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Succession de David Cameron : pourquoi Boris Johnson renonce

Le député britannique et ancien maire de Londres, Boris Johnson, le 22 juin 2016.
Le député britannique et ancien maire de Londres, Boris Johnson, le 22 juin 2016. Scott Heppell, AFP

À l’échelle de la scène politique britannique, c’est un petit séisme : Boris Johnson ne briguera pas le siège de David Cameron. Selon certains observateurs, il ne croyait pas vraiment en une victoire du Brexit et n'est pas prêt à l'assumer.

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Moins d’une semaine après la victoire du "leave" au référendum sur le Brexit, nouvelle onde de choc au Royaume-Uni : Boris Johnson, cador du parti conservateur, ex-maire de Londres et fervent partisan d’une sortie de l’Union européenne (UE) pour laquelle il a longuement fait campagne, ne compte pas briguer les sièges siamois de chef des Tories et de Premier ministre, qui seront laissés vacants par David Cameron en septembre.

Selon les spécialistes contactés par France 24, la non-candidature de Boris Johnson est principalement le fait du ministre de la Justice, Michael Gove. Ce dernier a surpris son monde, jeudi matin, en publiant un communiqué avant les prises de parole respectives de Theresa May et de Boris Johnson.

"J’ai dit et répété que je ne voulais pas être Premier ministre", reconnait-il. "Mais depuis jeudi dernier (jour du référendum sur le Brexit), les circonstances m’ont forcé à réfléchir. […] Je voulais aider à construire une équipe derrière Boris Johnson pour qu’un homme politique ayant fait campagne pour la sortie de l’UE puisse nous mener vers un plus bel avenir. Mais j’ai dû me rendre compte, à contrecœur, que Boris est incapable de diriger une équipe pour accomplir la tâche qui se présente".

En conséquence, Michael Gove, qui était vu comme un soutien de l’ex-maire de Londres voire la seconde face d’un ticket Johnson-Gove, a décidé de faire cavalier seul et de se présenter. "C’est la principale raison pour laquelle Boris Johnson a renoncé", explique à France 24 la Britannique Sarah Pickard, maîtresse de conférences en civilisation britannique contemporaine à l’université Sorbonne Nouvelle.

Mais il y en a d’autres : "Boris Johnson adore être aimé, poursuit-elle. Or, il s’est rendu compte qu’il était indésirable. Qu’il ne pouvait pas gagner. Et il ne voulait pas prendre le risque de perdre. Enfin, on s’est rendu compte depuis jeudi que le Brexit pourrait conduire à un référendum pour l’indépendance de l’Écosse, ce qui signifierait la fin du Royaume-Uni. Et Boris Johnson refuse d’être celui qui aura permis la fin du Royaume-Uni."

Jeremy Stubbs, président des Tories à Paris et invité de France 24, voit une dernière raison. Pour lui, Johnson "n’était pas préparé à la victoire (du "Leave") et le fait que Gove, son ancien allié, se présente, lui offre une porte de sortie".

La guerre des Tories relancée

Une fois Johnson écarté, restent cinq candidats, mais les bookmakers s’accordent à dire que la partie devrait se jouer entre Theresa May, actuelle ministre de l'Intérieur, plus que jamais favorite après l’abandon de Boris Johnson, et Gove. La première, contrairement au second, a fait campagne pour le "Remain" par solidarité gouvernementale avec David Cameron. Elle aussi, pourtant, est farouchement eurosceptique.

Gove peut donc se targuer d’être issu du camp - victorieux - du "Leave" et revendiquer le droit d’appliquer la décision du peuple britannique. Mais il porte d’autres faiblesses, analyse Mark Garnett, maître de conférence senior à l’université de Lancaster. "Je pense que les députés conservateurs craindront que, contrairement au charismatique Boris Johnson, Michael Gove ne parvienne pas à séduire au-delà de l’électorat conservateur et ait beaucoup de difficultés à remporter une élection générale [les élections législatives britanniques, NDLR]."

Cela dit, May se trouve dans la position que tous les favoris doivent gérer : faire la course en tête en évitant les pièges qui lui seront tendus. "Les élections, au sein du parti conservateur, réservent souvent des surprises et il n’est pas rare que les favoris soient confrontés à des événements très défavorables qui annihilent leurs chances de victoire."

Elle reste toutefois la préférée des observateurs, notamment grâce à sa crédibilité sur la scène internationale. "D’un point de vue diplomatique, elle a plus de poids que n’en ont Boris Johnson ou Michael Gove", juge Sarah Pickard. "Je pense qu’elle est une négociatrice aguerrie et qu’elle aurait de bien meilleures chances de parvenir à un accord avec l’UE [concernant la sortie du Royaume-Unie de l’Union, NDLR] que Boris Johnson", abonde Mark Garnett. D’aucun lui prêtent déjà un destin à la Merkel.

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