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Rétroprojecteur : 30 ans de graffiti en France, de vandalisme à nouvel art contemporain

Des ailes d’ange sur un mur de Paris dans les années 80
Des ailes d’ange sur un mur de Paris dans les années 80 Francois LE DIASCORN/Gamma-Rapho via Getty Images

Il y a 30 ans, ils étaient "des vandales" qui posaient leurs graffiti sur murs et les rames de métro. Aujourd’hui, ils ont leurs festivals et leur place dans les musées. Retour sur la naissance des street artists en France.

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"Mon tout premier graff, c’était en 1986, sur les palissades du Louvre, avec des bombes pour voiture métallisées, c’était pitoyable." Banga, 46 ans, fait partie de la toute première génération des graffiti artistes français aux côtés de Bando, Kay One, Kool Shen (NTM), Ash ou l’Américain JonOne, tout juste arrivé de New York en 1987. Le graffiti, il l’a découvert comme beaucoup d’autres grâce au livre "Subway Art" du photographe Henry Chalfant, sorti en 1984, qui publie ses photos des métros peints de New York.

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"Ce livre, à l’époque, c’était comme une bible", raconte Banga à Mashable FR. "Il était en vente dans un seul endroit à Paris qui s’appellait Brentano’s, une librairie américaine. Mais comme on n’avait pas d’argent, on l’a volé. On a tout fait pour se le procurer, on a pris tous les risques. D’ailleurs ça a été le livre le plus volé au monde."

"Le terrain de la Chapelle, c'était sauvage et incroyable"

À partir de 1986, deux lieux deviennent rapidement le rendez-vous des street artists. Les palissades du Louvre d’abord, ces panneaux de bois qui cachaient les travaux de construction de la Pyramide d’Ieoh Ming Peï jusqu’en 1989. Et "le terrain de la Chapelle", à Stalingrad, où la police n’osait pas entrer, "parce que c’était trop sauvage".  

Sur les murs du terrain, bien visibles depuis le métro aérien, "un graff ne durait pas deux-trois jours. Tu devais avoir 2 à 3 cm d’épaisseur de peinture tellement ça peignait-là bas, c’était incroyable". Plus que le graff, le terrain de la Chapelle devient un lieu de vie. "Tous les dimanches, il s’organisait des free jams avec des DJ comme Dee Nasty qui venaient avec leurs platines et des groupes électrogènes. Des danseurs qui faisaient du break sur les restes de carrelage des immeubles précédents", se souvient Banga.

"Ces lieux étaient remplis d’adolescents qui vivaient le truc à fond. Tout le monde se connaissait. Tous regardaient beaucoup, apprenaient sur le tas, parlaient technique, couleurs, et créaient dans une saine émulation", explique Magda Danyz, galeriste et auteure du livre "Anthologie du street art", dans un entretien à Télérama.

Mais si le petit noyau français des graffiti artistes grossit à la fin des années 80, ils restent "considérés tous comme des vandales", assure Banga qui a fini "pas mal de fois" au poste de police. Et quand les flics ou les agents de la RATP ne les empêchaient pas de graffer, c’est le matériel qui coinçait : "Tout notre matériel était volé, et très vite tous les plans où se procurer de la peinture, des encres ou des marqueurs étaient grillés. Parfois on se retrouvait à être une centaine à faire la queue pour entrer dans une boutique" où les bombes de peinture coûtaient bien plus cher qu’aujourd’hui.

Le graffiti entre au musée en 1992

Dès le début des années 90 pourtant, l’image du graffiti change. En 1992, pour la première fois en France, le graffiti entre au musée des Monuments français (devenu le palais de Chaillot) avec une exposition rétrospective. Puis petit à petit, le graff entre dans les galeries. Dans sa "galerie du jour" installée rue du Jour à Paris dès 1984, la créatrice Agnès B. est l’une des premières à ouvrir ses portes aux graffiti artistes.

"Instagram, c'est notre nouveau média"

Aujourd’hui, si "le graffiti est né dans la rue, et il restera toujours dans la rue", ce nouvel art contemporain a trouvé sa place dans les musées et les galeries, dans les classes des universités, dans les spots télévisés, sur nos chaussures ou nos vêtements, sur les murs de notre salon, et aussi, et surtout, sur notre compte Instagram.

"Instagram, c’est devenu notre média, notre nouveau média", avoue Banga. Plus besoin de faire appel à l’unique pote avec un appareil photo et une pellicule pour remplir son book, "dès que tu fais quelque chose, tu le postes et tout le monde le voit". Aujourd’hui, les hashtags #streetart et #graffiti renvoient chacun vers 18 millions de publications sur Instagram.

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