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Cannes 2016 : starlettes, cinéphiles, jet-setteurs... qui sont les festivaliers ?

Loïc Venance, AFP

Quelque 130 000 personnes sont attendues sur la Croisette pour participer, du 11 au 22 mai, au 69e Festival de Cannes. Du chasseur de stars au cinéphile en passant par le businessman, France 24 a élaboré une typologie du festivalier.

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Du 11 au 22 mai, la ville de Cannes verra sa population passer de 74 000 à 200 000 âmes lors de son 69e Festival international du film. Journalistes, professionnels du cinéma, cinéphiles ou simples curieux… il y a plusieurs facettes du festivalier. Typologie, purement subjective, de la faune cannoise.

- Le chasseur de stars

On a l’impression qu’il vit à l’année devant le Palais des festivals. Bien avant que le flot de festivaliers ne se déverse sur la Croisette, le chasseur de stars a établi sa base devant les célèbres marches. À l’aide d’un anti-vol, il a soigneusement accroché sa chaise pliante et son escabeau aux barrières de sécurité. Histoire qu’un malotru ne lui chaparde pas son spot.

Durant les festivités, il est armé de son appareil photo et d’un classeur où il consigne, par ordre alphabétique, les autographes obtenus à l’arraché. Il connaît l’ordre de passage des films par cœur. Ainsi que le casting complet du dernier Steven Spielberg dans lequel jouent plusieurs enfants en passe de devenir de futures stars.

Seule la montée des marches d’une équipe de film roumain peut le convaincre de déserter son "poste". Auquel cas, il se rend illico aux abords du Majestic afin de scruter les allées et venues de LA star américaine qui, pour la modique somme de 39 000 euros, a passé la nuit dans la grande suite de l’hôtel.

- Le critique

La horde de critiques constitue l’un des plus gros contingents du Festival. Cette année, quelque 4 500 journalistes ont été accrédités pour suivre l’événement. Impossible de les rater : ce sont eux qui arborent un badge autour du cou et des cernes sous les yeux.

Mais on repère aussi le critique à la manière dont il parle des films : avec des adjectifs que personne d’autre n’utilise. Dans sa bouche, un film sera donc "complaisant", "désincarné", "solaire", "désopilant" ou "idéologiquement problématique". Autre particularité linguistique : par commodité, il désigne les longs-métrages non pas par leur titre mais par leur auteur ("Tu as vu le Dolan ?"). Ou par sa nationalité si le réalisateur a un nom trop compliqué à retenir ("J’ai adoré le Hongrois").

>> À lire sur France 24 : cinq idées reçues sur le Festival de Cannes

Comme il n’est pas venu à Cannes pour faire des châteaux de sable mais pour travailler, le critique critique. À peu près tout est sujet à courroux : l’absence de tel réalisateur en compétition, bien sûr, mais aussi le service à la pizzeria fréquentée par Quentin Tarantino, la longueur des files d’attente devant les salles, la musique "hyper prévisible" aux soirées de la plage… Une seule chose ne le choque pas (ou plus) : le système très Ancien Régime des badges qui, selon leur couleur, hiérarchise l’importance du journaliste accrédité (en gros, les "argentés" ont accès à presque tout, les "jaunes" à presque rien, les "bleus" et les "roses" s’en sortent comme ils peuvent).

- Le businessman

Lui n’est pas "descendu à Cannes" pour regarder des films mais pour les vendre ou les acheter. Ils sont 12 000 comme lui à prendre part chaque année au marché du film cannois, considéré comme le rendez-vous incontournable des professionnels du cinéma du monde entier.

Contrairement au critique mal fagoté, le businessman porte une veste griffée sur les épaules et un téléphone à l’oreille. Il est russe, chinois, libanais ou brésilien, mais parle l’anglais des affaires. Tout le temps, partout et suffisamment fort en tous cas pour qu’au restaurant ses voisins de table comprennent bien qu’il est en train de conclure un gros coup ("Hello Harvey [Weinstein], how are you ?"). Il juge les films non pas à l’aune d’un "crépusculaire plan séquence sur les steppes du désert de Gobi", mais sur sa capacité à capter "le marché des cadres sup’ en quête d’un cinéma exigeant".

- La starlette qu’on ne connaît pas

On la voit chaque soir sur le tapis rouge vêtue d’une robe différente. C’est elle qui, stratégiquement, s’immisce dans la roue d’un George Clooney ou d’une Marion Cotillard afin de multiplier ses chances d’être saisie par les flashs des photographes. Sa maîtrise de la représentation en public (sourire indéfectible, regard à gauche, regard à droite, main sur la hanche et rotation pleine de grâce à 180 degrés) la fait passer pour une célébrité. Sauf que personne ne sait qui elle est vraiment. Actrice, vedette de la télé, mannequin-égérie d’une jeune marque de cosmétique qui souhaite rayonner à l’international ?

Au bout de deux jours, le chasseur de stars - à qui on ne la fait pas (voir plus haut) - a compris son petit manège. Ce qui ne l’a pas empêché de lui demander une petite signature. Par pur principe de précaution.

