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Les bactéries font de la résistance à un antibiotique de "dernier recours"

Le gène responsable de la résistance des bactéries aux antibiotiques a été détectée dans des élevages de porcs et de poulets en Chine.
Le gène responsable de la résistance des bactéries aux antibiotiques a été détectée dans des élevages de porcs et de poulets en Chine. STR, AFP

Des bactéries sont désormais résistantes à la colistine, un antibiotique considéré comme une solution de dernier recours. Elles ont d'abord été identifiées en Chine, mais d'autres ont depuis été trouvées un peu partout dans le monde.

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Elle était jusqu’à présent l'"Agence tout risque" des antibiotiques, celle qu’on administrait lorsque les autres ne fonctionnaient pas : la colistine. Cette molécule était de ce fait considérée comme la solution de dernier recours en cas d'infection bactérienne récalcitrante.

"Était". Car fin novembre 2015, une équipe de chercheurs chinois a démontré l’existence d’un gène - baptisé MCR-1 - qui rend certaines bactéries présentent chez les porcs et les poulets résistantes à la colistine. Deux mois plus tard, le constat est mondial : des cas de souches qui rient au nez de cet antibiotique ont été observés dans au moins 19 pays, dont la France, a précisé le 19 janvier l’ONG américaine National Defense council, qui milite pour une réduction du recours aux antibiotiques. Elles ont été retrouvées aussi bien chez l’animal... que chez l’homme.

Antibiotique prisé par les vétérinaires

"À partir du moment où les scientifiques chinois ont publié leurs résultats, les laboratoires du monde entier ont commencé à chercher ce gène et l’ont trouvé. Ce qui signifie qu’il se développe de manière silencieuse, sans que l’on s’en rende compte", explique à France 24 Antoine Andrémont, spécialiste de bactériologie à l’hôpital Bichat et auteur de "Antibiotiques, le naufrage" (Bayard, 2014). C’est un sérieux revers dans la lutte contre les bactéries multirésistantes, dont l’augmentation a été comparée par le gouvernement britannique, en 2013, à une menace aussi grande que le réchauffement climatique.

La découverte de la résistance à la colistine a pris la communauté scientifique par surprise. Cet antibiotique "est de ceux que l’on conserve en milieu hospitalier et qu’on évite de trop prescrire pour éviter, justement, le phénomène d’adaptation", souligne un médecin interrogé par France 24. Mais le milieu médical avait négligé, ou oublié de regarder de plus près, les pratiques des vétérinaires, rappellent tous les spécialistes contactés.

"La colistine a massivement été utilisée en élevage, ce qui explique que les bactéries ont fini par s’y habituer", souligne André Andrémont. Le recours à cet antibiotique en médecine animale tient à l’histoire très particulière de ce médicament qui existe depuis les années 60. Il avait été mis au placard pour des traitements sur l’homme lorsque des alternatives plus efficaces ont été développées dans les années 80. Cet antibiotique a en effet été "longtemps mal aimé car il peut être toxique", souligne Laurent Poirel, microbiologiste à l’université de Fribourg. S’il est mal dosé ou pris trop longtemps, il cause des lésions rénales.

Comme les médecins ne pensaient plus avoir à recourir à la colistine pour l’homme, ils l’ont laissé sans trop réfléchir entre les mains des vétérinaires "pour qui les problèmes à long terme de reins des animaux d’élevage n’étaient que secondaires", note André Andrémont. Mais lorsque la liste des antibiotiques auxquels les bactéries se montrent résistantes s’est allongée, la vieille colistine a regagné en popularité. À tel point qu’elle figure dans la liste des médicaments "critiques" (très importants dans la lutte contre certaines maladies) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Super-bactérie qui n’a peur de rien

La découverte du gène qui permet aux bactéries de résister à cet antibiotique "critique" est d’autant plus grave pour André Andrémont qu’il est "facilement transférable d’une bactérie à une autre". Et qu’une maladie bactérienne insensible à tous les autres traitements finit par développer une tolérance aussi à ce médicament. "La courbe des cas de qui ne sont traités que par la colistine augmente de manière exponentielle en France ces dernières années", rappelle Antoine Andrémont.

L’hypothèse de l'émergence d’une super-bactérie qui n’a peur de rien semble loin d’être incongrue aux yeux Laurent Poirel. Il a été confronté, récemment, à un patient suisse porteur d’une bactérie résistante à tous "les antibiotiques classiques réputés efficaces, dont la colistine", souligne ce scientifique. La souche était porteuse du fameux gène découvert par les chinois. Dans ce cas précis, des antibiotiques mineurs rarement utilisés ont heureusement fonctionné. Mais pour combien de temps ? s’interroge-t-il.

Le scénario catastrophe serait qu’une infection bactérienne mortelle comme la septicémie viennent à bout de tous les antibiotiques, y compris la colistine. On n’en est pas encore là, mais on sait dorénavant qu'un gène rend cette hypothèse vraisemblable. Pour l’éviter, il est impératif "de bien réfléchir avant de prescrire ce médicament pour limiter la propagation de la résistance", assure Laurent Poirel. Reste à convaincre des éleveurs de pays émergents pour qui le recours aux antibiotiques sur le bétail est un fait acquis et les risques liés à ces pratiques fort négligés.

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