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"En Marche" : Emmanuel Macron veut peser dans le débat politique

Le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, à Pairs le 8 février 2016 après une rencontre avec des agriculteurs en colère.
Le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, à Pairs le 8 février 2016 après une rencontre avec des agriculteurs en colère. Patrick Kovarik, AFP

Le ministre de l’Économie a lancé mercredi son mouvement politique, "En Marche". S’il assure ne pas viser 2017 et vouloir seulement participer au débat d’idées, les observateurs y voient une volonté de davantage peser sur la scène politique.

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C’est en terre conquise, dans sa ville natale d’Amiens, qu’Emmanuel Macron a lancé mercredi 6 avril "En Marche", son "mouvement politique nouveau", "ni à droite, ni à gauche". À l’en croire, il ne s’agit pas d’un tremplin pour l’élection présidentielle de 2017 mais plutôt d’un laboratoire d’idées grâce auquel il compte remédier à la sclérose politique et économique française. Les observateurs s’accordent toutefois à considérer qu’il s’agit également d’une opération stratégique.

Car le ministre de l’Économie a des arguments à faire valoir. S’il cristallise une partie du mécontentement des électeurs socialistes en cette fin de quinquennat de François Hollande, il aurait de bonnes chances à une hypothétique primaire de la gauche (il est le favori de l'ensemble des sondés, qui considèrent à 46 % qu'il ferait un bon candidat, selon un sondage Elabe).

Arrivé à Bercy fin août 2014, l’énarque de 38 ans voit tranquillement arriver la fin de sa deuxième année d’exercice du pouvoir, sans être inquiété ni par l’impopularité de ses positions économiques au sein de la gauche, ni par l’impopularité tout court de François Hollande. Il bénéficie au contraire d’une cote de confiance confortable, 43 % des Français lui accordant leur confiance en tant que Ministre de l’Économie, selon une étude de l’institut de sondages Harris Interactive.

"Peser"

Depuis le lancement d’ "En Marche", Emmanuel Macron et ses proches répètent le même message : le ministre de l’Économie veut permettre l’émergence d’idées nouvelles par le débat. Pour cela, il entend rassembler autour de valeurs progressistes telles que les libertés "économique, sociale, politique" tous ceux qui "ne se retrouvent plus dans les partis traditionnels", explique le député (PS) Richard Ferrand, un proche du ministre. Objectif : "peser auprès de ceux qui seront placés aux manettes par le suffrage universel, quel que soit leur bord politique", conclut le député.

À en juger par ses nombreuses sorties médiatiques qui lui ont déjà valu de se faire rabrouer par les caciques du PS, Emmanuel Macron semble effectivement désireux d’imposer un renouvellement du débat, au moins économique. Mais "En Marche" répond surtout à une nécessité : même sans être candidat en 2017, Emmanuel Macron veut s’ancrer davantage dans la vie politique française, lui qui ne détient aucun mandat électif. "Il y a pris goût, depuis deux ans", confie-t-on dans son entourage.

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"Il a toujours joué la carte 'un pied dedans, un pied dehors', analyse Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’Institut français de presse. Mais là il se lance dans une perspective de compétition électorale."

Tout en en investissant l’arène, Emmanuel Macron cherche à garder une image distincte de celle des autres combattants. Le nom choisi pour son mouvement, "En Marche", est par exemple dénué de références politiques et n’annonce aucune orientation spécifique. Ce qu’il confirme en affirmant vouloir bâtir une dynamique apolitique, basée sur l’adhésion à des valeurs libérales économiquement et progressistes socialement.

Rivalité

Enfin et surtout, Emmanuel Macron occupe ainsi l’espace médiatique au détriment d’autres personnalités politiques. Pour Jean-Daniel Levy, directeur du département Politique et opinion d’Harris Interactive, si "Macron n’est pas encore un candidat tout à fait légitime à la présidentielle, […] il sort du bois à une semaine d’une prise de parole publique de François Hollande (sur France 2, le 14 avril). Comme pour être présent dans les esprits et les médias à un moment où le Président de la République aurait dû monopoliser l’espace." Il ne s’agit pas de rivalité mais simplement d’une volonté d’exister au côté de son mentor, explique le politologue.

La rivalité concerne plutôt le Premier ministre Manuel Valls, même si les proches de l’ex-banquier s’en défendent. Pour Arnaud Mercier, il est "très clair que ce mouvement est sa façon, pour l’après Hollande et avec un PS dans un état de décomposition avancée, de se positionner comme une alternative à Valls, dont la posture est simple : rester fidèle à François Hollande jusqu’au bout et rafler la mise s’il ne se représente pas en 2017. La stratégie de Macron vise donc avant tout à gêner Valls."

L’antagonisme entre les deux hommes n’est pas nouveau. Les petites piques fusent régulièrement par médias interposés. "Dans la vie politique, il faut mettre de côté un certain narcissisme, un certain égocentrisme, pour se consacrer essentiellement à l'intérêt général", lançait par exemple le Premier ministre à son adversaire non-déclaré lors des vœux à la presse, fin janvier, rapporte Marianne. Il y a fort à parier que le lancement d’un mouvement estampillé Emmanuel Macron risque de ne pas plaire à l’ancien maire d’Évry.

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