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Euro-2016 : ces Bleus morts pour la France durant la Grande Guerre

Certains des internationaux français tués lors de la Première Guerre mondiale.
Certains des internationaux français tués lors de la Première Guerre mondiale. Montage France 24, collection personnelle Michel Merckel

Alors que l’équipe de France de Football vient de débuter l’Euro-2016, France 24 vous propose de regarder dans le rétro et de découvrir l’histoire des anciens Bleus morts durant la Grande Guerre. Une vingtaine d’entre eux ont perdu leur vie.

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Albert Jenicot, René Camard, René Fenouillère, Pol Morel, Pierre Six, Marius Royet. Ces noms ne vous disent certainement pas grand-chose, mais au début du XXe siècle, ces hommes étaient les équivalents des Olivier Giroud, Dimitri Payet, N’Golo Kanté, Bacary Sagna, Laurent Koscielny ou Adil Rami d’aujourd’hui. Ils ont fait partie de la première génération de footballeurs à porter le maillot national. Des joueurs qui ne se sont pas seulement battus sur la pelouse pour leur pays, mais qui ont aussi donné leur vie pour la France. Tous ces sportifs ont en effet été tués durant la Première Guerre mondiale.

Une liste difficile à établir

Michel Merckel est un ancien professeur d’éducation physique, il essaie depuis quelques années d’établir la liste de ces "Bleus", tués durant le conflit. À e jour, il en a répertorié 22. "J’ai contacté des spécialistes du sujet. Nous avons croisé nos différentes archives. Cela va de la presse de l’époque, bien sûr, jusqu’aux journaux des tranchées qui donnent des informations très intéressantes. C’est comme cela par exemple que j’ai retrouvé la trace de Pol Morel, un joueur du Red Star et un international qui a été tué en septembre 1915 dans le Pas-de-Calais", explique ce passionné, auteur de l’ouvrage, "14-18, le sport sort des tranchées"."Mais j’ai juste ouvert la boîte. On peut encore affiner cette liste."

Cet exercice de recherche se révèle en effet être un vrai travail de fourmi. À l’époque, en France, le football n’en est qu’à ses balbutiements. Le rugby, la boxe et le cyclisme sont alors les sports les plus populaires et sont déjà organisés. Du côté du monde du ballon rond, c’est tout l’inverse. Différentes fédérations s’entredéchirent et estiment toutes être la plus légitime. "Il y a en ce moment tellement d’équipes de France, qu’on ne sait vraiment plus à laquelle décerner le titre mirifique de ‘onze nationale’. Équipe de France UFSA, équipe de France CFI, équipe de France FSAPF, équipe de France indépendants […] rencontrent des amateurs, des professionnels, des semi-amateurs, des semi-professionnels, sans jamais combattre en elles. Comment diable choisir la meilleure, la nec plus ultra, la Nationale !", s’interroge ainsi le journal Le Matin en mai 1909. Il faudra attendre 1919 pour que la Fédération française de football (FFF) soit enfin créée.

Des internationaux français morts durant la Grande Guerre
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Des pionniers du ballon rond

Pour dresser sa liste de Bleus morts pour la France, Michel Merckel a décidé de partir des rencontres organisées sous l’égide de l’union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA). C’est avec l’écusson de cette fédération, que l’équipe de France a en effet joué son tout premier match officiel le 1er mai 1904 à Bruxelles, contre la Belgique (3-3). Parmi les joueurs sur le terrain pour ce match historique, se trouve Marius Royet, un attaquant de l’US Parisienne qui inscrit d’ailleurs le deuxième but de la rencontre. De 1904 à 1908, il porte à neuf reprises le maillot français. Mais lorsqu’éclate la guerre, l’international doit abandonner le ballon pour le fusil et rejoint le 12e bataillon de chasseurs à pied. Il meurt finalement de la grippe trois jours avant l’armistice alors qu’il est prisonnier en Allemagne.

Le premier match de l'équipe de France le 1er mai 1904 contre la Belgique. Les Français portaient un maillot blanc.
Wikimedia

Deux de ses coéquipiers du tout premier France-Angleterre, le 1er novembre 1906 – une défaite cuisante des Bleus sur le score de 0-15 –, perdent également la vie durant le conflit. Alors que l’attaquant André François du Racing Club de Roubaix, tombe au champ d’honneur le 17 mars 1915 à Sainte-Ménehould dans la Meuse, l’ailier du Red Star Julien Verbrugghe meurt au combat le 21 août 1916 lors de la bataille de la Somme.

Mais, dans son panthéon des footballeurs, Michel Merckel a surtout une place toute particulière pour René Fenouillère, l'un des Français sélectionnés pour les Jeux olympiques de Londres en 1908 et champion de France en 1912 avec le Red Star. "C'est pour moi le premier grand joueur à dimension internationale. Il a joué en Espagne au football club de Barcelone, et il en a été le capitaine !", s’enthousiasme l’ancien professeur d’EPS. "Mais il a malheureusement été tué en novembre 1916 du côté de Reims".

