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Arrêtez de chercher, il n'y a plus aucun coin de nature intacte sur Terre

Désert de Bayouda.
Désert de Bayouda. DEA, C. SAPPA, Getty Images

Des chercheurs ont regroupé des données qui montrent que l’homme aurait commencé à transformer son environnement il y a déjà plusieurs milliers d’années. Ils affirment que la nature terrestre n’a plus rien d’originel.

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A-t-on vraiment exploré tous les recoins de la Terre ? N’y aurait-il pas, ici ou là, un petit coin de paradis, caché au milieu d’une forêt enchantée ? Une petite parcelle de nature immaculée ? Ou peut-être un minuscule îlot vierge ? Non, non, et encore non. 

Dans une étude publiée lundi 6 juin dans la revue "Proceedings of the National Academy of Sciences" – repérée par le Washington Post – un groupe de chercheurs affirme qu’il ne resterait plus aucune parcelle de "nature immaculée" sur Terre.

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En croisant des disciplines comme l’archéologie, la biologie, l'anthropologie ou encore la paléontologie, ils concluent que l’homme a commencé à altérer son environnement dès la période de la Pléistocène – soit bien avant la période de l’homme moderne, il y a plus de 12 000 ans. 

La nature immaculée : une utopie ?

"Les paysages immaculés n’existent simplement pas et, dans la plupart des cas, n’existent plus depuis des millénaires", explique Nicole Boivin, archéologue et co-auteure de l’étude. "La plupart des paysages ont été façonnés par des épisodes répétés d’activités humaines, pendant des millénaires."

Prenons l’exemple de l’Amazonie, souvent considérée comme la forêt tropicale vierge par excellence. Elle aurait, en dépit d’épisodes de déforestation massifs, préservé la grâce de dame nature.

Et bien, selon les chercheurs, même les parties "préservées" de la plus grande forêt du monde auraient en fait "déjà été habitées et exploitées par des populations régionales pendant des millénaires avant que les Européens ne débarquent".

Même l’Antarctique, pourtant bien planqué au Sud, a été impacté par les humains – sous forme de pollution transportée par l’air – bien avant que le premier explorateur n’y mette les pieds en 1911.

“Les humains modifient leur environnement depuis des milliers d’années. Ils ont littéralement tout impacté, des mammouths aux microbes", explique Jon Erlandson, anthropologue et co-auteur de l’étude. 

L’homme et la nature : un passif déjà lourd

On a souvent tendance à penser que la période industrielle moderne est responsable de tous les maux de la Terre. Or ce que suggèrent les chercheurs, c’est que les humains ont en réalité commencé à modifier leur environnement depuis… qu’ils existent.  

Et oui, même au temps de Neandertal et de Cro-Magnon, les hommes se chargeaient déjà de pourrir la nature.

Et leur palmarès est plutôt chargé : 

Il y a plus de 500 000 ans, l’homme avait déjà colonisé la plupart des régions du monde. Il y a entre 20 000 et 23 000 ans, il introduisait la première espèce animale dans une région où elle n’existait pas. Et entre 50 000 et 10 000 ans, il avait déjà provoqué l’extinction de certaines espèces en Australie.

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Mais les choses sérieuses commencent il y a un peu plus de 10 000 ans.  

Il y a 12 000 ans, l’homme se lance dans l’agriculture et l’élevage. Les cultures de riz auraient ainsi commencé à changer la composition de l’atmosphère il y a déjà plus de 4 000 ans.

Avec l’essor des migrations et du commerce maritime, des rats, insectes, serpents et bactéries, embarquées sur les bateaux aux côtés des marchandises, modifient durablement les environnements dans lesquels ils débarquent. Puis vient la révolution industrielle, et la suite que l’on connait. 

"Ce que l’humain altère aujourd’hui n’est pas un tournant radical, son impact n’est pas soudain, mais fait partie d’une progression constante vers des niveaux qui sont aujourd’hui absurdes", explique Melinda Zeder anthropologue et co-auteure de l’étude.

Accepter que la nature ait disparu pour mieux la conserver

La nature n’est plus depuis longtemps. Et pourtant, le discours de bon nombre de conservateurs consiste à marteler : il faut laisser la nature reprendre ses droits. "C’est une chimère, un faux espoir, il est trop tard pour faire ça !", explique Melinda Zeder.

Au vu de leurs conclusions, les chercheurs suggèrent d’arrêter de vouloir obstinemment protéger une Terre utopique du changement, mais plutôt de se tourner vers un modèle de conservation qui "oriente et transforme de manière positive les changements déjà en place".

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“Ca peut sembler effrayant et un peu égoïste. Mais la réalité est qu’il y a plus de 7 milliards d’humains vivants qui ont déjà altéré la planète", explique Nicole Bovin, avant de conclure : "c’est une utopie de penser que l’on peut retourner à une forme de passé immaculé".  

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