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Révolution numérique : pourquoi il faut changer l'école

BLOOMBERG / GETTY IMAGES

La révolution numérique peine à s'inviter à l'école. Souvent, on se contente de parler des outils – pas assez du contenu de l'enseignement. Pourtant, il est primordial d'apprendre aux jeunes à bidouiller des logiciels... plus qu'à les consommer.

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Début 2015, le gouvernement français a lancé un grand chantier pour introduire la révolution numérique à l’école. Objectif affiché : moderniser l'enseignement et accompagner les jeunes dans l'utilisation des nouvelles technologies.

Est-il suffisant d'installer Internet à très haut débit dans les établissements scolaires, de distribuer des tablettes pour les collégiens de 5e et de créer des espaces numériques dédiés aux devoirs ? Aujourd'hui, "moins de 0,5 % des dépenses faites en faveur d'un élève français sont dédiées au numérique, c'est six fois moins que la moyenne mondiale", pointe un rapport de l'Institut Montaigne publié en mars 2016.

Retard numérique français

Pour le think tank spécialisé dans les questions de politiques publiques, le virage numérique opéré par l'Éducation nationale se limite encore "à la maîtrise du traitement de texte ou d'Internet". Cette "absence de réflexion pédagogique" (sic) est aussi régulièrement regrettée par les acteurs du numérique, à l'instar de Julien Tartaglia, éditeur de ressources pédagogiques en ligne, qui analyse : "L'arrivée des nouvelles technologies dans le monde scolaire s'est faite souvent à sens unique : on prend un usage existant et on essaie de l'appliquer en classe."

Sous couvert de modernité, on a livré l’école aux GAFAM 

Ainsi, certains enseignants naturellement technophiles prennent l'initiative d'utiliser Twitter avec leurs classes, sans que le contenu de l'enseignement ne s'en trouve à proprement parler modifié, ni que les élèves – pour certains déjà familiers du réseau social – n'en comprennent davantage les enjeux. Dans ces cas-là, on se contente malheureusement de passer les réseaux sociaux "à la sauce pédagogique", pour reprendre les mots de Julien Tartaglia. 

Pourtant, alors que l'agilité numérique est en train de s'imposer sur le marché professionnel comme un atout essentiel, l'école peine encore à suivre. Bien sûr, il y a eu la création du B2i en 2000, ce "brevet informatique et Internet" qui prouve que l'élève a acquis une certaine maîtrise des technologies de l'information et de la communication. Et plus largement depuis les années 80, des plans numériques qui promettent de réduire l'échec scolaire grâce à l'intervention de nouveaux outils chargés de vaincre le décrochage. Plus récemment, en novembre 2014 François Hollande a même promis à tous les élèves de 5e une tablette pour la rentrée 2016.

Mais comparée à ses voisins européens, la France continue d'accuser un certain retard. Ainsi, seulement 6 % des classes sont équipées en tableaux numériques interactifs contre 78 % en Grande-Bretagne, par exemple.

Problème de vision

Au-delà du manque de moyens numériques intégrés à l'école, le défi est aussi celui de l'enseignement. Dans leur ouvrage The second educational revolution: How technology is transforming education again, paru en 2009 et cité par l'Institut Montaigne, Allan Collins et Richard Halverson font remarquer : "Si l'école ne peut pas intégrer les nouvelles technologies dans la signification de l'école elle-même, alors la longue identification de la scolarisation et de l'éducation, développée au cours des 150 dernières années, se dissoudra dans un monde où les élèves les plus riches vont aller chercher l'éducation en dehors des écoles publiques."

VOIR AUSSI : Et si on "dégooglisait" Internet ?

Pour l'heure, le plan numérique de l'école est "en-dessous des enjeux", estiment les organisateurs des "États généraux de la révolution numérique". "Si l’on en reste là, l’Éducation se verra uberisé à grand renfort de MOOC", ces formations en ligne ouvertes à tous. "La question est de savoir si on livre, sous prétexte d’une fausse modernité, l’école aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) pour fabriquer des consommateurs plus ou moins avertis du numérique et une petite élite de futures startopeurs… ou si on se donne les moyens et l’ambition de former tous les citoyens de demain aux cultures du numérique, des réseaux et de développer l’esprit et l’éthique hacker", s'interrogent ceux qui ont organisé un débat sur la question, à Paris, en février dernier.

Fabriquer... plutôt que consommer

À ce titre, le Conseil national du numérique a publié un rapport, intitulé "Jules Ferry 3.0, Bâtir une école créative et juste dans un monde numérique", qui pose les bases d'une république numérique ambitieuse. Il propose par exemple d'"expérimenter dans l’école des temporalités et des formats nouveaux comme par exemple les Fab labs ou les hackathons" plutôt que d'apprendre à utiliser les outils qui existent déjà. Car il est évident que certains lycéens ultra-connectés feraient probablement de très bons spécialistes en cybersécurité, alors qu'ils sont potentiellement en échec scolaire devant un enseignement supérieur qui n'intègre pas la révolution numérique à son offre.

Trop souvent, le mot "hack" connote la malveillance

C'est pourquoi le rapport Jules Ferry 3.0 préconise également la création d'un nouveau diplôme, "un nouveau bac généraliste, le bac HN Humanités numériques" qui "s’inscrirait dans son époque". "Il reflèterait l’aventure de la jeunesse et revitaliserait les études secondaires avec la création numérique, le design mais aussi la découverte des big data, de la datavisualisation, des métiers informatiques et créatifs."

Une refonte du supérieur permettrait également de ne pas égarer des talents. Par exemple en les dirigeant vers des formations ambitieuses de l'enseignement supérieur, telle que celle proposée par l'université de Valenciennes qui forme des "hackers éthiques".

"Nous leur apprenons les techniques qu’utilisent les pirates parce qu’il est indispensable d’avoir les moyens de défense basés sur les méthodes utilisées par les attaquants", explique Franck Ebel, le responsable de la formation. Celui-ci raconte également les difficultés rencontrées par l'équipe pédagogique face aux autorités universitaires, qui ont sourcillé devant le mot "hack", qui connote la malveillance. Une anecdote qui résume sans doute le décalage de perception entre des décideurs dépassés par les nouvelles technologies et une jeunesse née avec un clavier dans les mains... et donc le défi de moderniser absolument l'enseignement des cultures numériques.

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