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Supercalculateurs : pourquoi l’exploit chinois inquiète les États-Unis

Le plus puissante des supercalculateurs peut effectuer 100 millions de milliards de calculs par seconde.
Le plus puissante des supercalculateurs peut effectuer 100 millions de milliards de calculs par seconde. iStock

La Chine compte désormais davantage de supercalculateurs que les États-Unis : une première dans l’histoire de la course à la puissance de calcul informatique. Cet exploit confère à Pékin un avantage stratégique qui peut peser lourd.

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Chine : 167, États-Unis : 165. Pékin a, pour la première fois lundi 20 juin, dépassé son rival américain dans la course au nombre de supercalculateurs, ces immenses parcs informatiques entièrement dédiés à la puissance de calcul, d’après la liste Top500 des supercalculateurs établie deux fois par an par le Berkeley National Laboratory.

Autre exploit chinois : leur machine la plus plus avancée, baptisée Sunway TaihuLight revendique une puissance de 100 pétaflops, c’est-à-dire qu’elle peut effectuer 100 millions de milliards de calculs par secondes. Elle tourne ainsi 10 fois plus vite que Titan, le plus puissant des supercalculateurs américains. Le Sunway TaihuLight est également équipé du premier processeur 100 % "made in China". Jusqu’à présent, les modèles chinois étaient équipés de puces américaines.

"Enjeu stratégique d’intérêt national"

Une double gifle informatique d’autant plus cinglante pour Oncle Sam que la Chine faisait figure de petit poucet dans la course aux supercalculateurs il y a à peine 15 ans. "Ce que les Chinois ont réussi à faire, rattraper tout le monde en si peu de temps, est impressionnant", concède Michel Daydé, conseiller scientifique au CNRS en charge du calcul haute performance, contacté par France 24.

Pékin a bien compris que l’enjeu allait au-delà d'une bataille de pétaflops. "Le nombre de supercalculateurs et leur puissance sont très significatifs pour évaluer le potentiel d’innovation d’un pays", explique le spécialiste français.

Dans un monde où le "big data" est roi, des ordinateurs capables de calculer plus vite que leur ombre sont "un enjeu stratégique d’intérêt national", assure Michel Daydé. Ils sont présents partout : gestion des réseaux d’électricité, conception ultra-rapide des modèles d’avion ou encore calcul des prévisions météo. Dès qu’il s’agit d'effectuer des modélisations pointues, nécessitant de traiter un grand nombre de données et de facteurs, les supercalculateurs sont appelés à la rescousse. C’est grâce à eux, notamment, qu’il est possible "de modéliser l’effet d’un médicament sur le corps humain", précise le chercheur.

L’exemple chinois est, à ce titre, très révélateur du vaste champ d’application des ces immenses machines. Le Chinois s’en servent dans des domaines aussi variés que l’énergie, le traitement des données administratives, les questions de réchauffement climatique ou encore l’e-éducation.

Sauver des vies

La rapidité de ces machines peut aussi permettre de sauver des vies. "Lors de catastrophes naturelles, comme un tsunami, il faut pouvoir prévoir le plus vite possible à quel moment la vague va atteindre la côte pour organiser l’évacuation des populations", précise Michel Daydé. Dans ces cas critiques, chaque pétaflops compte et c’est pourquoi la puissance du Sunway TaihuLight peut changer la donne à l’occasion de futures catastrophes naturelles.

Mais pour analyser correctement les résultats des calculs de ces supercalculateurs, il faut des super-ingénieurs et scientifiques suffisamment formés. Telle est la limite actuelle du modèle chinois. Le pays "doit encore se renforcer en personnel qualifié", reconnaît le scientifique français. Pour l’instant, Pékin s’appuie beaucoup sur des experts étrangers recrutés pour l’occasion. Les autorités essaient aussi de rapatrier les spécialistes chinois qui ont émigré vers d’autres cieux scientifiques et forment environ 300 nouveaux chercheurs par an. Cela peut paraître conséquent, mais à l’échelle d’un pays qui compte 1,37 milliard d'habitants, c’est peu.

Si Pékin réussit à combler ce retard, la Chine deviendra la référence en matière de recherche de pointe dans des domaines économiquement aussi porteurs que les sciences climatiques, la recherche énergétique ou encore l’aéronautique et les biotechs. Les pétaflops d’aujourd’hui pourront alors devenir les relais de croissance de demain.

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