Un monument pour les sportifs morts pour la France

Pour honorer la mémoire de ces héros des terrains et du champ de bataille, Michel Merckel ne s’est pas contenté de retrouver leurs noms. Sous son impulsion notamment, un monument en hommage aux sportifs morts pour la France a été inauguré le 21 mai 2016 par le président François Hollande sur le parvis du Stade de France : "Cela a été un moment très important pour moi, même si je n’ai fait qu’y contribuer. Ces champions ont fait résonné les couleurs de notre pays sur tous les terrains du monde et ils ont en plus donné leur vie pour sa défense. C’est une reconnaissance tout à fait logique de la Nation".

Lors de cet événement, le passionné de la Grande Guerre a toutefois regretté l’absence de membres de la FFF. Alors que d’autres instances sportives multiplient les opérations en lien avec le centenaire de la Première Guerre mondiale, le monde du ballon rond n’y participe que très peu. Seul un petit film a été projeté sur les Morts pour la France avant la finale de la Coupe de France. "Il y a eu beaucoup de commémorations durant les derniers Tour de France. Il y a aussi eu plusieurs rencontres de rugby par exemple entre les Anglais, les Français, les Néozélandais pour se souvenir de 14-18, mais du côté du foot, il y a très peu de retour", constate Michel Merckel. "C’est vraiment dommage, car c’est un sport éminemment populaire".

>> À lire sur France 24 : "Grande Guerre : le football, sport roi popularisé dans les tranchées"

Pour preuve de ce manque d’intérêt rien n’est prévu lors de cet Euro-2016 pour rendre hommage aux Internationaux morts durant la Grande Guerre. Les hommes de Didier Deschamps connaissent-ils seulement l’histoire de leurs prédécesseurs ? "Si je le regrette, force est de constater que ce n'ai pas vraiment de leur faute. C'est à nous, les anciens, de faire notre travail de passeur de mémoire, ce que personnellement je suis tout disposé à faire si la FFF me le demande", souligne Michel Merckel. Pour l’auteur de "14-18, le sport sort des tranchées", il est d’autant plus important de faire connaître ce passé aux générations actuelles, car le football, jeune sport en devenir, s’est vraiment développé durant la Première Guerre mondiale. Les footballeurs d’aujourd’hui doivent tout à leurs aînés : "Chaque match, chaque coup de pied dans un ballon, et même par extension n’importe quel geste sportif est un hommage à nos Poilus. Ils ont été des défricheurs et ont su remarquablement s’adapter afin de nous offrir, dans l’héritage qu’ils nous lèguent, ce cadeau somptueux qu’est le sport".

Les joueurs de l’équipe de France de Football morts durant la Première Guerre mondiale répertoriés par Michel Merckel :

Camard René, Association Sportive Française et Red Star. Né le 8/02/1887, tué le 16/03/1915.
Denis Julien,  Racing Club Calais. Né le 20/03/1886, tué le 15/08/1914.
Dujardin Charles, US Tourcoing. Né 15/04/1888, tué le 29/09/1914.
Dusart Émile, RC Roubaix. Né le 3/09/1892, tué le 3/03/1919.
Fenouillère René, Red Star. Né le 22/10/1882, tué le 4/11/1916.
François André,  RC Roubaix. Né le 13/01/1886, tué le 17/03/1915.
Geronimi Charles, AF Garenne-Colombes. Né le 8/02/1895, tué le 9/11/1918.
Gigot Raymond, Club français. Né le 11/05/1885, tué le 29/05/1915.
Gressier Raoul, RC Calais. Né le 19/11/1885, tué le 6/10/1915.
Gueguen Ernest, US Saint-Servan. Né le 30/05/1885, tué le 25/09/1915.
Hitzel Victor (né Louis), JA Levallois. Né le 12/11/1883, tué le 13/01/1915.
Jenicot Jules dit Albert, RC Roubaix. Né le 15/02/1885, tué le 22/02/1916.
Lesmann Émile, JA Saint-Ouen. Né le 3/05/1891, tué le 13/09/1914.
Loubière Jean, Gallia Club Paris. Né le 7/01/1892, tué le 4/02/1915.
Morel Pol, Red Star. Né le 5/03/1890, tué le 28/09/1915.
Petel Eugène, AS Amicale. Né le 10/09/1888, tué le 22/09/1914.
Puget André, Racing Club de France. Né le 12/01/1882, tué le 9/05/1915.
Royet Marius, US parisienne. Né le 19/06/1880, tué le 8/11/1918.
Six Pierre, Havre Athlétique Club et Olympique Lillois Né le18/01/1888, tué le 07/07/1916.
Verbrugghe Julien, Red Star. Né le 26/12/1889, tué le 21/8/1916.
Vialaret Justin, Club athlétique (CA) Paris XIVe. Né le 12/11/1883, tué 30/09/1916.
Vial Francis. Né le 23/10/1880, tué le 18/11/1914.

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