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Comment l'archéologie participative va tous nous transformer en Indiana Jones

Texte par Marine BENOIT

Dernière modification : 26/10/2018

Couronné du prix TED 2016, Global Xplorer va rendre accessible à tous quantité de photographies du globe prises par satellite. Son objectif ? Faciliter la découverte de vestiges oubliés... car trop bien cachés.

Sarah Parcak se définit comme une "archéologue de l’espace". Plus précisément, comme une archéologue qui travaille depuis l’espace. Et elle estime qu’il n’y a aucune raison pour qu’elle seule bénéficie de ce titre. Avec Global Xplorer, elle compte bien faire de nous tous des chercheurs de trésors œuvrant pour le bien du patrimoine mondial.

VOIR AUSSI : La numérisation 3D vient à la rescousse des sites archéologiques syriens

"Il y a cent ans, l’archéologie était réservée aux gens riches, il y a 50 ans, aux hommes, et aujourd’hui, majoritairement aux universitaires. Mais l’archéologie peut être destinée à tout le monde", déclare-t-elle sur le site Internet de Global Xplorer, dont le lancement est prévu pour l’été 2016.

Grâce à l’imagerie satellitaire infrarouge, ce professeur de l’université d’Alabama, à Birmingham, aux États-Unis, entend donc dépoussiérer les méthodes de fouilles. Son projet a d’ailleurs remporté le prix TED 2016, une distinction délivrée par la fondation du même nom, ainsi qu’une bourse d’un million de dollars. "Je crois que nous avons encore des millions de sites archéologiques à découvrir", estime-t-elle. Et Global Xplorer risque bien de donner un sacré coup de main aux chercheurs.

L'archéologue Sarah Parcak.

Une efficacité prouvée

En réalité, l’observation d’images aériennes et satellites dans le domaine de l’archéologie n’a rien de nouveau. Développée dès la fin des années 90, elle a même déjà bien facilité le travail des spécialistes, ayant mis au jour ces dernières années plusieurs sites qui n’auraient sans doute jamais pu être repérés depuis la terre ferme. "Dès le début des années 2000, nous avons aussi vu débarquer des images en très haute définition, grâce à des satellites d’observation à orbite basse, comme Quickbird par exemple", explique Xavier Rodier, ingénieur au CNRS spécialiste de l’analyse spatiale dans les sciences historiques. "Mais des outils aussi communs que Google Maps ou Geoportail ont eux aussi ouvert de nouvelles perspectives."

Dans le Sahara, ces technologies ont en effet permis de découvrir plusieurs sites préhistoriques d’art pariétal ; au Cambodge, un hélicoptère équipé du radar laser LiDAR – qui s’appuie sur le principe de la télédétection par la lumière et sur l’imagerie satellite – a révélé l’existence d’une ville entière oubliée, la cité perdue de Mahendraparvata, évoquée dans les textes anciens ; enfin, en Égypte, la trace de 17 pyramides, de 1 000 tombes et de près de 3 000 bâtiments, a été détectée grâce à des images satellite. Parmi eux, le réseau de rues et de maisons de l’ancienne ville de Tanis, celle-là même que l’on peut voir dans le film "Indiana Jones et les Aventuriers de l’arche perdue" de Steven Spielberg.

Cette dernière trouvaille, datée de 2011, est d’ailleurs signée Sarah Parcak.

Steven Spieberg devant la maquette de la cité antique de Tanis, trop coûteuse à reproduire à taille réelle.

Face à un tel succès, elle a appliqué les mêmes méthodes de fouilles l’année suivante dans l’ancien Empire romain, vaste territoire encore truffé de sites inexplorés et qui, à son apogée, englobait près de 40 pays. Si vaste que de fil en aiguille, l’idée lui est venue d’ouvrir une plate-forme d’observation où chacun allait pouvoir se rêver en explorateur.

Plus on est de fous, plus on trouve

"Le problème avec les images en très haute définition, c’est qu’elles fournissent trop de données", souligne Xavier Rodier. "Il faut du temps, et donc du monde, pour les trier." C’est là où Global Xplorer entend faire la différence : en rendant ces images accessibles à qui veut, Sarah Parcak est sûre que le nombre de sites repérés explosera. À condition, toutefois, que les chercheurs en herbe aient été formés aux techniques d’analyse de tels clichés. "Une fois inscrit, l’utilisateur sera entraîné via un petit tutoriel. De cette façon, il saura ce qu’il cherche, et surtout, comment le chercher", nous explique-t-elle. "Il ne lui sera communiqué, en revanche, aucune données GPS, ni aucun autre indice sur la localisation."

Dès qu’un internaute signalera une zone ou un point précis, elle et son équipe prendront le soin de confirmer – ou d’infirmer – que l’observation est digne d’intérêt. Il faudra aussi qu’un certain nombre d’utilisateurs remarque la même chose avant que les hypothèses soient étudiées. "Une seule personne affirmant avoir repéré un site ne suffira pas à lancer l’alerte. Il faudra au moins une vingtaine d’observations similaires pour que ces dernières soient prises en compte". Enfin, s’ils considèrent la trouvaille suffisamment crédible, alors leurs conclusions seront transférées aux archéologues officiant sur la zone concernée.

Vue satellite du site d'Athribis, en Égypte. © GLOBAL XPLORER
Des traces d'une route romaine en Tunisie. © GLOBAL XPLORER

Protéger notre héritage

Parallèlement, Parcak espère que Global Xplorer remplira une mission tout aussi importante – voire plus importante – que celle qui consiste à mettre en lumière des sites inconnus. "Nous souhaitons pouvoir préserver, et parfois même sauver, une partie du patrimoine mondial aujourd’hui menacé."

Depuis les Printemps arabes, le nombre de pillages au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a littéralement explosé. Rien qu’entre 2011 et 2013, ils ont été comptabilisés au nombre de 38 000 par les experts. "Si les chiffres continuent d’augmenter à ce rythme, la totalité des 1 100 sites que nous avons pu examiner [sur images satellite] seront pillés d’ici à 2040", ont alerté Parcak et ses collègues dans une récente étude.

Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls chercheurs à répertorier ces ravages depuis l’espace. D’autres archéologues ont appliqué les mêmes méthodes sur les territoires syrien et irakien, là où les destructions ont été les plus intenses ces dernières années, notamment avec la montée du groupe État islamique.

Grâce aux images satellite ouvertes à tous, les sonnettes d’alarme pourraient être tirées plus vite. Et les soupçons quant à certaines pièces circulant sur le marché de l’art être éveillés, eux aussi, plus rapidement.  

"J’imagine que l’archéologie du futur ressemble à cela : plus de monde, plus de prévention, pour moins d’explorations invasives", conclut Sarah Parcak. Effectivement, les satellites ont aussi ce dernier avantage : ils diminueront probablement le nombre d’heures passées à creuser sans jamais être sûrs… de tomber sur un os.

– Article initialement publié le 30 avril 2016.

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Première publication : 26/10/2018

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