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Mode : l’Iran traque des blogueuses non voilées sur Instagram

La mannequin iranienne Elham Arab (non voilée et maquillée à gauche, voilée à droite) fait partie des huit Iraniens interpellés en mars pour propagation de culture "immorale".
La mannequin iranienne Elham Arab (non voilée et maquillée à gauche, voilée à droite) fait partie des huit Iraniens interpellés en mars pour propagation de culture "immorale". Instagram @elhamarab__, capture d'écran YouTube

Huit Iraniens liés au monde de la mode ont été arrêtés en mars en Iran pour propagation de "culture anti-islamique", après avoir publié des photos de femmes non voilées sur Instagram, a annoncé dimanche la justice iranienne.

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Elham Arab s’était fait un nom sur Instagram. Spécialisée dans le port de robes de mariage et de tenues de soirée légères, la mannequin iranienne était suivie par des dizaines de milliers de fans sur l'un des seuls réseaux sociaux autorisés en Iran. Les Iraniens l’ont découverte sous un tout autre jour dimanche 15 mai, lors d’une émission télévisée retransmettant en direct son témoignage devant une cour de justice. La jeune femme, apparue gantée et avec ses mèches blondes dissimulées sous un voile noir traditionnel, comparaissait pour "propagation de culture immorale", devant le très redouté procureur de Téhéran, Abbas Jafari Dowlatabadi.

Devant la cour, elle a déclaré qu'elle regrettait ses actes, notamment la publication de ses photos non voilée sur les réseaux sociaux, ajoutant qu’elle conseillait aux Iraniennes de ne pas commettre la même "erreur" qu’elle. "Tout le monde aime la beauté et la célébrité, tout le monde aime être regardé, mais il est important de savoir que cela peut vous coûter cher", a-t-elle déclaré dans ses aveux télévisés.

Sur son compte Instagram, la jeune femme pose en robe de mariée pour diverses marques iraniennes, elle partage avec ses fans quelques photos de soirées entre amies, des secrets de maquillage ou encore les clichés de sa dernière opération de chirurgie esthétique.

L’arrestation de Elham Arab intervient dans le cadre d’un vaste coup de filet des autorités iraniennes, intitulée opération "Araignée II" et préparé depuis deux ans. Hormis la jeune mannequin, ils sont sept à avoir été interpellés en mars et accusés de propagation de "culture anti-islamique".

"Propagation de la prostitution"

L’opération "Araignée II" a identifié au total 170 personnes qui géraient des pages sur Instagram, dont 59 photographes et maquilleurs, 58 mannequins, 51 responsables de maison de couture, d'après un communiqué officiel du tribunal chargé de la cybercriminalité. "Nous avons découvert que 20 % du réseau Instagram iranien était contrôlé par les milieux de la mode", a déclaré dimanche soir Javad Babaie, juge dans ce tribunal. Il a ajouté que 60 % des utilisateurs iraniens d'Instagram suivaient ces pages. Ce service de messagerie est très populaire en Iran, où Facebook et Twitter sont toujours interdits.

C'est, selon lui, le devoir de la justice "d'agir contre ceux qui commettent de manière organisée de tels crimes" a-t-il ajouté. En plus des huit arrestations, des procédures et avertissements ont été lancés à l'encontre de 21 autres personnes.

En mars, au moment de l’interpellation des huit Iraniens, liés au milieu de la mode, dont au moins un homme, le porte-parole de l'autorité judiciaire avait annoncé que certaines des mannequins était "accusées de charges lourdes" comme la "propagation de la prostitution et de la corruption". Il avait alors indiqué que plusieurs de ces femmes avait été libérées sous caution.

>> À lire sur Les Observateurs : "Pour percer à l’étranger, des mannequins amateurs iraniens se dévoilent sur le Web"

Du mannequinat islamique au mannequinat en tenue légère

En Iran les femmes sont tenues de se couvrir tout le corps à l’exception du visage et des mains. Mais depuis une quinzaine d’années, les Iraniennes portent le foulard obligatoire de façon plus décontracté, préférant des couleurs vives ou laissant dépasser quelques mèches à l’air libre.

Cette évolution des tenues n’est pas du goût des ultraconservateurs, très influents dans la sphère policière et judiciaire. En avril, le chef de la police de Téhéran, Hossein Sajedinia, avait annoncé la création d’une brigade spéciale formée par 7 000 indicateurs en civil, hommes et femmes, chargés de surveiller les "mal voilées" dans la capitale iranienne. Chaque année, les contrôles de la police des mœurs se renforcent à l’approche de l’été, durant lequel la température augmente, favorisant les tenues plus légères et moins conventionnelles.

Avec AFP et AP

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