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Des tribus amérindiennes se battent contre la mise aux enchères d’objets sacrés à Paris

Kurt Riley, le gouverneur de la tribu Acoma, lors d'une conférence de presse à Washington, le 24 mai 2016.
Kurt Riley, le gouverneur de la tribu Acoma, lors d'une conférence de presse à Washington, le 24 mai 2016. Brendan Smialowski, AFP

Des tribus amérindiennes s’opposent à la mise aux enchères, lundi à Paris, de près de 500 pièces de leur patrimoine. Ça n’est pas la première fois qu’elles tentent, en vain, d’annuler en France des ventes considérées comme illégales aux États-Unis.

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C’est une mise aux enchères qui suscite la colère et l’incompréhension de plusieurs tribus amérindiennes. Celles-ci sont vent debout contre la vente de près de 500 objets sacrés issus de tribus indiennes américaines - Acoma, Hopi et Zumi - organisée par la maison d'enchères EVE, lundi 30 mai à Paris.

La tribu d'Acoma Pueblo, dans l'État du Nouveau-Mexique, et la tribu de la Hoopa Valley, en Californie, réclament l'annulation de cette vente et la restitution de ces objets. "Ce ne sont pas des œuvres d'art", a martelé mardi 24 mai le gouverneur de la tribu Acoma, Kurt Riley, au cours d’une conférence de presse à Washington. "Ce sont des pièces religieuses qui nous sont chères. Et quand elles partent, c'est comme si on nous enlevait une partie de nous-mêmes."

La vente comprend notamment des objets utilisés dans les rituels religieux de la tribu Hopi. Ceux-ci ont un caractère sacré, à tel point que les Hopi refusent de voir certains d’entre eux photograpiés ou même décrits.

"Protection surnaturelle"

On trouve également une parure de guerre d’une tribu indienne des plaines, sûrement Lakota, orneé de mèches de scalps – qui "avaient le caractère particulier de transmettre une protection spécifique, voire surnaturelle à celui qui les portait", peut-on lire dans la decription du lot. Autre pièce remarquable, un très rare bouclier de guerre du XIXe siecle.

Pour le gouverneur de la tribu Acoma, cette vente est inadmissible, car elle va à l’encontre des traditions et des lois de son peuple. "Comment ces objets ont quitté notre peuple, nous l'ignorons. Mais leur existence, hors de nos terres, prouve qu'un événement s'est produit, un événement qui viole toutes les lois du peuple Acoma", affirme-t-il.

Les tribus indiennes américaines sont soutenues par le département d'État et le ministère de l'Intérieur. "La vente aux enchères d'objets tribaux sacrés est extrêmement préoccupante, non seulement parce que les lois tribales excluent la vente de ces objets par des personnes privées, mais également parce que le fait que ces objets se trouvent entre les mains d'un revendeur ou d'un collectionneur résulte probablement d'une passation illicite ou peut représenter une transaction illégale", a ainsi déclaré la secrétaire à l’Intérieur américaine, Sally Jewell, dans un communiqué.

"Ces objets ne devraient pas être vendus"

"En l'absence d'un dossier clair et du consentement des tribus elles-mêmes, ces objets ne devraient pas être vendus", a renchéri Mark Taplin, du bureau des Affaires culturelles au département d'État lors de la conférence de presse qui s’est tenue mardi 24 mai à Washington.

L’ambassade américaine s’est même fendue d’un tweet pour réclamer officiellement l’annulation de cette vente.

Mais les autorités américaines n'ont pu faire entendre leur voix devant les tribunaux français. La bataille est à la fois culturelle et juridique : si la vente d'objets sacrés de tribus indiennes aux États-Unis est très restreinte voire illégale, selon les objets concernés et l'endroit où ils ont été trouvés, ça n’est pas le cas en France.

Le trafic est devenu plus facile grâce à Internet, mais "nous avons réussi aux États-Unis à récupérer certains objets. C'est en France qu'ils ne sont pas sensibles à nos arguments", selon Kurt Riley, le responsable de la tribu Acoma.

"Nous sommes atterrés"

Plusieurs ventes aux enchères d'objets amérindiens ont été organisées à Paris depuis 2013. En juin 2014, neuf masques de la tribu Hopi se sont vendus pour 137 313 euros. La justice française a estimé que ces ventes étaient légales et a refusé de les annuler quand les tribus ont saisi les tribunaux.

Conroy Chino, un consultant des Amérindiens de la tribu Acoma, a assuré avoir essayé d'expliquer la position des tribus au Conseil des ventes français, qui régule les enchères, mais ce dernier a répondu que les tribus amérindiennes n'avaient pas de fondement juridique sur le sol français.

"Nous sommes atterrés", ajoute Conroy Chino. "Cela crée un marché noir où les autorités françaises n'ont pas les moyens d'annuler" les ventes.

Les États-Unis disposent de deux lois fédérales, adoptées en 1990 et en 1979, qui protègent les objets amérindiens. Mais elles n'interdisent pas explicitement leur exportation.

Avec AFP

 

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