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Shakespeare et Cervantès, 1616 - 2016 : Londres à l'offensive, Madrid à la traîne

Le Royaume-Uni et l'Espagne célèbrent respectivement les 400 ans de la disparition de William Shakespeare (à gauche) et de Miguel de Cervantès.
Le Royaume-Uni et l'Espagne célèbrent respectivement les 400 ans de la disparition de William Shakespeare (à gauche) et de Miguel de Cervantès. Wikimedia Commons

L’Espagne et le Royaume-Uni s’apprêtent à célébrer les 400 ans de la mort de Cervantès et Shakespeare. Mais si Londres a sorti le grand jeu, les Espagnols dénoncent le mépris de leur gouvernement pour le plus célèbre de leurs écrivains.

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Voici la chronique espagnole d’une déception annoncée. Depuis près d’un an, de multiples personnalités du monde de la culture espagnole alertent Madrid sur l’importance de commémorer les 400 ans de la mort de Miguel de Cervantès, leur plus célèbre écrivain. À la veille du début des célébrations, prévu samedi 23 avril, date qui correspond au jour de l’enterrement de l’auteur de "Don Quichotte", ces appels semblent avoir été vains. "Voilà 400 ans que nous pouvions nous y attendre", a ironisé le directeur de l'Académie royale espagnole.

>> À lire : le texte intégral de "L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche"

Victime collatérale d’une Espagne en pleine crise politique – aucun parti ne semble en mesure de constituer un gouvernement depuis les élections du 20 décembre 2015 – et économique, Cervantès n'a clairement pas été placé en tête de liste des priorités de Madrid. Chose que les Espagnols ne goûtent pas. Mais alors pas du tout.

"Du dédain, du mépris et de l’injure"

En mars, plusieurs écrivains avaient dénoncé l'ignominie dans les pages d’El Pais, avec en ligne de mire le PP (Partido popular), accusé de ne nourrir que du mépris à l'égard du monde culturel espagnol. L’écrivain Javier Marías, membre de l’Académie royale espagnole, avait ainsi sorti l'artillerie lourde en jugeant l’attitude gouvernementale "pleine de dédain, d’oubli et d’injure […], telle qu’on n’en a pas vécu depuis celle du régime franquiste".

La colère des Espagnols est d’autant plus noire que le Royaume-Uni, lui, n'a pas lésiné sur les moyens pour commémorer le 400e anniversaire de la mort de William Shakespeare. Car le plus célèbre des dramaturges britanniques et Cervantès se sont tous deux éteints en avril 1616, à quelques jours d'intervalle (et non le même jour, comme le veut une croyance répandue). Samedi 23 avril, les mondes culturels hispanique et anglo-saxon honoreront donc simultanément ces deux génies du verbe, qui ont tous deux marqué d'une empreinte indélébile la littérature mondiale.

>> À lire sur France 24 : Des restes de l’écrivain Cervantès découverts à Madrid

Londres a mis la main à la poche, mobilisant musées, compagnies de théâtre, la radio publique BBC et le British Council chargé de diffuser la culture britannique à l'étranger. Même les stations de métro londoniennes ont été rebaptisées pour l'occasion des noms de héros shakespeariens. Dès janvier, le Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé la couleur : un vaste programme baptisé "Shakespeare lives" prévoit des projets sur toute l’année et dans 140 pays – dont l’Espagne.

Un programme passé au crible par une presse espagnole pour le moins envieuse. Une "offensive internationale […] lancée avec toute la force de pénétration globale dont est capable le gouvernement britannique", décrit, dithyrambique, El Pais. Dans un édito du 30 janvier dernier, le quotidien, regrettant l’absence de stratégie face à l’armada déployée par le Royaume-Uni, se rendait à l'évidence : "Nous n’avons pas de projet pour Cervantès". Et force est de constater que dans le pays de "Don Quichotte", c’est morne plaine. Pour l’heure, seuls quelque 130 "projets et initiatives" plus ou moins isolés ont été recensés en Espagne…

"Trop tard", "trop peu"

Pour cause, Mariano Rajoy, à la tête d’un gouvernement qui ne s’occupe plus que des affaires courantes, n’a fait guère plus que de créer une "commission nationale pour la commémoration du quadricentenaire de la mort de Miguel de Cervantès" en mars 2015. "Trop tard", estime, cinglant, le quotidien El Mundo. Et trop peu, aux yeux de Víctor García de la Concha, le directeur de l’Institut Cervantès, le réseau d’instituts culturels espagnols dans le monde. Ce dernier s’était ému, dès octobre 2015, du retard pris dans la préparation des commémorations par la commission ad hoc. Si le secrétaire d’État à la Culture avait exprimé son mécontentement face à ces critiques, le temps a finalement donné raison à Víctor García de la Concha, souligne le journaliste du quotidien El Pais, Jesús Ruiz Mantilla.
 

Le programme officiel a été publié tardivement et les autorités semblent se réveiller seulement à l'approche de l'anniversaire, estime le photographe José Manuel Navia, un admirateur de Cervantès qui a organisé une exposition commémorative à Madrid.

De son côté, Javier Rodriguez, le maire de la ville natale du célébrissime auteur, Alcalá de Henares, a regretté que l’État n'ait pas alloué de budget à ces commémorations et que chaque région, chaque ville, chaque association ait dû puiser dans ses fonds propres ou s’appuyer sur des parrainages. Mais pour l’édile, rien ne sert de se lamenter. "Nous devons nous tourner vers l'avenir et essayer d'organiser autant d'activités que possible... Je crois que ce sera une bonne année Cervantès", positive-t-il.

L’Espagne, bien qu’un peu seule face à son patrimoine, compte célébrer malgré tout son auteur-phare, à force de "semaines cervantines" consacrées à sa vie et son œuvre, à des projections, des lectures, quelques conférences, concerts... Les meilleures initiatives viendront souvent des Espagnols eux-mêmes. Des bibliothécaires ont organisé des lectures et des ateliers artistiques pour les enfants. L'un d'entre eux a publié l’intégralité de "Don Quichotte" en 17 000 tweets. Il a réservé les 140 derniers caractères du chef d’œuvre pour le 22 avril, à la veille des commémorations.

 

 

 

 

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