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Au Liban, des élections municipales test pour la société civile

Les forces de sécurité libanaises surveillent le déroulé du scrutin municipal à Beyrouth, le 8 mai 2016.
Les forces de sécurité libanaises surveillent le déroulé du scrutin municipal à Beyrouth, le 8 mai 2016. Anwar Amro, AFP

Les élections municipales ont débuté dimanche au Liban. Ce premier scrutin en six ans verra pour la première fois 24 candidats indépendants inscrits sur la liste Beirut Madinati se mesurer aux politiciens traditionnels.

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C'est la première fois en six ans que les Libanais ont l'occasion de s'exprimer dans les urnes face à la classe politique traditionnelle du pays, accusée de corruption et d'incompétence. Les élections municipales ont débuté dimanche 8 mai à Beyrouth et dans deux gouvernorats de la région de la Bekaa, dans l'est du Liban.

Ces élections, qui se poursuivront jusqu'au 29 mai dans les cinq autres provinces du pays, se tiennent dans un pays sans président depuis deux ans, souffrant d'un Parlement paralysé par des divisions politiques exacerbées par le conflit en Syrie voisine.

La grande nouveauté de cette élection est l'apparition d'une liste formée de 24 candidats indépendants, Beirut Madinati ("Beyrouth est ma ville", en arabe). Elle compte des employés, des enseignants, des journalistes, des pêcheurs et des artistes, comme la célèbre réalisatrice Nadine Labaki ("Caramel", "Et maintenant on va où?"), et défie celle des politiciens traditionnels comme l'ex-Premier ministre Saad Hariri, dont le parti Courant du Futur domine généralement la municipalité de Beyrouth.

>> À voir sur France 24 : "Le Beyrouth des arts, avec Nadine Labaki"

Pour Mona Fawaz, membre de Beirut Madinati, cette nouvelle liste "a déjà changé les choses". "Pour la première fois depuis les années 1970 nous avons une vraie bataille électorale au niveau de la municipalité de Beyrouth", affirme la jeune femme.

Jusqu'à présent, les listes pour les municipales étaient concoctées par les partis traditionnels souvent dirigés par d'anciens seigneurs de la guerre civile (1975-1990). Les mouvements de la société civile ont pris de l'ampleur après la "crise des ordures", qui a exposé au grand jour en 2015 l'inaction des dirigeants, dénoncée dans des manifestations non partisanes inédites.

Parmi les changements initiés par Beirut Madinati : l'obligation pour tous les candidats  de présenter un programme : "Les pouvoirs politiques se sont rassemblés et ont fait un programme de deux pages qui ne dit pas grand chose".

Bousculer le jeu politique

Consciente d'être un "outsider", la liste Beirut Madinati espère bousculer le jeu et s'attaquer aux problèmes minant la vie quotidienne, dans un pays où les familles politiques traditionnelles se partagent les postes depuis son indépendance de la France en 1943.

Malgré la présence de cette nouvelle liste, la participation a été faible au cours de la journée dans la capitale libanaise où seulement 20 % des électeurs sont allés voter. Le taux était beaucoup plus important dans les deux gouvernorats de la Békaa où le Hezbollah est très influent, avoisinant les 50% selon le ministère de l'Intérieur.

Le Liban souffre d'une déliquescence des infrastructures et des services publics avec de graves pénuries d'électricité et d'eau potable. Les Beyrouthins suffoquent dans les embouteillages qui paralysent une ville mangée par le béton et manquant d'espaces verts.

L'accumulation de tonnes de déchets après la fermeture de la principale décharge du pays l'été dernier et l'incapacité des deux camps rivaux participant au gouvernement à résoudre ce problème ont suscité un ras-le-bol inédit.

La classe libanaise est divisée entre le camp emmené par Saad Hariri et soutenu par l'Arabie saoudite et les États-Unis, et celui, appuyé par l'Iran et le régime syrien de Bachar al-Assad, dirigé par le puissant Hezbollah chiite. Paradoxalement, ces rivaux se sont alliés pour les municipales de Beyrouth pour faire face à Beirut Madinati.

En soirée, le mouvement civil a dénoncé des violations et des fraudes au cours du scrutin.

Avec AFP

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