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Découvertes

Élections : et si l'on donnait moins de voix aux vieux ?

Bloomberg / GETTY IMAGES

Le Royaume-Uni s'est prononcé en faveur du Brexit. Or, ceux qui auront le plus longtemps à vivre avec cette décision, les 18-24 ans, étaient massivement pour le "Remain". Et si, en politique, les jeunes avaient plus de voix (dans tous les sens du terme) ?

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"Ils ont massivement voté pour un futur qui ne les concernera pas longtemps..." : voilà résumée en une phrase, l'amertume de bon nombre de jeunes Britanniques.

VOIR AUSSI : Le Royaume-Uni vote en faveur du Brexit, David Cameron annonce sa démission

Alors que le Royaume-Uni s'est prononcé en faveur du Brexit – une issue qui n'a pas manqué de surprendre compte tenu des sondages qui prédisaient plutôt la victoire du "Remain", 75 % des 18-24 ans disent avoir voté en faveur du maintien, selon un sondage YouGov.

"Ils ont massivement voté pour un futur qui ne les concernera pas longtemps..."

Bien sûr, on peut toujours relativiser l'échantillonnage restreint de l'enquête (360 personnes interrogées) ou encore rappeler que les jeunes sont aussi ceux qui se sont le moins rendus aux urnes. Mais force est de constater qu'après celle des nations (l'Angleterre et le Pays de Galles pour le Brexit, l'Écosse et l'Irlande du Nord contre), la deuxième fracture qui ressort, c'est indéniablement celle des classes d'âge.

À l'issue du scrutin, un tableau résumant un sentiment général a d'ailleurs énormément été partagé sur les réseaux sociaux. Il invite à comparer le pourcentage de pour ou contre le Brexit avec le nombre d'années qu'il reste à chaque catégorie d'âge à vivre selon son espérance de vie moyenne. Le malaise est légitime et la question, tentante : ceux qui participent aujourd'hui à des décisions cruciales pour l'avenir d'un pays ne sont pas toujours ceux qui en expérimenteront les conséquences. Ne faudrait-il pas alors donner plus de voix aux jeunes ?

"Une personne de 90 ans a plus de pouvoir sur le reste de nos vies qu'elle ne le croit", soufflent des jeunes Britanniques dans cette vidéo publiée par The Guardian :

En matière de politique environnementale, on parle souvent de "responsabilités des générations présentes envers les générations futures". Et si cette solidarité-là était plus entérinée ? Et si on l'institutionnalisait davantage à travers un mécanisme permettant aux adultes de demain, sur certaines questions, d'être particulièrement entendus ?

Évidemment, l'interrogation est volontairement provocante

Évidemment, l'interrogation est volontairement provocante. Nous ne savons que trop bien qu'un système démocratique ne l'est plus à partir du moment où un citoyen ne vaut plus une voix, universellement. Car donner des voix en plus aux jeunes, c'est – renversons la proposition – en donner moins aux autres. À ce sujet, la littérature politique regorge de textes sur le concept de légitimité, et l'équation "one person, one vote" (en français, "une personne, un bulletin de vote") est celle qui se rapproche le plus de l'égalité.

"La jeunesse européenne est la plus concernée, c’est elle qui devrait être interrogée en premier. J’ai presque envie de dire que les jeunes devraient avoir deux voix dans un référendum sur l’UE", a lancé sur le ton de l'humour François Fillon, invité du Grand Rendez-vous d’Europe1–Le Monde–i-Télé dimanche 26 juin. Boutade ou pas, la sortie n'a pas manqué d'être immédiatement commentée par le vice-président du Front national, Florian Philippot :

Car selon les résultats des dernières élections (les régionales de décembre 2015), le FN était effectivement le premier parti chez les jeunes au premier tour avec 29,5 % chez les 18-34 ans, selon OpinionWay.

Crise de représentation

Avant de philosopher sur l'éventuel droit des adultes de demain à être davantage représentés, peut-être devrait-on d'abord s'interroger sur les raisons de leur desamour de la politique. Dans le cas du référendum du Brexit, on peut supposer que c'est par excès de confiance que certains ont choisi de ne pas aller voter. Le "Remain" était donné gagnant par de nombreux sondages et les médias les plus europhiles étaient plutôt confiants. Au mois de mai, seuls 52 % des 18-34 ans avaient annoncé qu'ils iraient voter, selon Opinium. "Un mois avant le référendum, les millennials manquaient à l’appel. C’est alors que David Cameron a décidé en toute discrétion de réunir les principaux leaders des médias sociaux, de Twitter et Facebook en passant par BuzzFeed et Tinder. Chacun des acteurs numériques a proposé au gouvernement des outils de mobilisation, Facebook affichant par exemple un message d’avertissement à tous ses utilisateurs britanniques, les incitant à s’inscrire sur les listes électorales", commente Numerama.

Ne pas voter, ce n'est pas forcément se désintéresser de la chose politique

Mais plus globalement, c'est la crise de confiance qui règne entre les jeunes et la classe gouvernante. Est-ce à dire qu'ils sont dépolitisés ? Car ne pas voter, ce n'est pas forcément se désintéresser de la chose politique. Ce peut être avoir des convictions, des idées, des valeurs... mais ne pas croire en le système en place pour changer le cours des choses. À ce titre, l'ancienne ministre déléguée à la Famille Dominique Bertinotti proposait d'abaisser le droit de vote de 18 à 16 ans afin d'inclure plus rapidement les jeunes dans la participation citoyenne. "Il y a des majorités qui sont accordées à des jeunes – la majorité sexuelle est à 15 ans, la majorité pénale à 16 ans, à 17 ans vous pouvez vous engager dans l’armée sans l’accord de vos parents. Donc on s’aperçoit qu’en matière des droits et des devoirs aux adolescents, c’est à géométrie variable. Or, à partir du moment où l’on dit que le jeune est responsable pénalement à l’âge de 16 ans, on peut voir le côté positif de la chose et dire qu’il a aussi le droit de donner son expression citoyenne", avait fait remarquer Dominique Bertinotti sur RTL en décembre 2015.

Peut-être que "donner plus de voix" aux jeunes, ce n'est pas forcément leur offrir plus de bulletins de vote. Un défi plus grand encore consisterait à écouter ce qu'ils ont à dire – leurs craintes, leurs espoirs, leurs attentes – et ne plus les déposséder du pouvoir de décision. En les laissant s'organiser, créer des alternatives, débattre, inventer, ré-inventer, remettre en question... Afin que faire de la politique ne se résume pas à avoir un mandat d'élu.

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