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Municipales au Liban : les partis traditionnels brisent les rêves de la liste citoyenne Beirut Madinati

Le taux de participation aux élections municipales au Liban a été estimé autour de 20 % à Beyrouth et de 50 % dans la Bekaa.
Le taux de participation aux élections municipales au Liban a été estimé autour de 20 % à Beyrouth et de 50 % dans la Bekaa. Anwar Amro, AFP

Face à un mouvement citoyen qui tentait, à Beyrouth, de bouleverser le paysage politique libanais, les partis traditionnels ont tenu bon lors des élections municipales.

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Le verrouillage de la politique libanaise a une nouvelle fois fait ses preuves, dimanche 8 mai, en offrant, selon les médias locaux, la victoire aux grands partis traditionnels aux élections municipales à Beyrouth et dans deux autres régions concernées par la première étape du scrutin.

L'ex-Premier ministre Saad Hariri, principal leader sunnite du pays et l'un des ténors de la vie politique libanaise, a annoncé en personne que la liste Beyrouth aux Beyrouthins, également appuyée par les principaux partis chrétiens, avait remporté la bataille électorale dans la capitale. Les résultats définitifs doivent encore être diffusés lundi.

De son côté, le puissant Hezbollah chiite a gagné la majorité des municipalités dans la région de Baalbeck (est), tandis que les listes soutenues par Saad Hariri l'ont emporté dans les villages sunnites, à l'exception d'Arsal, situé dans une région frontalière où des combats opposent régulièrement l'armée aux jihadistes venus de Syrie.

Dans les localités chrétiennes, notamment à Zahlé, ce sont les partis chrétiens qui ont crié victoire, et dans l'agglomération druze de Rachaya, c'est la liste de Walid Joumblatt, chef politique de cette communauté et ex-seigneur de guerre, qui a raflé la mise.

Les partis traditionnels s'unissent contre une liste apolitique

À moins d'un coup de théâtre de dernière minute, à Beyrouth, la liste Beirut Madinati ("Beyrouth ma ville"), se réclamant de la société civile n'aura pas réussi à briser le monopole des principales écuries politiques libanaises qui se partagent les postes depuis des décennies.

Surfant sur le mécontentement des Libanais et un climat de ras-le-bol général devant l’incurie et les divisions d'une classe politique sclérosée par ses rivalités internes, la liste composée de 24 candidats indépendants a bénéficié tout au long de la campagne d’un vent de sympathie.

Mais une fois n’est pas coutume dans un pays où la fracture politique est si profonde, tous les partis traditionnels ont fait front commun face à cette liste d'entrepreneurs, d'enseignants, d'artistes comme la réalisatrice de renom Nadine Labaki, et même de pêcheurs.

Il n’en reste pas moins que Beirut Madinati estime être sur la bonne voie."Nous avons réalisé un bon score. Nous nous sommes lancés dans ces élections pour dire aux gens que nous sommes en dehors de la polarisation politique et qu'ils ont le droit d'être représentés", a expliqué à l'AFP l'une des candidates, Rana el-Khoury.

Le "chiffre de la honte"

L’un des faits marquants de ce scrutin reste indéniablement la très faible mobilisation des électeurs dans la capitale, même si traditionnellement les Beyrouthins se déplacent peu pour des élections locales. Le taux de participation a été estimé autour de 20 % à Beyrouth et de 50 % dans la Bekaa (ouest). De plus, en raison du système électoral qui prévoit que chaque citoyen doit voter dans la localité d'origine de ses ancêtres, seuls 476 000 des 1,8 million d'habitants de la capitale peuvent y voter.

C'est le "chiffre de la honte", s'est désolé le quotidien L'Orient-Le Jour, tandis que le journal Al-Akhbar s'interrogeait : "Municipale 2016 : indifférence ou résignation ?".

"La société civile est faible au Liban et (...) elle se heurte à la structure politico-confessionnelle du pays", explique Hilal Khashan, chef de la faculté des sciences politiques de l'Université américaine de Beyrouth. "Beirut Madinati est une élite culturelle, artistique et civilisée mais cette liste n'a pas pu atteindre le public (...) Il y a un fossé entre les élites et la masse, qui les considère hors de la structure traditionnelle".

Pour cet expert, il est clair que "la classe politique ne veut pas de réformes" et que les hommes politiques "s'allient pour préserver leur intérêt malgré les divisions" lorsque c'est nécessaire. Cependant, note-t-il, "c'est un début et Beirut Madinati a quand même réussi à se placer sur la carte politique".

Enfin, la Lebanese Association for Democratic Elections (Lade) a indiqué dimanche soir que les infractions enregistrées lors de la première étape des élections municipales ont connu une très forte augmentation, de 80 % par rapport aux municipales de 2010.

Ces élections, qui doivent se tenir jusqu'au 29 mai dans les cinq autres régions du Liban, sont les premières dans ce pays depuis 2010, tandis que la présidence de la République est vacante depuis mai 2014, et que le Parlement n’a pas été renouvelé depuis 2009 en raison des profondes divisions.

Avec AFP
 

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