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Pérou : Keiko Fujimori, la présidentiable dans l’ombre de son père

Keiko Fujimori, fille de l'ex-président Alberto Fujimori, aujourd'hui emprisonné, a remporté le premier tour de la présidentielle au Pérou, dimanche. Mais l'ombre autoritaire de son père plane sur sa campagne.

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À 40 ans, Keiko Fujimori a remporté le premier tour de l’élection présidentielle au Pérou, dimanche 10 avril. Cette députée, qui brigue la fonction suprême péruvienne pour la seconde fois, a décroché 39,74 % des voix contre 21,04 % pour son principal rival, Pedro Pablo Kuczynski (centre-droit), selon des résultats officiels portant sur 95,32 % des bulletins dépouillés. "Le Pérou veut la réconciliation et ne veut plus de conflits", a-t-elle plaidé dimanche soir depuis son local de campagne, où des centaines de personnes arboraient des t-shirts oranges floqués d'un "K" sur la poitrine.

Ces résultats ne sont pas une surprise, à en croire les sondages qui, pendant des mois, ont donné Keiko Fujimori victorieuse au premier tour. Toutefois, ces mêmes enquêtes d'opinion prédisent que le second tour, prévu le 5 juin, sera plus dur à remporter pour la leader de Force populaire (droite populiste). Selon Luis Benavente, directeur de la société de sondages Vox Populi, son adversaire Pedro Pablo Kuczynski, ancien banquier de Wall Street, devrait en effet "bénéficier de nombreux votes anti-Fujimori".

Et pour cause : au Pérou, le succès de Keiko Fujimori satisfait autant qu’il révolte. Cette quadragénaire n’est autre que la fille de l’ex-président, Alberto Fujimori, dont l’héritage divise encore le pays, 16 ans après son départ du pouvoir.

Légitimer le "dictateur" Alberto Fujimori ?

En réaction à la candidature de Keiko Fujimori, des dizaines de milliers de personnes ont défilé la semaine dernière à Lima, la capitale, en province et dans plusieurs villes à travers le monde. Pour les manifestants, le potentiel triomphe de cette "fille de" pourrait remettre au goût du jour les méthodes autoritaires de son père, à la tête du Pérou de 1990 à 2000.

Condamné en 2009, Alberto Fujimori purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour avoir commandité deux massacres perpétrés par un escadron de la mort en 1991-1992, dans le cadre de la lutte contre la guérilla communiste du Sentier lumineux. Il a par ailleurs été reconnu coupable de corruption envers des hommes politiques, des journalistes et des hommes d’affaires et du détournement d’au moins 1,7 milliard de dollars de fonds publics

La carrière de l’homme a également été marquée par un coup d’État en avril 1992, au cours duquel le Congrès du Pérou a été dissous et les membres de l'opposition ont été persécutés. Un évènement qui vaut à Alberto Fujimori la réputation de dictateur. Grâce à une révision de la Constitution, il a pu être réélu en 1995.

L'ombre de cet ex-mandataire de 77 ans plane ainsi sur la trajectoire de sa fille. Près de la moitié des personnes sondées ont déclaré ne pas vouloir voter pour quelqu’un associé à Alberto Fujimori.

Parmi ses plus virulents détracteurs (et ceux de son père), figure le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, lequel fut l’adversaire malheureux de Fujimori senior lors de la présidentielle de 1990. "Cela serait inquiétant que les électeurs légitiment en quelque sorte la dictature d’Alberto Fujimori de manière rétroactive en donnant le pouvoir à sa fille", a alarmé le célèbre écrivain à la radio espagnol COPE le mois dernier.

Pas comme son père

Consciente de cet handicap, la candidate favorite, qui a reconnu certaines erreurs commises durant les mandats de son père, multiplie les efforts pour prouver qu’elle n’est pas comme lui. Elle a d’abord empêché les anciens conseillers politiques d’Alberto Fujimori de se porter candidats au Congrès sous la bannière de son parti. Elle a ensuite veillé à s’entourer d’une nouvelle équipe, sans lien avec le régime du gênant Alberto.

Mieux, Keiko Fujimori est revenue sur des déclarations passées, où elle affirmait avoir l’intention d’accorder une grâce à son père une fois élue. Le 3 avril dernier, lors d’un débat présidentiel, elle est même allée jusqu’à s’engager par écrit à ne pas reproduire l’autoritarisme de son géniteur.

Mais, si le patronyme de Fujimori fait dresser certains poils, force est de constater que cette filiation attire également des soutiens. D’où le côté équilibriste de Keiko Fujimori, qui a pour l’instant réussi à s’attirer l’électorat loyal à son père tout en se démarquant de son passé trouble. "Keiko Fujimori a mené une campagne sans relâche, elle a tiré d’importantes leçons depuis la dernière élection en 2011 [au cours de laquelle elle avait recueilli 21 % des voix au premier tour et échoué au deuxième, NDLR]", explique le Dr Natalia Sobrevilla, spécialiste du Pérou à l’université du Kent, interrogée par France 24. "Elle est très bien parvenue à rappeler aux gens ce qu’est le ‘Fujimorismo’, c’est-à-dire à leur donner ce dont ils ont besoin."

Pour cette spécialiste, Keiko Fujimori a en effet reproduit avec succès la stratégie populiste de son père et exploité les structures politiques qu’il avait mises en place. Une partie de la population péruvienne salue toujours Alberto Fujimori comme l'homme ayant combattu avec succès la guérilla du Sentier lumineux et dopé l'essor économique du pays.

D’ailleurs, pour séduire les partisans de Keiko Fujimori, le candidat Pedro Pablo Kuczynski a assuré lundi 11 avril qu'à son arrivée au pouvoir, il serait prêt à "soutenir une initiative du Congrès" pour qu'Alberto Fujimori "puisse purger sa peine à la maison".

Adapté de l'anglais par Charlotte Oberti

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