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#LoveWeek : à Paris, une mosquée gay-friendly veut libérer la parole

La mosquée lancée par un imam gay se veut être un espace bienveillant à l'égard de la communauté LGBT musulmane.
La mosquée lancée par un imam gay se veut être un espace bienveillant à l'égard de la communauté LGBT musulmane. Godong / Getty Images

L'homosexualité demeure un sujet tabou dans bon nombre de pays de culture musulmane. Pour changer les mentalités, certains imams gays ont ouvert des mosquées à destination de la communauté LGBT musulmane.

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Comment concilier spiritualité et préférence sexuelle ? Dans le monde, il y aurait "plus de 100 millions de musulmans à faire partie d'une minorté sexuelle (plus de 10 % de la population générale)", peut-on lire sur le site de l'association des homosexuels musulmans HM2F, qui fait référence à "plus de cinquante ans de sciences humaines et d'études statistiques réalisées depuis plusieurs décennies".

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Sous l'impulsion de l'imam homosexuel Ludovic-Mohamed Zahed, une mosquée particulièrement favorable à tout type d'orientation sexuelle a ouvert en 2012, dans le quartier de la Goutte d'Or, à Paris. Elle se veut être un espace bienveillant à l'égard de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) musulmane. L'endroit est gracieusement mis à disposition par Federico Joko Procopio, un moine bouddhiste zen qui est aussi militant des droits LGBT.

Un lieu plein de bienveillance

Dans cette mosquée que Ludovic-Mohamed Zahed a voulu "ultra-progressiste", homosexuels, transsexuels et transgenres sont invités à venir prier en étant certains de ne pas être toisés pour leurs différences. Summum de la tolérance : la prière peut même être menée par des femmes.

"Les musulmans homosexuels sont des musulmans à part entière"

L'organisation y est verticale. "Les croyants se forment les uns les autres", explique Ludovic-Mohamed Zahed, interrogé par Mashable FR. "Il y a aussi des mosquées du même type à Marseille, et ailleurs à l'étranger, en Afrique du Sud, aux États-Unis et au Canada. Le fonctionnement est le même : sur une base démocratique, tous peuvent avoir accès à des documents disponibles en différentes langues, pour participer à la vie de la mosquée."

Et celui qui est aussi chercheur en anthropologie d'ajouter : "Il y a des personnalités comme Tariq Ramadan qui proposent de réformer l'islam. Mais tout ce qu'ils cherchent à faire, c'est remplacer un dogme par un autre dogme. C'est précisément ce que nous refusons de faire." Pour celui qui veut réconcilier l'islam avec l'homosexualité, il est important qu'émergent des salles de prières où les fidèles homosexuels peuvent se retrouver et échanger.

Dans certains pays, l'homosexualité est un crime

Il faut dire que dans le milieu musulman, l'homosexualité fait encore débat. Elle reste d'ailleurs interdite dans la plupart des pays de culture musulmane. C'est plus précisément l'homosexualité masculine qui pose problème, puisque dans la moitié des pays où elle est interdite, le lesbianisme, lui, n'est pas considéré comme un crime.

Pourtant, certains imams essayent de faire entendre une autre lecture du Coran. Selon eux, les textes coraniques ne condamnent jamais l'amour entre personnes de même sexe. L'homosexualité "n'est pas préconisée par l'islam" mais "les musulmans homosexuels sont des musulmans à part entière", a estimé l'imam de Bordeaux Tareq Oubrou dans les colonnes de Respect Mag en 2010.

La société civile se bouge

Heureusement, on dénombre aujourd'hui plusieurs associations qui se sont données pour objectif de combattre l'invisibilisation des gays musulmans. C'est notamment le cas de la Fondation Al-Fatiha aux États-Unis ou encore Merhaba, en Belgique.

Mais certains événements médiatiques permettent également d'offrir une image plus inclusive de l'islam. Ainsi, cette année en Belgique, dans le concours "Mister Gay", un candidat de confession musulmane est arrivé en finale – une première historique. "Je ne vois pas Mister Gay comme un concours de beauté, mais comme un moyen de dire et d’apporter quelque chose. Si je fais ça, c’est en faveur du multiculturalisme. Il est encore tellement difficile pour de nombreuses personnes de faire leur coming-out auprès de leur famille, mais aussi auprès de leurs amis", a raconté Abdellah Bijat au magazine Têtu.

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Par ailleurs, aux États-Unis, suite à la tuerie d'Orlando, de nombreuses réactions de soutien des citoyens musulmans ont afflué pour montrer que l'homophobie n'a pas de religion.

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