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Traiter un coiffeur de "pédé" n'est pas une insulte homophobe pour les prud'hommes de Paris

La conseil de prud'hommes de Paris s'est prononcé en janvier 2016 sur la rupture du contrat de travail d'un coiffeur homosexuel, qui dit avoir été discriminé pour son orientation sexuelle.
La conseil de prud'hommes de Paris s'est prononcé en janvier 2016 sur la rupture du contrat de travail d'un coiffeur homosexuel, qui dit avoir été discriminé pour son orientation sexuelle. Andreas Solaro, AFP

Dans un jugement rendu en décembre 2015, le conseil de prud'hommes de Paris a estimé que traiter un coiffeur de "pédé" n'avait rien d'homophobe. Les associations de défense des droits homosexuels montent au créneau.

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Le terme "pédé" n'est pas homophobe quand on est coiffeur, si l'on en croit le conseil de prud'hommes de Paris. L'instance a en effet considéré dans son jugement de décembre 2015, rendu public vendredi 8 avril par France Info et Metronews, que le mot "pédé" adressé à un coiffeur n'était pas discriminatoire, dans la mesure où "il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles". Depuis, l'affaire fait grand bruit.

Les faits remontent à octobre 2014. Un jeune homme employé en période d'essai dans un salon de coiffure parisien prévient qu'il ne viendra pas travailler car il est souffrant. Sa supérieure lui renvoie, par mégarde, un SMS qui ne lui était pas adressé. "Je ne le garde pas. Je ne le sens pas ce mec. C'est un PD (sic), ils font tous des coups de pute." Le lendemain, lorsque le jeune homme se présente sur son lieu de travail, ses responsables lui signifent la rupture de sa période d'essai.

"L'employeur n'a pas fait preuve de discrimination"

S'estimant victime de discrimination liée à son orientation sexuelle et très affecté psychologiquement, l'employé se saisit en juillet dernier des conseils prud'hommaux, soutenu par le Défenseur des droits, qui estimait qu'il y avait bien eu discrimination.

Le salon de coiffure fait valoir de son côté que l'employé "travaillait lentement", avait des "difficultés d'intégration" et "qu'il refusait d'exécuter certaines tâches, mais prétendait accéder rapidement à un poste de manager". Tout en reconnaissant "le caractère et la teneur inappropriés du SMS", l'employeur estimait que le terme de "pédé" "n'est qu'un simple abus de langage, que ce terme est entré dans le langage courant et qu'il n'a aucun sens péjoratif ou homophobe dans l'esprit de la manager".

Lors de son jugement, le conseil des prud'hommes de Paris ne retient alors que le caractère abusif du licenciement, mais juge qu'il n'y a pas de caractère homophobe, avec un argument très contesté. Le conseil considère en effet que "l'employeur n'a pas fait preuve de discrimination (...) mais que ce sont des propos injurieux qui ont été prononcés". Il accorde alors à l'employé 5 000 euros au titre du préjudice moral.

"Des stéréotypes et des préjugés" dans une décision de justice

Les messages indignés ne se sont pas fait attendre sur les réseaux sociaux. Le jugement, présenté aux associations LGBT par le Défenseur des droits jeudi, a été immédiatement relayé sur Twitter et Facebook par ces dernières, scandalisées.

Interviewée sur RTL, la ministre du Travail Myriam El Khomri a, en outre, estimé vendredi 8 avril "profondément scandaleux" et "choquant" cet arrêt des prud'hommes, tout en précisant ne pas en connaître les détails. "J'imagine que cette personne va faire appel" de cette décision, a-t-elle ajouté.

"Le jeune homme a fait appel et le Défenseur des droits reprendra une décision d'observation devant la cour d'appel en n'oubliant pas de faire des commentaires sur le libellé du jugement", a réagi auprès de l'AFP Slimane Laoufi, chef du pole Emploi privé au Défenseur des droits. "Écrire ça dans un jugement, c'est quand même assez fort", a poursuivi le responsable. "Je ne comprends pas comment dans une décision de justice, on puisse en référer a des stéréotypes et des préjugés."

Avec AFP et Reuters

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