Accéder au contenu principal

L’Italie s’inquiète du nouveau flux de migrants à ses portes

Une embarcation de fortune au large des côtes de Lampedusa, le 8 mai 2015.
Une embarcation de fortune au large des côtes de Lampedusa, le 8 mai 2015. PAO / Mittelmeer/ Bundeswehr/ AFP

Avec le retour du printemps et le verrouillage du passage Turquie-UE, de nombreux migrants se risquent à rejoindre l’Europe via la dangereuse route méditerranéenne entre la Lybie et l’Italie. Rome tire la sonnette d’alarme.

Publicité

C’est un nouveau printemps macabre qui s'annonce en Méditerranée. Et l'Italie s'en alarme. Jeudi 5 mai, Matteo Renzi, le président du Conseil italien a appelé l'Europe à plus de solidarité, plus de "respect" pour la dignité humaine des migrants. Et pour cause, depuis quelques semaines, les embarcations de fortune reviennent de plus en plus fréquemment s'échouer sur ses côtes.

Un bateau de fortune transportant 120 migrants a fait naufrage vendredi 29 avril peu après avoir quitté les côtes libyennes. Au moins 15 personnes sont aujourd’hui portées disparues quelque part dans les eaux. Quatre sont originaires du Nigeria, deux de Côte d’Ivoire, deux du Soudan et une du Mali, a indiqué Carlotta Sami, porte-parole du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) en Italie.

>> À lire sur France 24 : Naufrage de migrants en Méditerranée, l’effroyable récit d’un rescapé

Le même jour, un second bateau s’est échoué en Méditerranée, 84 personnes se sont noyées, selon un porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Comme dans tous les naufrages, ce sont les rescapés, 26 au total, dont quatre femmes et cinq mineurs non accompagnés, qui ont rapporté ce nouveau drame. Avec le retour du beau temps et de conditions climatiques favorables, nombreux sont ceux qui tentent à nouveau de rallier l’Europe via cette périlleuse route maritime, des côtes libyennes à la terre italienne. Depuis le début de l’année 2016, 1 300 personnes sont mortes noyées au milieu de cette traversée.

"Partager le fardeau"

Mais quel autre chemin prendre pour fouler le sol européen ? Depuis l’accord conclu en mars entre l’Union européenne et la Turquie, la route grecque, via la Mer Égée, est verrouillée. Et quand bien même certains passeraient à travers les mailles du filet, traverser la route de Balkans, barricadée de fils barbelés en Hongrie, Serbie, Macédoine, Slovénie, est mission impossible. En Europe, des clôtures s’élèvent les unes après les autres contre le passage des migrants. La Méditerranée reste fatalement la dernière option.

>> À lire sur France 24 : "Nauru, le cauchemar sans fin des migrants refoulés par l'Australie"

L’Italie, et plus précisément l’île de Lampedusa, porte d’entrée de l’espace Schengen, est donc aux avant-postes de ce nouvel afflux de migrants en provenance d’Afrique mais aussi désormais de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan… Depuis 2013, elle a vu 320 000 migrants arriver sur ses côtes. Cette année, ce nombre pourrait aisément doubler voire tripler. Selon le ministre autrichien de l'Intérieur, Wolfgang Sobotka, un million de migrants devraient franchir la Méditerranée au départ de la Libye en 2016.

>> À (re)lire : Lampedusa, étape d’un long périple vers l’Europe (reportage de 2011)

Alors Vienne se barricade à son tour. Le pays a fait part cette semaine de son intention d’ériger une barrière aux abords du poste-frontière du col de Brenner, à la frontière italienne, pour "canaliser" les réfugiés qui cherchent à gagner son territoire – et au delà, à rejoindre l’Allemagne et les pays nordiques. Rome voit rouge. Matteo Renzi s’est déclaré cette semaine "complètement opposé" à l’érection de cette nouvelle clôture. La chancelière allemande est venue à sa rescousse. Jeudi 5 mai, Angela Merkel a déclaré qu’il fallait "partager le fardeau", qu’il "n’était pas possible de fermer ses frontières."

Un plan nommé "Migration Compact"

Contre les barrières, l’Italie veut mettre en place un plan d’action, "une stratégie pour l'Afrique". Matteo Renzi propose ainsi un plan nommé "Migration Compact", qui met l'accent sur l'aide aux pays d'origine et sur la coopération avec les pays de transit, en visant par exemple un accord avec la Libye sur le modèle de celui conclu par l'UE avec la Turquie. Pour l’heure, cet accord a tout d’une utopie. "Nous ne sommes pas d'accord sur les formes de financement" du "Migration Compact", a reconnu Renzi, "l'Allemagne refusant les euro-bonds" pour financer les pays africains d'origine et de transit des migrants.

>> À voir sur France 24 : "L'Autriche lance des travaux pour clôturer sa frontière avec l’Italie"

Contrairement à l’idée reçue, la mer Méditerranée est souvent agitée, et ses vagues d’environ deux mètres ont généralement raison de petites embarcations de migrants surpeuplées, mal équipées qui doivent parcourir des centaines de kilomètres sur l’eau avant de rejoindre Lampedusa, l’île italienne.

"L'an dernier, des milliers de personnes sont mortes en tentant de traverser [la Méditerranée] – si nous ne travaillons pas ensemble pour agir, les gens vont continuer à mourir", a souligné de son côté le patron de la Croix-Rouge italienne, Francesco Rocca. L’année dernière, la Méditerranée s’était déjà transformée en cimetière marin : plus de 3 500 personnes, dont des centaines de femmes et d’enfants, y ont perdu la vie.

Avec AFP

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.