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EUROPE

Grèce : évacuation "dans le calme" du camp de migrants d’Idomeni

© Yannis Kolesidos, Pool, AFP | Les migrants du camp d'Idomeni en Grèce ont commencé à être évacué par bus, le 24 mai 2016.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 24/05/2016

Le camp d'Idomeni, qui abritait 8 400 migrants à la frontière gréco-macédonienne, est en cours d'évacuation mardi. L'opération, visant à relocaliser les migrants vers des centres de la Grèce continentale, pourrait durer une semaine.

L'évacuation du camp improvisé de migrants et de réfugiés à Idomeni, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, a commencé mardi 24 mai et se déroule "dans le calme", a annoncé Giorgos Kyritsis, le porte-parole du service grec de coordination de la crise migratoire.

"L'opération a commencé mardi vers 4 h et se déroule à un rythme lent et dans le calme, il n'est pas nécessaire de faire usage de la force", a-t-il déclaré, estimant que l'évacuation de ce camp comptant quelque 8 400 personnes pourrait durer une semaine.

>> À voir sur France 24 : "Les Grecs face aux migrants, les poches vides et le cœur gros"

Plus de deux heures après le lancement de l'opération, "609 migrants avaient quitté les lieux" à bord de cars à destination de centres d'accueil près de Thessalonique, la métropole proche du nord de la Grèce, a indiqué un communiqué de la police locale. Il s'agit de sept anciennes usines aménagées, et de deux camps de tentes, a précisé Giorgos Kyritsis.

Une évacuation à l'abri des regards

"Tout est calme, sans aucune tension, la police est tout à fait correcte avec les migrants et les prévient des évacuations", confirme Fergus Glynn, médecin irlandais de 44 ans, contacté par France 24. Volontaire pour l’ONG "Médecins du Monde", il fait partie des rares intervenants extérieurs autorisés sur le camp au moment de l’évacuation.

Les médias - à l'exception de la télévision publique grecque et de l'agence de presse nationale ANA - et les ONG n’ont pas été autorisés à entrer dans le camp mardi, la police leur barrant la route à 3 kilomètres. "Nous n'étions pas autorisées à rester, les volontaires ont même été informés qu'ils seraient arrêtés s'ils restaient à l'intérieur ", explique Abigail Holman, volontaire américaine de 35 ans, contactée par France 24. MSF redoute que l'accès restreint aux ONG n'impacte les distributions des repas. 

Quelques journalistes ont néanmoins réussi à s'introduire dans le camp à l'insu de la police, comme le journaliste allemand du BILD-Zeitung, Paul Ronzheimer, qui a finalement été arrêté dans la matinée et sorti du camp. Ou la journaliste grecque Liana Spyropoulou, qui décrit des scènes de vie ordinaire parmi les réfugiés toujours sur place. Une mère de famille "prépare le petit déjeuner comme tous les matins depuis trois mois", twitte la journaliste avec une photo d'une femme entourée de trois jeunes enfants.

Peu de résistance

La vie continue donc, même si pour ces migrants, le départ d’Idomeni signifie un retour en arrière et l’abandon du dernière poste frontière avant la Macédoine. "Cela reste assez déprimant pour eux de devoir quitter la frontière. Mais en même temps, ils se font de moins en moins d’illusions. Il y a eu des rumeurs encore la semaine dernière sur l’ouverture des frontières mais les migrants se rendent bien compte que cela n’aboutit jamais à rien", constate Fergus Glynn.

"Alors, la majorité ne montre aucune résistance d’autant que les derniers jours ont été particulièrement durs sur le camp", note le jeune médecin. "Il y a eu des pluies torrentielles le week-end dernier, c’était l’Amazonie ici, de la boue partout ! Sans parler des émeutes la semaine dernière qui ont été assez violentes. Beaucoup ont été blessés. Les gens sont frustrés, ils ont essayé de forcer la frontière mais il n’y a rien à faire. Maintenant, ils espèrent qu’ils obtiendront plus facilement l’asile s’ils vont dans un camp gouvernemental", poursuit Fergus Glynn.

Lundi, lors de l'annonce de l'évacuation du camp, 400 migrants avaient déjà accepté d'être transférés dans des centres d'accueil près de Thessalonique, alors que la veille, un autre groupe de 400 personnes avait déjà quitté les lieux. Dès lundi, de nombreux policiers, dont une centaine de membres des forces anti-émeute, avaient été acheminés à Idomeni, devenu une nasse pour des milliers de réfugiés et migrants - surtout des Syriens, Irakiens, Afghans, Iraniens et Maghrébins - piégés par la fermeture de la route des Balkans empruntée jusqu'alors pour gagner l'Europe du Nord.

Destination méconnue

Fergus Glynn se dit toutefois préoccupé par le fait que "personne n’est bien informé sur leur destination. Même les chauffeurs de bus ne semblent pas savoir où ils vont !". Il redoute également que les migrants ne soient enfermés dans des centres de rétention fermés alors qu’ils jouissent à Idomeni "d’une autonomie et de la liberté de mouvements et de circulation".

>> À lire sur France 24 : "La Grèce face aux migrants : Le 'hangar des âmes'"

L'entassement de migrants à Idomeni a commencé au début du mois de mars, lors de la fermeture de la frontière de la Macédoine à la suite du verrouillage de celles de nombreux pays européens situés sur "la route des Balkans", empruntée par des centaines de milliers de migrants l'année dernière.
 

Première publication : 24/05/2016

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