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Cinquante ans après la Révolution culturelle, Pékin reste discret sur ces heures noires

Dans une échoppe à Pékin, un portrait de Mao Tsé-toung aux côtés de celui de l'actuel président Xi Jinping.
Dans une échoppe à Pékin, un portrait de Mao Tsé-toung aux côtés de celui de l'actuel président Xi Jinping. Nicolas Asfouri, AFP

Cinquante ans après la Révolution culturelle en Chine, période noire qui, sous la férule du parti communiste et de Mao Tsé-toung, a fait des centaines de milliers de morts, Pékin cultive la discrétion sur ces évènements et en garde l'héritage.

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Un demi-siècle après la tourmente meurtrière de la Révolution culturelle, que reste-t-il en Chine de ces heures noires de l'histoire du pays ? Malgré le triomphe de la "voie capitaliste", la crainte diffuse d'un "coup de barre à gauche" du régime n'a pas disparu sous la férule d'un Parti communiste chinois (PCC) en apparence assagi, mais toujours admiratif de Mao Tsé-toung.

Renonçant à affronter sa propre histoire, le PCC n'entend pas rouvrir la plaie. Aucune cérémonie n'est prévue pour marquer le lancement, communément daté du 16 mai 1966, par Mao de "la plus gigantesque flambée de frénésie collective que la Chine ait connue depuis l'insurrection des Taiping" au XIXe siècle, selon l'expression de Simon Leys, chroniqueur émérite de ces années. "Aujourd'hui est un jour normal en Chine", rapporte Pierre-Philippe Berson, correspondant de France 24 à Pékin. Parlant de la révolution culturelle, il évoque "une quasi-guerre civile", qui reste "un véritable tabou dans la société chinoise". "Les témoins n'osent pas en parler et les jeunes générations en ignorent tout", ajoute-t-il.

En trois ans, de 1966 à 1969, Mao, mis sur la touche après le désastre du "Grand bond en avant" (1958-1962, 45 millions de morts), parvint à reconquérir un pouvoir absolu en lançant ses "gardes rouges", des jeunes fanatisés notamment par son petit livre rouge, à l'assaut du Parti. Avec l'armée et son chef, le maréchal Lin Biao, il matera ensuite ces mêmes "gardes rouges", qui échappaient à tout contrôle, asseyant sa domination jusqu'à sa mort en 1976.

Ultra-radicale, l'opération eut un retentissement mondial, notamment chez la jeunesse et les intellectuels occidentaux, qui y virent une "révolution dans la révolution", plus rarement une forme de coup d'État.

"Aujourd'hui est un jour normal en Chine."

La lutte des classes, thème obsessionnel de la Révolution culturelle

La Révolution culturelle qui prit l'allure d'une véritable guerre civile au nom de la "lutte des classes" contre la nouvelle "bourgeoisie rouge", laissera une Chine exsangue, des victimes par millions, un État-Parti démantelé et une population sonnée par un démentiel culte de la personnalité du "Soleil rouge", le président Mao.

Un traumatisme si profond que, très vite après sa mort, son successeur, Deng Xiaoping, lui-même une ancienne victime des purges, ouvrira toutes grandes les portes aux capitaux étrangers et "détricotera" sans fanfare l'héritage maoïste pour sauver le régime. Depuis, la Chine a accédé au rang de deuxième puissance mondiale.

Thème obsessionnel de la Révolution culturelle, la "lutte des classes" est taboue dans la Chine d'aujourd'hui, affairiste et boursicoteuse. Ironie de l'histoire, les grèves ouvrières s'y comptent maintenant par dizaines de milliers chaque année, malgré l'absence de liberté syndicale.

L'héritage de Mao toujours présent

Mais, tout comme Lénine a son mausolée sur la place Rouge, la momie de Mao trône toujours dans le sien place Tiananmen : intouchable, la figure du fondateur du régime n'a été qu'égratignée par un bilan officiel qui, en 1980, lui attribuait, une fois pour toutes, 70 % de décisions "justes" et 30 % d'erreurs. Dont le "désastre" de la Révolution culturelle.

Successeur tardif, l'actuel président Xi Jinping a étouffé la résurgence d'un courant néo-maoïste en la personne de son rival Bo Xilai, déchu et condamné à la prison à vie en 2014. Mais sans toucher à Mao, toujours numéro 1 au panthéon national, devant Deng Xiaoping.

Xi, issu de la génération des "gardes rouges", n'a pas dédaigné s'entourer d'un culte discret "à la Mao". Partisan comme ses prédécesseurs de la stabilité à tout prix, il emprisonne sans hésiter les voix critiques et prône plus volontiers un retour aux valeurs communistes que des réformes. "On assiste à un véritable resserrement autour de la société civile : les critiques du régime sont durement mis à pied", observe Pierre-Philippe Berson.

Signe que la mémoire de cette tragédie nationale reste vivace, l'expression court à Pékin de "petite révolution culturelle" ("xiao wenge") à propos des rappels à l'ordre socialiste du président à l'égard des milieux culturels, des avocats, des journalistes ou des blogueurs, parallèlement à la campagne anti-corruption qui lui sert aussi à purger un appareil gangrené et à placer ses hommes.

Avec AFP

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