Accéder au contenu principal

La fille de Fujimori concurrencée par une Franco-Péruvienne pour la présidentielle au Pérou

Veronika Mendoza, Franco-Péruvienne, esr créditée de 18, 5 % des intentions de vote.
Veronika Mendoza, Franco-Péruvienne, esr créditée de 18, 5 % des intentions de vote. AFP

Deux candidates sont arrivées en tête dans les intentions de vote avant la présidentielle de dimanche au Pérou. Dans cette course, Keiko Fujimori, la fille de l’ex-dictateur, est concurrencée par Véronika Mendoza, une Franco-Péruvienne.

PUBLICITÉ

Keiko Fujimori, la fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori, et la Franco-Péruvienne Veronika Mendoza, nouveau visage de la politique péruvienne sont apparues en tête des derniers sondages réalisés à quelques jours de l’élection présidentielle du dimanche 10 avril au Pérou. L’une de ces deux candidates pourrait devenir la première femme présidente dans ce pays d’Amérique latine, où 23 millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche.

Avec 43 % des intentions de vote, Keiko Fujimori, fille de l’ex-président condamné à 25 ans de prison pour violation des droits de l’Homme, était encore donnée favorite en fin de semaine. Veronika Mendoza la suivait avec 18, 5 % des intentions de vote. Mais au Pérou tout est possible comme le déclarait récemment l'ancien ministre du Travail Jorge Gonzalez Izquierdo qui assure qu'une victoire de Keiko Fujimori au premier tour ne garantit en rien qu'elle s'imposera au second.

Veronika Mendoza, la franco-indigène

L’ascension de Veronika Mendoza a été fulgurante. Elle n'était créditée au départ que de 2 % des intentions de vote. À 35 ans, la candidate dont le père est issu d’une famille paysanne indigène du Cusko, parle couramment le queshua, elle porte des vêtements traditionnels caractérisés par les broderies de sa région, ce qui lui a valu d’ailleurs de nombreuses brimades dans certains médias péruviens. De sa mère, elle a hérité la nationalité française, ce qui explique qu’elle ait vécu plusieurs années à Paris où elle a étudié la psychologie à la Sorbonne.

Pour Grecia Caceres, écrivain péruvienne résidant à Paris, qui ne s’intéressait plus à la politique de son pays depuis longtemps, "Véro", comme la surnomment ses supporters apporte un souffle nouveau à la politique : "Le vote est obligatoire au Pérou. Jusqu’à présent on votait pour le moins pire, là c’est la première fois qu’une candidate incarne aussi bien le rassemblement. Elle ne vient pas de Lima, elle est députée du Cusko, une région rurale et touristique, la capitale des Incas. Elle incarne l’identité péruvienne". Veronika Mendoza fait figure de favorite des intellectuels péruviens, plusieurs centaines d’entre eux, écrivains et cinéastes, lui ont apporté leur soutien dans une lettre ouverte.

La candidature de la franco-péruvienne est tout aussi surprenante que son succès dans les sondages. Il y a quelques mois elle n’était même pas donnée favorite de la primaire de son parti le Frente Amplio, situé à l’extrême gauche de l’échiquier politique péruvien. Ex-membre du parti au gouvernement, le Parti nationaliste, elle faisait l’objet d’attaques pour sa proximité avec le pouvoir central du président Ollanta Humala.

Aujourd’hui le maître mot de sa campagne est la "rupture radicale". Pour beaucoup, elle représente une alternative à une classe politique néo-libérale, proche des milieux d’affaires, dans un pays qui reste marqué par la pauvreté. Quelques 22,7 % des Péruviens vivaient encore sous le seuil de pauvreté en 2014 alors que le paysest l'un des cinq premiers producteurs mondiaux de métaux précieux, ce qui a permis l’enrichissement d’une partie de la population seulement.

Keiko Fujimori, la "fille de"

Face à Veronika Mendoza, Keiko Fujimori, 40 ans, prépare sa campagne depuis des années et s’appuie sur un financement qui se compte en centaines de milliers d’euros. Héritière du clan Fujimori, Keiko y gagne autant qu’elle y perd à être "la fille de". "Elle représente pour beaucoup de gens en province un espoir que les autres partis n'ont pas su apporter. Fujimori, c'est la stabilité, le pouvoir fort, c'est sortir de la crise", souligne Isabelle Tauzin, professeur à l'université de Bordeaux et spécialiste du Pérou. Sous la dictature de son père, alors âgée de 19 ans, elle avait alors dû remplacer sa mère au poste de Première dame après le violent divorce de ses parents. Aujourd’hui, elle se présente comme démocrate et libérale mais la perspective de la voir élue fait encore "peur".

Pour certains, cela rappelle de sombres souvenirs : le système corrompu, la stérilisation forcée de milliers de femmes des zones rurales… Dans les interviews qu’elle donne aux médias, Keiko Fujimori reste très vague quand à une éventuelle libération de son père, condamné à vingt-cinq ans de prison pour violations des droits de l’Homme et corruption. Ces derniers jours, plusieurs de ses soutiens ont en outre été impliqués dans le scandale des "Panama papers".

Porteuse d'un nom qui suscite tant l’admiration que la haine, si elle n'atteint pas 50 % des voix dimanche, l'ancienne députée de centre-droit risque de se heurter au second tour à un front commun des anti-Fujimori. Reste à savoir si Veronika Mendoza peut épouser le rôle de chef de file de ce mouvement, sachant que sa couleur politique effraie un certain nombre de Péruviens qui associent la gauche au souvenir de la guérilla contre les maoïstes du Sentier lumineux. Le conflit entre les militaires péruviens et le groupe armé a fait près de 70 000 morts au Pérou dans les années 1990. Le spectre de le voir se raviver, entretenu par une partie des détracteurs de Mendoza, risque de freiner l’ascension politique de la Franco-Péruvienne.

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.