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Brexit : Obama vole au secours de Cameron et risque le faux pas

Le président américain Barack Obama a rencontré le Premier ministre britannique David Cameron à Londres pour le soutenir dans sa campagne contre le Brexit, le 22 avril 2016.
Le président américain Barack Obama a rencontré le Premier ministre britannique David Cameron à Londres pour le soutenir dans sa campagne contre le Brexit, le 22 avril 2016. Ben Stansall, AFP

En s'attaquant à certains arguments des partisans du Brexit, Barack Obama, en visite à Londres vendredi, s'est attiré les critiques d'une partie des Britanniques.

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Aucun impératif urgent n’obligeait le président américain à passer ces quatre jours à Londres. Une centaine de députés britanniques, conservateurs pour la plupart et pro-Brexit, avaient même prié Barack Obama de renoncer à sa visite officielle, perçue comme une "ingérence" dans les affaires du pays à deux mois du référendum du 23 juin qui déterminera si le Royaume-Uni restera membre de l’Union européenne (UE). Mais le chef d’État américain a tenu à s’inviter quand même dans le houleux débat.

Les explications de notre correspondante

Dès son arrivée dans la capitale britannique, jeudi 21 avril, il a plaidé sans ambiguïté, dans une tribune publiée dans le Daily Telegraph, contre la sortie du Royaume-Uni de l'UE. Le lendemain, il a réitéré son message, cette fois aux côtés de son homologue et ami David Cameron, menaçant même le Royaume-Uni de "passer en queue de peloton" de ses relations commerciales avec les États-Unis s'il choisissait de quitter l'Union européenne.

L’enjeu pour Washington est de taille : voir son premier allié européen sortir de l’UE affaiblirait de fait les liens entre les États-Unis et l’institution européenne. Pour les Américains, militairement et diplomatiquement, une Europe forte et unie garantit un rempart contre une possible hégémonie russe de Vladimir Poutine sur le Vieux continent.

Les États-Unis ont également intérêt à ce que le Royaume-Uni reste dans l'UE pour faciliter la lutte antiterroriste, au premier plan des préoccupations américaines du moment. "Les dizaines de milliers d'Américains qui reposent dans les cimetières européens prouvent à quel point notre prospérité et notre sécurité sont entremêlées", a relevé le président des États-Unis dans une référence à la participation des forces américaines aux combats des deux Guerres mondiales en Europe.

Foudres des partisans du Brexit

Si la venue d'Obama est le fait d’une volonté américaine, l’opération a bien pour visée de rendre service à l’allié Cameron, en position de faiblesse ces dernières semaines, particulièrement depuis le scandale des Panama Papers dans lequel son nom a été cité. Mais l’effet du soutien américain pourrait s’avérer contre productif.

La prise de position du président américain n'a pas été du goût des partisans d'une sortie de l'Union, à l'image du maire conservateur de Londres, Boris Johnson, qui a dit ne pas avoir de leçon à recevoir de la part des Américains. Il a dénoncé "l'hypocrisie" et "l'incohérence" de Barack Obama. "Faites ce que je dis et non ce que je fais", a-t-il écrit dans le Sun. Le conservateur britannique, qui s’est plu à rappeler les origines kenyanes du président américain, est allé jusqu'à l’accuser d’un "désamour ancestral de l’empire britannique" à cause de ses racines.

Autre partisan du Brexit, le chef du parti anti-immigration Ukip, Nigel Farage, recommandait lui au président américain de "s'occuper de ses fesses". "C'est une ingérence malvenue de la part du président américain le plus anti-britannique qui ait jamais été. Fort heureusement, il ne restera plus longtemps en poste", a-t-il déclaré à Reuters.

Obama accusé d'ingérence

Les vives réactions des leaders pro-Brexit ont trouvé un écho auprès de la population, comme l’explique Bénédicte Paviot, la correspondante de France 24 à Londres, puisque d’après un sondage, "60 % des Britanniques ne sont pas du tout contents et accusent le président américain d’ingérence contre 29 % qui pensent qu’il a tout à fait le droit de s’exprimer".

Mais la position des partisans du Brexit face aux États-Unis est délicate à tenir. Habituellement, ces derniers sont considérés comme des pro-Américains. D’ailleurs, parmi les arguments qu’ils avancent en faveur du Brexit figure celui d’un détachement de l’UE qui permettrait de se rapprocher des États-Unis et de tisser des accords de libre-échange outre-Atlantique, sans avoir à demander l’aval de Bruxelles.

Ce qu’Obama s’est empressé de démentir vendredi : "Certains pensent peut-être qu'il y aura un accord de libre échange USA-Royaume-Uni mais cela n'arrivera pas de sitôt (...) Nous sommes concentrés sur les négociations avec le grand bloc", c'est-à-dire l'UE, a affirmé le chef d’État américain.

Les pour et les contre étant au coude-à-coude, "toutes les interventions sont cruciales", analyse Bénédicte Paviot, qui estime que l’appui d’Obama peut "influencer les indécis". Selon les dernières estimations du Financial Times, les partisans du mouvement pro-Brexit sont de plus en plus nombreux. Quelque 42 % de votants se positionnent en faveur d’une sortie de l’UE, contre 44 d'opposants % et 14 % d'indécis.

Pour sa part, Douglas Webber, professeur de science politique à l’INSEAD interrogé par France 24, estime que ce qui va avant tout influencer l’opinion britannique d’ici juin sera la tournure que prendra la crise de l’Eurozone, la crise des réfugiés ou d’éventuelles nouvelles crises à venir dans l’Union européenne.

Avec AFP et Reuters

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