon Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et enseignant à l’université d’Edimbourg. "Il est absurde que les Russes, partie prenante du conflit aux côtés du régime, se prononcent sur la composition de l’équipe adverse, et encore plus absurde que ces critiques soient prises en compte par l’ONU", observe-t-il.

"Cela reviendrait à voir l’Arabie saoudite critiquer la délégation envoyée par le régime", poursuit le chercheur. À défaut de pouvoir influer sur cette délégation de l’opposition, les diplomates russes ont proposé la participation d’une délégation alternative censée représenter l’opposition : un troisième groupe de négociateurs, constitué du Comité pour le changement national et démocratique (CCND) de Haytham al-Manaa, et du PYD, branche syrienne du mouvement rebelle kurde PKK qui contrôle de larges parties de l’est syrien et lutte contre l’organisation de l’EI.

Une proposition balayée par l’opposition qui a rejeté la participation d'autres parties aux négociations et estime que les Kurdes, dont la présence aux négociations est réclamée notamment par Berlin, doivent faire partie de la délégation du gouvernement syrien s'ils veulent participer.

Autre pomme de discorde : l’opposition a de son côté désigné comme négociateur en chef Mohamed Allouche, leader du puissant groupe rebelle Jaich al-Islam, que Moscou et Damas qualifient de " terroriste ". Soutenu par l'Arabie saoudite, le mouvement armé d'inspiration salafiste contrôle la plus grande partie de la banlieue est de Damas et envoie quotidiennement des roquettes sur la capitale syrienne, ce à quoi le régime réplique avec force bombardements et siège des localités rebelles.

Sa présence à la tête de la délégation n’a pas manqué de provoquer l’ire du régime syrien et des autorités russes, mais également de certains opposants de l’intérieur comme le CCND. Haytham al-Manaa a ainsi dénoncé la présence de "criminels de guerre" dans la délégation. Déjà lors de la réunion de l’opposition à Riyad, la présence de certains groupes rebelles islamistes avait poussé des opposants laïques à renoncer à participer. Selon Thomas Pierret, " il est indéniable que Mohamed Allouche n’est pas la personne la plus consensuelle ". Mais selon le chercheur, " il est fondamental qu’un tel groupe, acteur majeur dans le conflit soit représenté, car il est représentatif de la rébellion armée ".

Pour la première fois en effet après de multiples tentatives d’unification, la nouvelle coalition de groupes d’opposition formée à Riyad le 10 décembre, inclut des groupes rebelles armés aux côtés des opposants politiques. Nommé Haut comité des négociations (HCN), elle est chargée de représenter l’opposition syrienne aux négociations. Thomas Pierret souligne ainsi, que ce choix qui peut être perçu comme une provocation de la part des opposants montre une volonté de lier opposition politique et armée, principal point faible de l’opposition syrienne auparavant.

Opposition et régime veulent-ils réellement négocier ?

Pour autant, la présence de Jaïch al-Islam n’en demeure pas moins un obstacle de taille. Il n’est d’ailleurs pas le seul, puisque l’opposition a réitéré vendredi qu’elle ne participerait pas à des négociations avec le régime sans l’arrêt des bombardements russes et la levée des sièges de zones civiles par le régime syrien. Demandes auxquelles Moscou et Damas semblent peu enclines d’accéder.

Les positions des uns et des autres sont si éloignées qu’on peut se demander si ils ont intérêt à prendre part à ces négociations voulues et organisées par la communauté internationale. Prévues par la résolution adoptée par l’ONU le 18 décembre dernier, elles sont supposées ouvrir la voie à un cessez-le-feu et à la formation d'un gouvernement d'union nationale dans les six mois. La feuille de route prévoit également la tenue d'élections générales dans dix-huit mois.

Selon Thomas Pierret, " le régime n’a pas vraiment besoin de négocier, car il est en position de force depuis l’intervention russe en Syrie et n’a donc rien à perdre. Il ne fera aucune concession ", explique-t-il. " Quand à l’opposition, c’est l’inverse, elle n’a aucun intérêt à négocier, car vu qu’elle est en position de faiblesse, elle risque d’être amenée à force de pressions à faire des compromis ".

Les précédentes négociations (janvier-février 2014) s'étaient achevées sans résultat concret et, depuis, le conflit s'est complexifié avec la multiplication des acteurs dont des grandes puissances et la montée en puissance de l'EI sur un territoire de plus en plus morcelé. Il est possible que cette nouvelle conférence de Genève, n’aboutisse au pire sur rien, au mieux sur un accord peu pérenne.

Pourtant un règlement du conflit devient très pressant au vu de la situation humanitaire catastrophique dans le pays, où plus de 260 000 personnes ont péri et des millions ont dû fuir leur foyer, alors que les combats font rage sur les nombreux fronts.

 

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