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Dans le nord de la Syrie, la bataille d’Alep se prépare

Un char de l'armée syrienne prend position au sud de la ville d'Alep, le 11 avril dernier.
Un char de l'armée syrienne prend position au sud de la ville d'Alep, le 11 avril dernier. George Ourfalian, AFP

Alors qu’à Genève, l’émissaire de l’ONU tente d’établir un dialogue entre régime et opposition syrienne, sur le terrain la tension monte dans la province d’Alep, faisant craindre que la trêve en vigueur ne vole en éclats.

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Tandis que Staffan de Mistura, l’émissaire des Nations unies pour la Syrie, s’efforce de faire la navette entre les représentants de Damas et les différentes délégations d’opposition, depuis le 13 avril à Genève, une inquiétude domine : la trêve, âprement négociée et mise en place en Syrie depuis le 27 février dernier serait sur le point de voler totalement en éclats. Armée syrienne et rebelles se prépareraient à une grande bataille pour le contrôle de la province septentrionale d’Alep.

La bataille d’Alep

L’accord de cessation des hostilités, globalement respecté à ce jour, ne concerne ni le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, et ses alliés, ni l’organisation État islamique (EI). Ces dernières semaines, des affrontements ont éclaté çà et là dans la province d’Alep, tantôt entre les combattants kurdes et les jihadistes de l’EI, tantôt entre ces derniers et les rebelles anti-Assad, ou encore entre les forces du régime et les rebelles alliés aux jihadistes d’Al-Nosra.

Encore cette semaine, la tension est montée d’un cran avec des combats de plus en plus violents, sur plusieurs fronts entre les forces du régime et les combattants d’Al-Nosra, faisant craindre à Moscou et Washington, initiateurs de la trêve, qu’elle ne vole en éclats. Inédite en plus de cinq ans d’un conflit qui a causé la mort de plus de 270 000 personnes, elle a permis une diminution significative des violences même si les armes ne se sont pas tues complètement.

Depuis plusieurs semaines, d’importants mouvements de troupes ont en outre été rapportés dans la région d’Alep. L’armée russe a signalé en début de semaine l’arrivée massive de combattants du Front al-Nosra. "Il est clair que des choses se préparent", estime Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et chercheur invité au Washington Institute, au vu des derniers développements. Pour sa part, le régime syrien, qui a lui aussi dépêché ses hommes vers le nord-est, n’en fait pas un secret. "Avec nos partenaires russes, nous préparons une opération pour la libération d’Alep et l’arrêt de tous les groupes illégaux qui n’ont pas rejoint ou qui ont violé l’accord de cessez-le-feu ", a ainsi déclaré, le 10 avril, le Premier ministre syrien, Waël al-Halqi, à l’occasion d’une rencontre avec des parlementaires russes à Damas. Même des " troupes régulières iraniennes ont été envoyées récemment en Syrie en prévision de cette offensive", rapporte Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et enseignant à l’université d’Edimbourg.

"La bataille d'Alep a commencé il y a deux ans et demi"

Ce n’est toutefois pas la première fois que le régime syrien et ses alliés tentent de reprendre Alep et sa province, sans jamais y parvenir réellement. "C’est une bataille qui a commencé il y a deux ans et demi déjà", rappelle Thomas Pierret qui estime que même si le régime qualifie cet assaut de décisif, il n’est pas dit qu’il soit le dernier. "Reprendre Alep se fera pour le régime de façon graduelle", explique le chercheur, ajoutant qu’il s’agit "plus d’une bataille de voie d’accès à la ville, que d’un combat de rues".

La bataille d’Alep s’avère difficile à remporter pour le régime et pour les rebelles, en raison notamment de la géographie des lieux (proximité avec la frontière turque, par où transite armes et hommes pour la rébellion, tunnels creusés sous la ville par les rebelles…). Le régime ne semble toutefois pas enclin à abandonner la partie malgré les échecs précédents, et bien que la province du nord soit loin des régions méridionales où son pouvoir est fort. Selon Fabrice Balanche, rien d’étonnant dans cet acharnement : "Pour Bachar al-Assad, il est très important de reprendre Alep car pour lui la Syrie, c’est Damas plus Alep, et lui se voit comme le président de toute la Syrie", explique-t-il, soulignant que le pouvoir syrien n’avait jamais perdu toute la ville d’Alep et que les quartiers ouest restaient sous son contrôle.

La reprise d’Alep est d’autant plus importante pour le régime qu’il espère de là, avancer vers Raqqa, fief de l’EI en Syrie, observe encore Fabrice Balanche. "Il y a une véritable course à la prise de Raqqa, car celui qui y parviendra aura un rôle important à jouer en Syrie", poursuit-il. Il estime toutefois que même s’il est certain qu’une offensive importante se prépare et aura lieu pour la reprise de la ville, il y a plus urgent pour le régime. Selon lui, "Le régime syrien cherche aujourd’hui à sécuriser la route vers Deir Ezzor, à l’extrême est de la Syrie, [dont le centre-ville pro-Assad est assiégé par les jihadistes de l’EI], car le ravitaillement par voie aérienne ne suffit pas".

Enfin d’après le chercheur, une autre bataille se prépare dans le nord de la Syrie, à Manbij, dans la province d’Alep. "La ville est occupée par l’EI et les Kurdes ont stoppé leur avancée à 10 kilomètres de là. D’après mes informations, ils se pourraient que les Américains soient enclins à les appuyer pour prendre la ville", dévoile-t-il. Un article du Los Angeles Times publié le 13 avril affirme ainsi que le président américain, Barack Obama, envisage d’envoyer quelque 200 hommes des forces spéciales américaines pour assister et conseiller des forces kurdes et arabes qui se sont approchées de la localité de Manbij. Une situation inédite à ce jour, car s’il est vrai que Washington a prêté main forte aux combattants kurdes lors de la bataille de Kobané, ces derniers étaient en train de défendre un de leur fiefs contre un assaut de l’EI. Or dans le cas Manbij, il s’agirait de la prise d’une ville qui n’est pas dans le territoire dit kurde.

 

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