Accéder au contenu principal

Les pays du lac Tchad forcés de changer de stratégie face à l’urgence Boko Haram

Une maison du village de Dalori en banlieue de Maiduguri, au Nigeria, après une attaque de Boko Haram, le 31 janvier 2016.
Une maison du village de Dalori en banlieue de Maiduguri, au Nigeria, après une attaque de Boko Haram, le 31 janvier 2016. AFP

François Hollande participe, samedi, à un sommet sur la lutte contre Boko Haram au Nigeria. Depuis la dernière rencontre à ce sujet, les pays voisins d'Abuja ont eu beau redoublé d'efforts, les attaques de la secte islamiste se sont multipliées.

Publicité

Le président français est arrivé à Abuja, capitale nigériane, pour participer samedi 14 mai à un sommet régional sur la lutte contre Boko Haram. Seul chef d’État non africain présent lors de cette rencontre, François Hollande devrait annoncer une aide française supplémentaire dans la lutte sécuritaire contre la secte islamiste.

Une précédente réunion, organisée à Paris le 17 mai 2014, avait permis la mise en place d’une coordination entre plusieurs pays impactés par les exactions de Boko Haram, notamment le Nigeria, principal concerné, et le Cameroun. Paris avait alors fait office de facilitateur du dialogue, dans un contexte de défiance entre les deux État voisins.

Deux ans après cette rencontre, malgré le déploiement de la Force multinationale mixte (FMM) de 8 500 hommes par le Nigeria, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin, la secte islamiste est toujours aussi active. À tel point que l’ONG britannique Action on Armed Violence a mesuré une augmentation considérable de la violence de Boko Haram, qui a fait trois fois plus de victimes en 2015 qu’elle n'en avait fait en 2014.

Seidik Abba, journaliste nigérien et spécialiste de la région, explique pourquoi la lutte sur le terrain peine à mettre fin aux attaques de la secte islamiste.

France 24 : Si l’emprise territoriale des jihadistes a régressé, les attentats meurtriers se sont multipliés. Peut-on alors vraiment parler d’un recul de Boko Haram ?

Seidik Abba : Le recul de Boko Haram est manifeste. Depuis l’arrivée au pouvoir de Muhammadu Buhari, l’armée nigériane est parvenue à faire reculer la secte parce qu’elle a changé de stratégie en transférant son commandement à Maiduguri, au plus près des opérations. Cela a permis de limiter la déperdition dans la transmission des ordres. Dans le nord-est du Nigeria, les jihadistes contrôlaient des quartiers et des villages entiers, où ils faisaient flotter leur drapeau et où ils avaient installé leur propre chef et leur police. Désormais, ça n’est plus le cas. Ils sont obligés de se cacher dans des terrains difficilement accessibles, comme la forêt de Sambisa [à la frontière avec le Cameroun, NDLR].

Face à l’étau qui se resserre, Boko Haram a dû adapter sa stratégie. Aujourd’hui, on ne les voit plus car ils se dissimulent au sein de la population civile. En conséquence le défi est devenu autre : il s’agit de lutter contre des attentats-suicides, en allouant davantage de moyens aux services de renseignements humains et techniques. Il faut surtout améliorer la coopération entre les pays de la région en matière de renseignement, et qu’ils puissent croiser les données, car les membres de Boko Haram profitent de la porosité des frontières dans le bassin du lac Tchad.

Depuis l’été 2015, la coopération régionale s’est renforcée avec la création de la Force multinationale mixte. Est-elle opérationnelle et efficace ?

L’État-major de la Force multinationale mixte s’est installé à N’Djamena [capitale du Tchad, NDLR] il y a un an et un général nigérian, Illya Abbah, a été nommé à sa tête. Le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin ont envoyé leur contingent et des unités opérationnelles se sont déployées à au moins deux endroits du lac Tchad. Occuper le terrain pour empêcher que l’adversaire ne revienne, c’est déjà un début. La coordination n’est pas parfaite mais elle se met en place progressivement avec une volonté de créer une troupe commune. Il ne faut pas oublier que cette initiative coordonnée est inédite dans cette partie de l’Afrique. Au fur et à mesure, les moyens de financement promis par les uns et les autres - 86 millions d’euros pour le Nigeria, 50 millions d’euros par l’Union européenne - vont être débloqués. Ils permettront d’avancer, car la FMM a besoin d'équipements de transmission et d'hélicoptères pour surveiller Boko Haram, déplacer et ravitailler ses troupes dans des zones difficiles d’accès.

Quel rôle joue la France dans la lutte contre Boko Haram ?

L’armée française assure la formation dans le domaine des renseignements humains, techniques, et satellitaires notamment. Il faut former la FMM à la surveillance de petits groupes afin de repérer les mouvements des membres de Boko Haram. La France fournit aussi des données collectées par des drones de surveillance qu’elle déploie dans la région du Niger. Dans les semaines qui viennent, les pays de la FMM exprimeront des besoins en matière d’équipement et la France sera là pour les conseiller. À ce stade il n’a pas été envisagé de signer de quelconques contrats d’armement pour l’industrie française.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.