ÉTATS-UNIS

Un ado américain accusé à tort de quatre meurtres libéré après neuf ans de prison

Davontae Sanford (au centre), âgé de 23 ans, sort de prison, mercredi 8 juin 2016.
Davontae Sanford (au centre), âgé de 23 ans, sort de prison, mercredi 8 juin 2016. Capture d'écran de la chaîne américaine ABC
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En 2007, Davontae Sanford, un adolescent Afro-Américain, était accusé à tort d'avoir assassiné quatre personnes à Détroit, dans le Michigan. Après avoir passé neuf ans en prison, l'homme aujourd'hui âgé de 23 ans a finalement été libéré mercredi.

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Il aura passé neuf ans derrière les barreaux. Davontae Sanford était mineur quand il a été incarcéré. Accusé d’un quadruple homicide en 2007 à Détroit, dans le Michigan, le jeune Afro-Américain a été remis en liberté mercredi 8 juin.

Il aura donc fallu neuf années pour faire reconnaître à la justice américaine une terrible erreur judiciaire. Car l'histoire du jeune Davontae Sanford est aussi incroyable qu'effarante. Tout commence le 17 septembre 2007 quand, tard dans la soirée, le jeune Davontae Sanford, alors âgé de 14 ans, traîne dans la rue, à côté de chez lui. Quelques pâtés de maisons plus loin, au même moment, quatre personnes sont abattues par balles. La police qui se précipite sur les lieux, tombe alors par hasard sur le jeune garçon. Ils lui demandent s’il sait quelque chose, s'il a vu quelque chose.

De retour chez lui, Davontae Sanford, confie qu'il veut juste "continuer sa vie"

Ce que les policiers ne savent pas – ou n’ont pas voulu savoir – c’est que le jeune garçon souffre d’une déficience mentale. Interrogé, Davontae se met à fantasmer, il tient des propos fantaisistes. Il accuse quatre de ses amis d’être les meurtriers. Relâché le lendemain matin, il est de nouveau interpellé quelques heures plus tard. Là, sa version change : Davontae s’accuse désormais des quatre homicides.

La machine judiciaire s’emballe. Sanford confessera plus tard à l'hebdomadaire américain The New Yorker qu’il ne savait pas quoi répondre aux enquêteurs. "Je voulais que tout soit bien... Je voulais qu’ils me croient pour que ce ne soit pas trop long. Je voulais vraiment rentrer chez moi". Lors de son procès, six mois plus tard, le jeune garçon plaide coupable et écope d'un très lourde peine : plus de 35 ans de prison.

Un tueur à gages revendique les meurtres

Deux semaines seulement après l’incarcération du jeune garçon, un homme, Vincent Smothers, confesse alors les quatre homicides en question. Il se présente devant les policiers comme un tueur à gage et se montre plein de remords. Il refuse que le jeune Sanford paie pour ses crimes.

"Au cours de ces neuf dernières années, j’ai déclaré à plusieurs reprises que j’avais commis les meurtres […] et que Davontae Sanford n’était pas impliqué", a écrit Smothers, qui purge actuellement une peine de plus de 50 ans de prison pour son implication dans huit autres meurtres.

Mais les autorités ne l’écoutent pas. Pis, ils tentent de le corrompre. Selon Smothers, qui a accepté de parler au New Yorker en 2012, le procureur en charge de l’affaire lui propose un deal en échange de son silence. Le prisonnier refuse. "Il me semblait ridicule que l’État aille aussi loin pour garder Sanford en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis et que j’avais avoué".

Depuis son incarcération en 2007, les avocats du garçon se sont toujours battus pour prouver son innocence. Mais il aura fallu attendre le mois de juin 2016 pour que Sanford recouvre la liberté. Après un an d’enquête, la police a finalement admis cette semaine que le garçon n’avait joué aucun rôle dans les meurtres.

C’est avec une grande émotion qu'il a retrouvé sa famille, mercredi. "Nous sommes tellement reconnaissants à tous ceux qui se sont battus pour Davontae, pour qu’il rentre chez lui", a déclaré sa famille dans un communiqué. Sur le seuil de sa maison, mercredi, le jeune homme, assailli par les journalistes a fait une courte déclaration : "C’est merveilleux d’être chez moi", a-t-il confié à voix basse. "Maintenant, je voudrais juste continuer ma vie."

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