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Le mouvement islamiste tunisien Ennahda en congrès pour devenir un "parti civil"

Le président d'Ennahda, Rached Ghannouchi, arrive à l'Assemblée des représentants du peuple, le 16 février 2016 à Tunis.
Le président d'Ennahda, Rached Ghannouchi, arrive à l'Assemblée des représentants du peuple, le 16 février 2016 à Tunis. Fethi Belaid, AFP

Révolution dans le paysage politique tunisien : la deuxième force du pays, le parti islamiste Ennahda, doit entériner la séparation de ses activités politiques et religieuses au cours d'un congrès qui se tient de vendredi à dimanche.

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Dans ce qui semble être une nouvelle étape de l’évolution du paysage politique tunisien, le parti islamiste Ennahda doit acter, lors de son dixième congrès de vendredi 20 à dimanche 22 mai, la séparation entre ses activités politiques et religieuses pour se transformer, selon ses dirigeants, en "parti civil".

Réprimé sous la dictature de Ben Ali, le mouvement présidé par Rached Ghannouchi avait remporté les premières élections de l'après-révolution en 2011. Après deux années d’exercice mouvementé du pouvoir, il avait dû se résoudre à céder la place sur fond de crise politique majeure, avant d’être battu lors des législatives de fin 2014. Il s’était finalement associé au parti vainqueur, Nidaa Tounès, dont est issu l'actuel président tunisien, Béji Caïd Essebsi.

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Ennahda demeure toutefois l'une des principales forces politiques de Tunisie. "Le mouvement est resté soudé et a gardé sa cohésion malgré les épreuves (...) et les dissensions qui existent en son sein", explique Hamza Meddeb, chercheur associé à l'Institut universitaire européen de Florence.

Le congrès, qui s'ouvre vendredi à Radès, près de Tunis, et se poursuit samedi et dimanche à Hammamet (à une soixantaine de kilomètres au sud de la capitale), doit aussi réélire Rached Ghannouchi, 74 ans, à la tête du parti. Une formalité, car "il n'y a personne pour lui succéder", selon une source diplomatique européenne.

"On sort de l’islam politique"

Mais la vraie évolution pour Ennahda sera bien l’officialisation de la séparation entre ses activités politiques et de prédication. "Nous allons dans le sens d'un parti qui se spécialise sur les seules activités politiques […]. On sort de l'islam politique pour entrer dans la démocratie musulmane", a indiqué Rached Ghannouchi au "Monde".

Cette décision devrait avoir un réel impact sur la structure du parti. "Après ce congrès, ce ne sera plus le mouvement Ennahda – jadis construit sur un modèle frériste [dérivé des Frères musulmans] – avec des branches actives dans l'action sociale, éducative, caritative, religieuse et politique. Il n'y aura que le parti Ennahda, parti qui se veut civil et démocratique, tout en gardant la référence islamique", résume Hamza Meddeb. Il faudra ainsi "sortir un certain nombre d'associations du giron d'Ennahda", selon la source diplomatique européenne.

Une évolution conforme à l’opinion de 73 % des Tunisiens

Cette mue semble épouser l'avis d'une grande partie de la population : selon un récent sondage réalisé par l'institut tunisien Sigma, en collaboration avec l'Observatoire arabe des religions et des libertés et la Fondation Konrad-Adenauer, près de 73 % des Tunisiens sont favorables à "la séparation entre la religion et la politique".

Dans un contexte régional tourmenté, et après le renversement en 2013 du président islamiste égyptien Mohamed Morsi, "il y a chez Ghannouchi la quasi-obsession de montrer aux partenaires occidentaux qu'Ennahda, ça n'est pas les Frères musulmans", ajoute la source diplomatique européenne.

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Ces annonces ont parfois suscité scepticisme et méfiance. Ennahda "nous berce de l'illusion que les tentations ‘hégémoniques’ de l'islamisme politique sont bien derrière nous", a commenté le quotidien suisse francophone Le Temps, tandis que le journal arabophone Al Chourouq dit attendre de voir si ces promesses ne resteront pas "des paroles en l'air".

Avec AFP

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