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La tuerie d’Orlando bouleverse la campagne présidentielle américaine

Le candidat républicain Donald Trump et sa très probable adversaire démocrate Hillary Clinton.
Le candidat républicain Donald Trump et sa très probable adversaire démocrate Hillary Clinton. Molly Riley, AFP - Cris Kleponis, AFP

Chacun dans leur style, les deux candidats à la présidentielle américaine ont réagi à l’attentat d’Orlando. À cinq mois du scrutin, la tuerie pourrait rebattre les cartes de la campagne, mais difficile de dire qui en profitera électoralement.

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Au lendemain de la tuerie dans une discothèque gay d’Orlando, nombre de questions demeurent sans réponse. Une seule chose semble certaine : le plus sanglant attentat commis aux États-Unis depuis le 11-Septembre marque un tournant dans la course à la Maison Blanche. "La question du terrorisme va dominer la campagne présidentielle dans les prochains mois", affirme à l'AFP Tim Malloy de l'institut de sondage Quinnipiac University. Les deux candidats principaux à la magistrature suprême se sont immédiatement emparés du sujet, dans deux styles totalement opposés.

Hillary Clinton s’est montrée extrêmement mesurée dans ses réactions. "Réveillée avec les bouleversantes nouvelles de Floride [...]. Mes pensées sont avec ceux qui sont touchés par cet acte tragique", a réagi la principale candidate démocrate sur Twitter, quelques heures après l’annonce de la tuerie. Lundi 13 juin, elle est revenue sur le massacre lors d’un meeting de campagne à Cleveland, dans l’Ohio, assurant qu’elle ferait de la chasse au "loup solitaire" une priorité de son mandat si elle était élue à la Maison Blanche. Si le tueur d’Orlando a été tué dans l’opération de la police, "le virus qui a empoisonné son esprit reste bien vivant", a-t-elle déclaré.

Gardant la sobriété de ton qu’elle a adoptée depuis ce week-end, Hillary Clinton a appelé à faire monter en puissance les opérations militaires américaines contre l'organisation État islamique (EI) en Irak et en Syrie. Elle a également appelé les partenaires régionaux des États-Unis, à savoir l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar, à empêcher leurs citoyens de financer le terrorisme. Enfin, elle a plaidé pour l’interdiction des armes d’assaut, comme celle utilisée par le tueur d’Orlando. "Je pense que les armes de guerre n’ont rien à faire dans nos rues", a-t-elle martelé.

Une attaque qui peut rebattre les cartes ?

La tuerie d’Orlando replace donc le sujet particulièrement clivant du renforcement de la législation sur les armes à feu au cœur du débat politique. Le camp démocrate a clairement dit qu'il entendait en faire un sujet-phare de la campagne, quitte à froisser une frange de la société américaine. "Pendant sa campagne, Hillary Clinton s’est dit prête à s’attaquer à la NRA, le puissant lobby pro-armes, et à faire passer des lois qui consisteront à systématiser, par exemple, les antécédents psychologiques et judiciaires des futurs acquéreurs d’armes", rapporte Gallagher Fenwick, correspondant de France 24 à Washington.

Orlando : la libre de circulation des armes à feu en question

Si ce terrain est plutôt favorable aux démocrates – la majorité des Américains étant en faveur des contrôles accrus – la crainte de ceux-ci a toujours été qu'un événement extraordinaire, tel celui d’Orlando, rebatte les cartes. Selon l’institut Quinnipiac, l'ancienne chef de la diplomatie est perçue par les Américains comme plus capable de gérer une crise internationale que Donald Trump (53 % contre 40 %), mais les électeurs sont moins sûrs quand on leur parle de terrorisme et de l'EI.

"Tout peut arriver dans les dernières semaines et derniers mois avant l'élection", disait le politologue Norman Ornstein à l'AFP avant l’attaque d’Orlando. "S'il y avait un attentat en octobre comme à Paris ? Peut-être que les gens ne voudront pas élire quelqu'un sans expérience politique... Mais peut-être qu'ils auront envie d'un homme fort."

Trump cisèle son image d’homme à poigne

Le candidat républicain, Donald Trump, est effectivement déterminé à exploiter l’attaque pour se forger une image d'homme à poigne. Sur Twitter, le magnat de l’immobilier s’est ainsi targué d’avoir eu "raison sur le terrorisme islamiste radical". Avant d’ajouter : "Mais je ne veux pas de félicitations, je veux de la vigilance et de la sévérité. Il faut être intelligent !"

Après les attentats de Paris (130 morts) et celui de San Bernardino en Californie (14 morts), Donald Trump avait proposé d'interdire aux musulmans d'entrer aux États-Unis. Une idée que la grande majorité des sympathisants républicains soutient, à en croire les sondages.

En mars, le milliardaire new-yorkais avait également profité des attaques de Bruxelles (32 morts) pour affirmer que le sujet du terrorisme lui tenait à cœur, "car j'en parle plus que n'importe qui. Et c'est probablement la raison pour laquelle je suis premier dans les sondages". Selon une enquête menée en mai pour la chaîne CNN, son message anxiogène trouve un écho au sein d’un électorat qui se dit "extrêmement" préoccupé par le terrorisme.

"J'essaie de sauver des vies"

Sa recette est calquée sur la stratégie républicaine : dénoncer le laxisme supposé de Barack Obama et l'étriller pour son refus de parler de menace "islamiste", un terme que le chef de l’État évite pour ne pas stigmatiser les musulmans. "Le président Obama refuse de façon éhontée de prononcer les mots ‘islam radical’. Pour cette seule raison, il devrait démissionner", a-t-il déclaré dans un communiqué, appelant sa rivale démocrate Hillary Clinton à se retirer de la course pour les mêmes raisons.

"Parce que nos dirigeants sont faibles, j'ai dit que cela allait arriver, et cela ne va qu'empirer", a déclaré le milliardaire. "J'essaie de sauver des vies et d'empêcher le prochain attentat terroriste. Je ne peux plus me permettre d’être politiquement correct", a ajouté le promoteur immobilier. Il a proposé lundi de suspendre les flux d'immigration en provenance de pays impliqués dans le passé dans des attentats contre les États-Unis ou ses alliés.

"Nous ne pouvons pas continuer à laisser entrer des milliers et des milliers de personnes dans notre pays, dont beaucoup pensent de la même façon que ce tueur sauvage", a-t-il déclaré lors d'un discours à Manchester. "La seule raison pour laquelle ce tueur se trouvait en Amérique est que nous avons autorisé sa famille à venir ici", a-t-il ajouté. "La plupart des principes de l'islam radical sont incompatibles avec les valeurs et institutions occidentales", a-t-il martelé. "L'islam radical est anti-femmes, anti-gay et anti-Américains".

Reste que pour nombre de commentateurs politiques, la réaction de Donald Trump risque d’être mal perçue par une partie de la population américaine. Pour le Washington Post, le candidat républicain a fait montre d’un "manque total d’empathie". "Certes, il maîtrise son rôle de dirigeant dur à cuire et sans scrupules, mais il ne semble pas prendre conscience qu’en pareille circonstance, un président se doit d’être aussi le ‘réconforteur en chef’ du pays", écrit le quotidien. Et de poursuivre : "Tirer la couverture à soi dans des moments où il faut comprendre ce qu’une grande nation attend de son dirigeant est un raté considérable."

Avec AFP et AP 

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