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Les réfugiés syriens au Liban peinent à enterrer leurs morts

Le cimetière le plus proche qu'a trouvé Sawsan Abou Khaled pour enterrer sa fille se trouve à Tripoli, à 90 km au nord de Beyrouth.
Le cimetière le plus proche qu'a trouvé Sawsan Abou Khaled pour enterrer sa fille se trouve à Tripoli, à 90 km au nord de Beyrouth. Chloé Domat, France 24

Près de deux millions de Syriens ont trouvé refuge au Liban. Dans ce petit pays, leur présence pèse sur des services publics déjà à bout de souffle. Pour ces réfugiés, au drame de l'exil s'ajoute désormais celui du manque de sépultures.

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Quand sa fille est morte d’un accident de voiture, Sawsan Abou Khaled a pensé avoir touché le fond. Pourtant cette réfugiée syrienne au Liban n’était pas au bout de ses peines. Durant cinq jours, elle n’a pas trouvé où enterrer son enfant. "Nous avons dû la garder à la maison. C’était douloureux et l’odeur était insupportable", se souvient-elle.

Sawsan Abou Khaled vit avec son mari et ses trois autres enfants dans une pièce insalubre de 10 m2, dans la banlieue de Beyrouth. L’enterrement a finalement eu lieu à Tripoli, à 90 km de la capitale libanaise. "Mon mari s’y est rendu et nous avons payé 250 dollars pour la tombe", raconte la mère.

Fin 2015, le Liban avait accueilli près de deux millions de réfugiés syriens, selon l'UNHCR. Nombre d’entre eux sont morts en exil mais il est difficile d’estimer leur nombre. "Il n’y a aucune base de données qui enregistre le nombre de décès", explique Matthew Saltmarsh, porte parole du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Au Liban, la crémation n'est pas une pratique courante. Quand un réfugié syrien meurt, sa famille a donc le choix entre trois options : rapatrier le corps en Syrie, l’enterrer dans un cimetière libanais ou bien en disposer "autrement".

Un terrain pour enterrer les réfugiés

Au début de la guerre en Syrie, les cimetières libanais acceptaient facilement les Syriens mais les années passant, les places se font rares. Comme la famille Abou Khaled, beaucoup de réfugiés ne trouvent plus de lieux de sépulture.

"Il n’y a plus une seule place à Beyrouth", dit Karima Houjair, directrice de projet à Dar el-Fatwa, l’une des seules organisations de charité à suivre le dossier des enterrements syriens. "Les bailleurs de fonds étrangers ne s’intéressèrent pas aux morts. Pourtant, c’est un poids immense pour les familles", ajoute-elle. Dar el-Fatwa préconise l’ouverture d'urgence de nouveaux cimetières.

Au village de Daraya, à une heure au sud de Beyrouth, c’est justement ce qu’a fait Abo Abdou. Ce Syrien installé au Liban en 1993 est maçon de profession et fossoyeur "pour rendre service", car depuis janvier dernier, le cimetière de Daraya est plein. "Pour qu’on puisse continuer à enterrer les réfugiés, j’ai acheté un terrain de 1 500 m2", explique Abo Abdou. L’affaire lui rapporte 150 dollars par enterrement, une somme qu’il dit utiliser pour rembourser l’achat de la parcelle.

Le cimetière syrien est juste en dessous du libanais, dans une vallée. Il y a des arbres, des mauvaises herbes et des tas de terre, ce n’est pas vraiment aménagé. Au bout du chemin, quelques tombes en béton sont alignées côte à côte. Il s’en dégage l’odeur d’un baume aux plantes dont sont enduits les corps. Pour le moment, le cimetière abrite 34 adultes et 25 enfants.

En se baladant, Abo Abdou parle des défunts. "Celui-ci vient de Deir el-Zor, celui là d’Alep, ah celui-là s’est noyé, il était de Idleb..." Il assure que tous les papiers des défunts sont en règle et que son activité est légale.
 

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