- Le touriste

Il donne l’impression d’avoir atterri sur la Croisette par hasard mais personne n’est dupe. Malgré son air de ne pas y toucher, on sait que si le touriste s’est accordé 15 jours de vacances à Cannes en plein mois de mai, c’est dans le but inavoué de prendre part à l’événement. Ce serait tout de même bête de rater une occasion de croiser Robert de Niro.

Conscient que le port des tongs et du sac-banane ne lui donnera qu’un accès extrêmement limité aux réjouissances, après la plage, il rôde d’un air bonhomme dans les environs du palais avec l’espoir qu’une âme charitable lui cède un carton d’invitation. Ou, encore mieux, que Michel Drucker s’assoie à la table d’à côté pendant l’apéro.

- Le richissime milliardaire

À Cannes, le milliardaire n’est pas seulement milliardaire, il est aussi richissime. Ce qui en dit long sur son dispendieux train de vie. On l’imagine occuper toutes les suites du Carlton (l’une pour lui, les autres pour ses tigres du Bengale), prendre des douches au champagne et écouter David Guetta, non pas sur son iPhone plaqué or mais en live privé (dans sa chambre si possible).

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Reste que le richissime milliardaire, on ne le voit jamais. C’est même à cela qu’on le reconnaît. C’est derrière les vitres teintées d’une imposante limousine qu’il se fait balader plusieurs fois par jour sur la Croisette. Et au large de la côte cannoise, sur son yacht personnel, où il organise pour la jet-set d’homériques fiestas arrosées au cognac (celui de Jay-Z). Bref, le richissime milliardaire est tellement fortuné qu’il peut faire croire qu’il l’est encore davantage.

- Le cinéphile pointu

Cannes est son saint des saints. Le cinéphile pointu connaît la programmation par cœur. Toutes sections confondues. Sa pratique assidue des festivals du monde entier lui a enseigné que les petites pépites cinématographiques se débusquent dans les sélections parallèles. Voire dans les projections privées organisées au marché du film. C’est d’ailleurs là qu’il compte bien voir le deuxième film de ce réalisateur thaïlandais repéré il y a deux ans dans la section court-métrage du Festival de Locarno ("une vraie claque !").

Les rares fois où il n’est pas dans les salles obscures, le cinéphile pointu et ses camarades (encore plus pointus) occupent le temps en testant leurs connaissances sur le cinéma futuriste italien ou en dressant un top 5 des meilleurs chefs opérateurs de l’âge d’or hollywoodien ("Mais, c’est n’importe quoi ! Tu ne peux pas mettre Sidney Hickox devant Harold Rosson..."). Pas snob pour un sou, il met tous les genres sur un même pied d’égalité. Une comédie régressive américaine peut avoir, à ses yeux, la même valeur qu’un film de la Nouvelle Vague. Le cinéphile pointu met d’ailleurs un point d’honneur à défendre des œuvres injustement honnies. Pour lui, "L’Attaque des piranhas-garous" est un chef d’œuvre. "Même si, c’est vrai, la 3D était inutile."

- Le local

Il n’est pas vraiment festivalier puisque c’est de loin qu’il assiste à l’hystérie médiatique qui agite sa ville. De toute façon, le Festival a perdu de son âme d’antan. Il fut un temps béni où le local et la star se côtoyaient sans chichi ("Tu te souviens quand Coluche a débarqué chez Pierrot ?").

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Aujourd’hui exclu du grand barnum, il ne compte pas pour autant déserter les lieux où il a ses habitudes le restant de l’année. Chemise à moitié ouverte et perruque mal ajustée, il prend le pouls de la fête depuis la terrasse des cafés tolérant la présence de Kiki, son chihuahua qu’il refuse de tenir en laisse. Grisé par le rosé et les copains, il se permet à l’occasion d’alpaguer les jeunes filles dans un anglais du cru. Sans résultat. Décidément, on ne peut plus rigoler.

- Les Daft Punk

C’est l’un des avantages du port du casque en public. Comme personne ne sait à quoi ils ressemblent, les Daft Punk peuvent assister au Festival de Cannes dans l’anonymat le plus complet. Même quand ils n’y sont pas. Chaque année, dès le premier vendredi soir de la quinzaine, il y en a toujours un pour les avoir aperçus au Silencio. Le lendemain, c’est au restaurant végétarien qu’ils ont été vus en train de siroter un smoothie. Il paraît même qu’ils vont mixer à la soirée du film allemand en compétition. La preuve : l’une des actrices est une copine de la femme d’un des Daft.

Rien de tel ne se produit jamais. Sauf cette année, c’est sûr.

- Le mec qui crie "Raoul"

Voilà une spécificité du Festival de Cannes. Avant le début de chaque projection presse au Grand Théâtre Lumière, lorsque la salle s’obscurcit et que le silence se fait parmi les 2 500 spectateurs, une voix d’homme (pas toujours la même selon les séances) crie "Raoul". C’est un rituel. Et cela fait beaucoup rire l’assistance. Tout du moins les premiers jours.

La légende veut que ce Raoul soit un journaliste retardataire qui, ne trouvant pas sa place, s’est fait héler par un confrère lui ayant réservé un siège. Depuis, il se trouve toujours quelqu’un pour reproduire le tonitruant appel. Comme pour conjurer un mauvais sort. Un festivalier a toujours peur de passer une mauvaise quinzaine.

 

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