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Primaires pour 2017 : la gauche en ordre, la droite dispersée ?

De gauche à droite, le président de la République François Hollande. Et Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire.
De gauche à droite, le président de la République François Hollande. Et Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire. AFP

Pour l’élection présidentielle de 2017, droite et gauche auront finalement chacune leur primaire. Dans chaque camps, les objectifs dépassent de loin le rôle premier d'un tel scrutin, rassembler pour faire émerger le meilleur candidat possible.

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Le 23 avril 2017, lors du premier tour de l’élection présidentielle, ce ne sera pas un candidat, mais deux, qui auront été désignés lors de primaires : le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Jean-Christophe Cambadélis, a confirmé vendredi 17 juin dans Libération que le parti de la majorité organiserait une primaire "ouverte à la 'Belle Alliance populaire' [PS, Radicaux et certains écologistes]" pour désigner celui qui se présentera dans dix mois devant les électeurs.

Dans un camp comme dans l’autre, ces consultations populaires semblent toutefois détournées de leur rôle premier, qui est de rassembler un maximum pour faire émerger le meilleur candidat possible. À gauche, alors que certains sont déjà sur les rangs (comme Marie-Noëlle Lienemann) ou songeraient à se préparer (comme Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon), le scrutin apparaît comme bâti sur mesure pour François Hollande. Tandis qu’à droite, plusieurs candidats remettent en question le processus en dispensant d’y participer, à l’image de l'ancien conseiller du président Sarkozy, Henri Guaino, ou de l’ex-ministre Michèle Alliot-Marie, qui a annoncé sa candidature lundi 20 juin.

Une primaire taillée pour Hollande ?

Du côté du PS, l’ensemble des observateurs saluaient lundi "l'habileté" de la manœuvre, effectuée par Jean-Christophe Cambadélis. Manœuvre approuvée, voire pilotée par François Hollande lui-même. Celui-ci remplit plusieurs objectifs d’un même coup.

Premièrement, il se conforme aux règles de son parti : s’il accepte de participer à la primaire, François Hollande respectera l’article 5.3.1 des statuts du PS, qui stipule que "le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la gauche".

Deuxièmement, il établit un planning qui lui correspond parfaitement : selon Cambadélis, la primaire pourrait se tenir fin janvier, les candidatures devant être déposées au cours de la première moitié du mois de décembre. Coïncidence ou pas, François Hollande avait prévenu que sa décision de se représenter serait rendue publique début décembre. En outre, un tel timing ne laisserait aux candidats qu’un mois et demi de campagne, un court laps de temps, idéal pour un président qui ne doit pas se prêter trop longtemps à la critique sous peine de perdre en crédibilité sur la scène intérieure.

Troisièmement, il affaiblit la fronde qui grondait depuis deux ans déjà au sein même de sa majorité. Une quarantaine de députés socialistes, sous le leadership du député de la Nièvre, Christian Paul, conteste en effet la ligne économique libérale adoptée par François Hollande et Manuel Valls sous l’impulsion du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron. Ceux-ci, proches de la gauche du PS, réclamaient la tenue d’une telle primaire. Les voilà servis.

Quatrièmement, le chef de l’État en profite pour rassembler son parti et éviter une multiplication des candidatures, qui serait forcément fatale au PS : une candidature unique est la condition indispensable – mais loin d’être suffisante – à la présence d’un candidat socialiste ou apparenté au second tour de l’élection présidentielle. François Hollande affiche toujours une cote de popularité au plus bas et les sondages le donnent éliminé dès le premier tour dans la quasi-totalité des scénarios. En cause : d’excellentes intentions de vote pour son rival plus à gauche, Jean-Luc Mélenchon, ainsi qu’une faible mobilisation de l’électorat socialiste traditionnel.

En s’engageant de plain-pied dans la primaire, le PS s’immunise à la critique de son aile gauche, dont les représentants (Marie-Noëlle Lienermann et Gérard Filoche, déjà déclarés, ou Arnaud Montebourg et Benoît Hamon qui laissent planer le suspense) ne pourront guère éviter une primaire qu’ils appelaient de leurs vœux.

Emmanuel Macron pourrait bien, lui aussi, être découragé de ses ambitions présidentielles. L’ancien banquier d’affaire bénéficie encore d’une confortable cote de popularité à l’échelle nationale, mais les sympathisants socialistes, susceptibles de voter lors d’une telle primaire, sont moins nombreux à l’apprécier. "La primaire était une grenade dégoupillée lancée dans la cour de l'Élysée ; l'hôte des lieux la renvoie dans les pieds de ses ennemis", résume Guillaume Tabard dans son billet politique du "Figaro".

"La primaire de la droite s’insère dans un temps plus long"

À droite et au centre, la dynamique semble d’abord tendre vers la dispersion. Déjà 12 candidats, sans compter Nicolas Sarkozy qui ne fait plus mystère de son intention de rejoindre la compétition. Et plusieurs personnalités s’en dispensent carrément. C’est le cas de Michèle Alliot-Marie, mais aussi de l’ancienne secrétaire d’État du gouvernement Fillon II, Rama Yade (UDI), et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), qui a quitté l’UMP en 2007. Henri Guaino a par ailleurs annoncé qu’il serait directement candidat s’il ne parvenait pas à rassembler les parrainages nécessaires à une participation à la primaire.

Stéphane Rozes, politologue et enseignant à Sciences Po et président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), estime toutefois que la situation n’est pas préoccupante pour la droite : "Cette primaire s’inscrit dans un temps plus long que celle de la gauche. Parmi les petites candidatures, beaucoup vont finalement se rallier aux trois ou quatre grands". Entendre Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire et Nicolas Sarkozy.

"Il sera très difficile de se présenter seul en 2017 sans avoir le soutien d’une famille politique", confirme Philippe Braud, politologue et enseignant invité à l’université de Princeton. Sauf à rechercher le soutien de parlementaires socialistes désireux de favoriser l’éclatement de l’opposition.

Ceux qui se présentent sont surtout là pour "monnayer leur retrait", ajoute Philippe Braud, ou pour peser dans le débat qui conduira à l’émergence d’un programme pour le candidat de la droite et du centre. À l’image des candidats gaullistes, Jacques Myard, Henri Guaino ou Michèle Alliot-Marie, qui semblent tous considérer que leur mouvement est sous-représenté. À trois, ils devraient tout de même réussir à faire entendre leurs idées dans le débat interne.

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