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"Corbeaux" de Twitter : Denis Robert et la question de l'anonymat sur Internet

BLOOMBERG / GETTY IMAGES

Sur Twitter, des comptes "Golden corbeaux" s'en prennent violemment à des militants anti-loi travail. Les messages injurieux sont postés sous pseudo, dénonce le journaliste Denis Robert. La polémique relance le débat autour de l'anonymat sur Internet.

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Qui sont les "Golden corbeaux de Twitter", ces comptes au langage grossier et virulent, qui s'expriment anonymement en marge de la mobilisation contre la loi travail ? Pour Denis Robert, ils "jouent de leur anonymat pour propager des idées nauséabondes en terme d'ultra-libéralisme, anti-syndicalisme, et pour certains racisme et sexisme".

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Abasourdi par la violence de leurs propos, le journaliste d'investigation et écrivain a cherché à lever le voile sur l'identité de ceux qui se cachent derrière les propos haineux postés sur Twitter.

Identités révélées

Dans un post publié sur Facebook, il raconte : "Quand ce week-end, une amie m’a envoyé quelques tweets agressifs écrits par des types aux noms étranges avec des têtes de catcheur masqué, j’aurais dû me méfier et passer mon tour", et ajoute, plus loin : "Quand vous tombez sur des spécimens cumulant tous ces attributs avec en sus une propension à cracher sur les avantages sociaux des fainéants de Français, sur les musulmans qui seraient tous des terroristes, sur une bande d’hypertrophiés du bulbe vantant les mérites des paradis fiscaux, vous commencez par vous dire que c’est un gag."

Mais "trouver ce que cache un pseudo n’est pas si compliqué. C’est un des problèmes pour ces Golden twittos… Non seulement ils sont racistes. En plus ils sont bêtes", poursuit-il. Avant de finalement donner plus de détails sur l'identité de certains de ces "corbeaux" anonymes ("Un trader londonien. Et un cadre sup de chez Danone"), que quelques recherches sur la Toile lui révèlent. 

La sentance ne se fait pas attendre. Très vite, Denis Robert récolte menaces, injures et piratage de son compte Facebook. "Il faut qu’ils aient le courage d’assumer leurs opinions. Quand un type vous crache à la figure, il n’a pas de raison de porter un masque", se désole le journaliste.

La méthode "Denis Robert"

Le débat est clivant. L'anonymat est-il un droit ? Denis Robert avait-il raison d'"outer" (révéler l'identité) de ces internautes ? Depuis la publication des différents posts de Denis Robert, nombreux ont été les internautes à remettre en question la méthode du journaliste.

En particulier à propos d'un des comptes éplinglés, celui d'un certain "trader masqué" qui avance sous le pseudonyme "Gordon Gekko", qui n'est autre que le nom du personnage de Michael Douglas dans "Wall Street". La personne en question nie être le trader nommé, et même être le trader tout court.

Mais pour beaucoup d'autres internautes, la question de l'anonymat est un faux débat : révéler la véritable identité de certains comptes n'est pas condamnable, c'est tenir des propos incitant à la haine qui l'est.

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Suite à ces polémiques, Denis Robert a publié une vidéo sur Facebook lundi 6 juin, dans laquelle il affirme à nouveau sa volonté de continuer sa traque : "Mon compte est hacké et les twittos que je mets en cause, ces espèces de frappadingues, veulent absolument censurer ce que je raconte", explique-t-il. Et si ces comptes étaient parodiques ? Le journaliste n'y croit pas : "C’est toujours contre les pauvres, les Roms, les SDF", a-t-il fait remarquer à Arrêt sur images.

Fin de l'anonymat sur Internet : impossible à mettre en place

Ailleurs, certaines voix se demandent s'il ne faudrait pas tout simplement interdire l'anonymat sur Internet.

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Cette idée n'est pas nouvelle. En 2010, une proposition de loi déposée par le sénateur Jean-Louis Masson suggérait de contraindre les blogueurs à écrire sous leurs vrais noms.

Les réactions scandalisées n'avaient pas tardé à suivre, et un appel pour la défense du droit à l'anymat sur Internet avait émergé, lancé entre autres par Tristan Nitot, président de Mozilla Europe et Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF).

Censure et vie privée

D'autres ont accusé Denis Robert d'encourager la censure en ligne. Dans une interview aux Inrocks, le concerné se défend : "Je ne suis pas du tout pour la censure. Même les nazis ont le droit de s’exprimer à mes yeux. Je fais partie des rares opposants à la loi Gayssot [qui condamne les propos négationnistes, ndlr]. Mais ce sont eux qui s’exposent à la censure avec leurs tweets, car une fois qu’ils sont dans l’espace public, un procureur de la République ou la Licra peut les poursuivre. Ce n’est pas moi qui demande leur interdiction."

À l'inverse, ceux qui avancent que Denis Robert pourrait être poursuivi pour atteinte à la vie privée se trompent. "Aucune jurisprudence n'a à ce jour posé l'identité comme constitutif de la vie privée. Il est peu probable que quiconque soit condamné dans cette affaire. Denis Robert n'a commis aucun délit pénal. Quant au point de savoir s'il a commis une faute civile, c'est discutable", estime Maître Eolas, "avocat à la cour et blogueur, profitant lui-même d’un pseudo", interrogé par Slate.fr.

La régulation des contenus en ligne

En fait, la question que pose véritablement un scandale comme celui des "Golden corbeaux" n'est pas tant celle de l'anonymat, qui est importante à préserver pour la liberté d'expression sur Internet, que celle de la régulation des contenus en ligne. Qu'a-t-on le droit de dire ?

"Parfois il peut être nécessaire d’utiliser un pseudonyme. Mais ces gens-là ne le font pas pour de bonnes raisons. Ils ont dérivé. Ils sont allés très très loin dans l’injure, l’incitation à la haine, dans le racisme", conclut Denis Robert dans l'interview publié sur les Inrocks.

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