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Une vague homophobe sans précédent en Tunisie

Le vice-président de l'association Shams, Ahmed Ben Amor, et l'ancienne Femen tunisienne Amina Sboui, le 3 octobre 2015, à Tunis.
Le vice-président de l'association Shams, Ahmed Ben Amor, et l'ancienne Femen tunisienne Amina Sboui, le 3 octobre 2015, à Tunis. Fethi Belaid, AFP

Les actes homophobes se multiplient en Tunisie depuis le passage à la télévision du vice-président de Shams, une association de lutte contre l'homophobie. Ce dernier a reçu plus de 200 menaces de mort.

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L’homophobie se porte bien en Tunisie. Les propos, appels à la haine et autres actes homophobes caractérisés se multiplient ces dernières semaines, le tout sans la moindre réaction du gouvernement ou du président Essebsi.

Tout a commencé par la sortie du célèbre comédien Ahmed Landolsi. Invité le 13 avril de l’émission Klem Ennas, sur la chaîne privée tunisienne Al-Hiwar Ettounsi, la vedette tunisienne a déclaré que l’homosexualité était "une maladie et un pêché", citant la Constitution tunisienne pour affirmer que les homosexuels feraient mieux de "se cacher". "Il y est bien écrit que la Tunisie est un pays musulman et l’islam interdit l’homosexualité", a-t-il affirmé.

Dès le lendemain de l’émission, l’association de défense des droits des homosexuels Shams s’indignait dans un communiqué et exigeait que l’acteur présente des excuses officielles à la communauté LGBT tunisienne. Ce qu’il n’a pas fait, se sentant en phase avec l’opinion publique d’un pays où, selon un sondage réalisé par l'institut tunisien ELKA Consulting, 64,5 % des citoyens estiment que les homosexuels doivent être punis, où la pratique de la sodomie et du lesbianisme est interdite par l'article 230 du code pénal et où la police pratique le test anal pour "démasquer" les homosexuels.

Campagne de l'ONG Shams contre le test anal
Campagne de l'ONG Shams contre le test anal Shams

"On vit dans une société machiste, religieuse, patriarcale et sexiste, où le thème de la sexualité est tabou, alors imaginez un peu ce que c’est pour l’homosexualité", déplore Ahmed Ben Amor, le vice-président de Shams, contacté par France 24.

La polémique aurait pu en rester là, mais l’émission Klem Ennes invitait justement Ahmed Ben Amor la semaine suivante pour qu’il vienne débattre du sujet. Mais plutôt que de lui opposer un seul contradicteur, la chaîne en avait invité deux : le chanteur Walid Ettounsi, qui a soutenu le comédien Ahmed Landolsi, et l’imam Mohamed Ben Hamouda, qui a souligné que l’homosexualité était non seulement interdite par l’islam, mais aussi par le christianisme et le judaïsme.

>> À lire sur France 24 : "Le président Essebsi s'oppose à la dépénalisation de la sodomie en Tunisie"

"Je devais débattre face à une seule personne et on a finalement mis face à moi deux contradicteurs qui disaient tout le mal qu’ils pensent des homosexuels, regrette le vice-président de Shams. Et puis je me suis retrouvé dans une situation très difficile, puisqu'il était impossible de débattre. On m’a demandé, par exemple, comment était choisi l’homme d’un couple homosexuel qui devait porter un bikini à la plage. Ça volait très bas."

"La pire vague d’homophobie dans l’histoire de la Tunisie"

À la suite de cette émission télévisée du 20 avril, les actes homophobes se sont multipliés. Plusieurs commerces de Tunis affichent soudain des messages sur leur vitrine expliquant que les homosexuels ne sont pas les bienvenus. Un chauffeur de taxi refuse de prendre des passagers gays. Et des photos homophobes se mettent à circuler sur les réseaux sociaux, certaines étant postées par des soldats de la Garde nationale et appelant à "brûler vifs" les homosexuels.

"On assiste tout simplement à la pire vague d’homophobie dans l’histoire de la Tunisie, affirme Ahmed Ben Amor. Dans les supermarchés et les restaurants, l’accès est interdit aux homosexuels. Dans la rue, ils peuvent être attaqués. Et si la victime porte plainte, la police ne prend pas la plainte au sérieux car elle est elle-même homophobe."

>> À lire sur France 24 : "'Interdit aux homosexuels' : des commerces tunisiens affichent publiquement leur homophobie"

Le vice-président de Shams est bien placé pour témoigner : il a reçu plus de 200 menaces de mort depuis son passage dans l’émission Klem Ennes et vit quasiment cloitré chez lui. Lorsqu’il a souhaité porter plainte au sujet des menaces de mort, les policiers qui l’ont reçu lui ont répondu qu’il devait assumer ses actes. "Je vis désormais dans l’angoisse et la paranoïa", résume-t-il.

Ahmed Ben Amor dit qu’il s’attendait à ce type de réactions mais qu’il n’avait pas anticipé le silence de l’État et de nombreuses ONG, comme la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Les médias, également, sont accusés de ne pas faire leur travail car ils restent "trop négatifs et trop passifs", selon lui.

Un imam explique la meilleure façon de tuer les homosexuels

Or c’est justement ce manque de réaction des leaders d’opinion qui a permis à l’homophobie de prospérer ces derniers jours. "Avec cette stigmatisation et cette vague de haine, c’est très facile pour un homophobe de passer sans aucune crainte à l’acte car il règne actuellement un sentiment d’impunité", analyse le vice-président de Shams.

Les seules voix qu’entendent les Tunisiens dans la sphère publique, finalement, sont celles des homophobes comme Ahmed Landolsi, Walid Ettounsi, l’imam Mohamed Ben Hamouda ou encore l’imam Fathi Rebaï. Ce dernier s’est emparé de la polémique suscitée par l’émission Klem Ennes pour expliquer lors de son sermon prononcé le 29 avril à la mosquée Essalem de Sfax comment les homosexuels devaient être conduits sur des hauteurs, jetés dans le vide et lapidés à mort.

Face à cette montée de l’homophobie, un appel à manifester le 15 mai à Tunis à été lancé sur Facebook. Mais l’association Shams préfère ne pas y participer, jugeant le climat actuel "trop dangereux" pour la communauté homosexuelle.

"Je préfère calmer le jeu dans un premier temps, se justifie Ahmed Ben Amor. Nous publierons notre rapport annuel le 17 mai à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie. Et puis lorsque tout ça sera un peu retombé, nous pourrons continuer à avancer."

Car pour le vice-président de Shams, il ne faut pas oublier les progrès effectués jusque-là en Tunisie : "C’est un sujet dont on peut aujourd’hui parler ouvertement. Il y a des articles dans la presse, et la communauté commence à sortir du placard."

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