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Découvertes

Les inspections dans les abattoirs vont-elles vraiment changer les choses ?

Jill Brady, Getty
7 mn

Stéphane Le Foll a ordonné aux préfets de procéder d'ici un mois à des inspections relatives à la protection des animaux dans tous les abattoirs de France.

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Cette décision du ministre de l'Agriculture fait suite à la diffusion de nouvelles vidéos de sévices perpétrés dans un abattoir français, que l'on doit une fois de plus à l'association végane de défense des animaux L214, militant pour un monde sans exploitation animale.

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Tout aussi insoutenables que les précédentes, les images mettent en lumière les agissements cruels envers les bêtes de plusieurs employés de l'abattoir intercommunal de Soule, un établissement des Pyrénées-Atlantiques réputé pour sa viande "bio" et estampillée du Label rouge. Sur celles-ci, les animaux apparaissent brutalisés, saignés ou même écartelés alors qu'ils sont encore vivants.

Un scandale de plus pour l'industrie bouchère, qui avait dû faire face il y a à peine un mois aux répercutions d'une vidéo filmée dans l'établissement du Vigan, dans le Gard. Cinq mois plus tard, un autre film tourné en caméra cachée avait dénoncé le comportement brutal des salariés de l'abattoir d'Alès, dans le même département. Visiblement, la violence est de coutume dans ce type de structures.

Suite à ces nouvelles images choquantes, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a tapé du poing. Dès mardi, il a ordonné aux préfets de procéder à des "inspections spécifiques sur la protection animale dans l'ensemble des abattoirs" de France. Tout manquement au respect de cette dernière sera alors assortie de "la suspension sans délai de l'agrément de ces établissements", comme le mentionne son communiqué. 

Si la notion de "protection animale" semble quelque peu incompatible de celle d'"abattoir", le ministre est bien décidé à rétablir l'ordre dans cette filière industrielle déjà entachée par ces multiples affaires de sévices et les scandales sanitaires, celui de la fraude à la viande de cheval, en 2013, en tête.

Mais que faut-il espérer de ces "inspections spécifiques" ? Peut-on réellement garantir leur efficacité, à l'heure où l'on sait déjà les contrôles réguliers ? 

"L'histoire se répète"

Pour Sébastien Arsac, co-fondateur de L214, "il a des chances que ce soit du vent, une fois de plus. Je pense qu'avec cette annonce, M. Le Foll vient jouer au pompier". Il faut dire que cette annonce "à chaud" a comme un air de déjà-vu. En 2009, après la diffusion par la même association d'images choc filmées en caméra cachée dans un abattoir Charal, à Metz, Bruno Le Maire, alors ministre de l'Agriculture, avait demandé un audit interne dans tous les établissements du pays. 

"Avec cette annonce, M. Le Foll vient jouer au pompier"

"Cinq ans plus tard, on sort des images qui sont à peu près identiques, et on a une réaction du gouvernement similaire. L'histoire se répète, sans changement", déplore Sébastien Arsac. Mêmes gestes brutaux et maladroits, même matériel inadapté – notamment pour les veaux, pour qui les box d'immobilisation sont trop grands – que dans les vidéos précédentes : on peut donc légitimement s'attendre au même immobilisme après une nouvelle série de mesures prises dans l'urgence. 

Des contrôles déjà existants

Depuis 2013, la présence des services vétérinaires est obligatoire au quotidien dans les abattoirs. 2 155 agents des Directions départementales de la protection des populations (DDPP) sont d'ailleurs mobilisés sur cette mission qui consiste à garantir la sécurité sanitaire des viandes produites et à veiller à la protection des animaux abattus. Où étaient-ils au moment où les images ont été tournées à Soule ?

D'après L214, "5 à 6 heures de rushes ont été tournés, mais à aucun moment on n'aperçoit un vétérinaire". S'ils sont chargés de surveiller l'ensemble des étapes de production, leur présence au moment de l'abattage n'est en réalité pas automatique. Problème : c'est justement lors de la mise à mort que le fameux "bien-être" animal a bien du mal à être respecté. 

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Qui se chargera alors de ces prochaines inspections massives ? Contacté par Mashable FR, le ministère de l'Agriculture a refusé de répondre à nos questions sur le sujet.

De son côté, l'Office alimentaire et vétérinaire (OAV), dépendant de la Commission européenne, pointe déjà régulièrement les carences des services vétérinaires français, et particulièrement le manque de suivi des établissements après un constat d'infraction et une distribution d'amende.

Encore trop d'opacité 

La temporalité de ces inspections supplémentaires annoncées par le ministre reste, elle aussi, inconnue ; pour être efficientes, il va de soi qu'elles devront être inopinées. Et quand bien même elles permettront de relever d'éventuels problèmes d'hygiène ou de non-conformité du matériel, leur intérêt pourra être remis en doute lorsqu'il s'agira de garantir la protection des animaux. "Vous croyez que les gars vont utiliser le crochet lorsque quelqu'un les regardera ?", a ironisé mardi sur BFM Brigitte Gothière, également porte-parole de L214. 

"Vous croyez que les gars vont utiliser le crochet lorsque quelqu'un les regardera ?"

Avant de rapporter sur le plateau les confidences qu'un directeur d'abattoir lui avait faites il y a quelques années : "Je ne vous laisse pas filmer dans la salle d'abattage, vous en feriez de toute façon un film d'horreur." C'est bien là ce que réclame l'association : de la transparence, notamment grâce à l'installation de caméras dans toutes les salles des établissements d'abattage français, dont les images seraient ensuite mises à la disposition du public.

Une commission d'enquête parlementaire 

Comme annoncé dans le communiqué du ministère, les résultats de ces inspections "seront transmis à la commission d’enquête parlementaire annoncée le 22 mars dernier". Cette dernière, réclamée par le député divers gauche Olivier Falorni suite aux images tounées au Vigan, portera "sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français". "On attend beaucoup plus de cette commission que de ces inspections sur un mois", déclare Sébastien Arsac.

Pour le rendu du rapport, rendez-vous dans quelques mois. Mais à l'heure où seulement 20 % des dépenses de consommation en 2014 concernent la viande – contre 26 % en 1967, selon une étude de l’Insee –, les amateurs de viande risqueraient bien de se faire encore moins nombreux d'ici là. 

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