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Faut-il tenir compte de la fête de l’Aïd pour l’organisation des oraux du bac ?

Les oraux de rattrapage sont prévus les 6, 7 et 8 juillet.
Les oraux de rattrapage sont prévus les 6, 7 et 8 juillet. Frederick Florin, AFP

Dans une note envoyée aux centres d’examens, le directeur de la Maison des examens en Île de France (Siec), évoque la possibilité de reporter l'oral de rattrapage des candidats qui auraient prévu de célébrer la fête musulmane de l’Aïd.

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Faut-il que le calendrier du baccalauréat s’adapte aux pratiques religieuses ? C’est la question qui agite le monde de l’Éducation nationale depuis quelques jours.

La polémique est née d’une note envoyée le 30 juin dernier aux chefs de centres d’examens, signée du directeur de la Maison des examens, le Siec, un service inter-académies, qui organise le baccalauréat dans toute l’Île-de-France et dépend de l’Éducation nationale.

La note invite les centres d’examen à proposer de reporter d’une journée des oraux de rattrapage du baccalauréat pour des candidats qui souhaiteraient s’absenter pour célébrer la fête musulmane de l’Aïd. Le calendrier des examens, établi depuis près d’un an, prévoit que les oraux de rattrapage du baccalauréat se tiennent dans les trois jours qui suivent les résultats, soit les 6,7 et 8 juillet. Or les instances musulmanes en France ont annoncé lundi soir que la date de l’Aïd qui marque la fin du ramadan et ne peut être connue qu’à la dernière minute puisqu’elle se base sur l’observation de la lune, serait le mercredi 6 juillet.

"Ce genre de mesure peut provoquer une vraie pagaille"

Il n’en a pas fallu plus pour déclencher une controverse. "C’est la première fois depuis plus de 70 ans qu’on demande aux chefs de centres d’examens d’interroger chaque élève sur sa pratique religieuse et cela pose un problème éthique", tempête Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, principal syndicat des chefs d’établissements qui a le premier tiré la sonnette d’alarme à propos de la circulaire.

Joint par France 24, il ne cache pas son indignation. "C’est inconcevable ! Ce n’est pas à l’Éducation nationale de poser ces questions, cela met les élèves musulmans dans une position délicate puisqu’on induit qu’un élève musulman pratiquant va forcément demander le report de l’épreuve", observe-t-il. Sans compter les problèmes d’organisation : "Ce genre de mesure peut provoquer une vraie pagaille. Et puis que va-t-on faire si tous les élèves répondent 'oui' parce qu’ils veulent avoir un jour de plus pour réviser ?"

Sur les réseaux sociaux, élus, politiques ou défenseurs de la laïcité de tout bords n'ont pas manqué de commenter abondamment la note du Siec.


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Un simple rappel de la règlementation existante ?

Du côté du Siec, on ne comprend pas la polémique. "Cette note ne fait que rappeler la réglementation applicable, en réponse à des demande qui nous parviennent depuis une dizaine de jours, de la part de chef d’établissements qui nous demandent quelle conduite tenir face à des demandes de report de candidats ou d’examinateurs en raison de l’Aïd", explique à France 24 Vincent Goudet, directeur de la Maison des examens en Ile-de-France et auteur de la note.

Pour les enseignants, une circulaire de la fonction publique du 10 février 2012 précise que ceux qui le demandent doivent se voir accorder une autorisation d'absence pour une liste de fêtes religieuses, dont l'Aïd el-Fitr, précise-t-il. Pour les candidats au bac, c'est la circulaire du 18 mai 2004 sur le port des signes religieux qui s'applique, indiquant que l'institution scolaire "doit prendre les dispositions nécessaires pour qu'aucun examen ni aucune épreuve importante ne soit organisé le jour de ces grandes fêtes religieuses".

Mais pour Phillippe Tournier, il y a une grande différence entre ces textes "que l’on connaît bien" et la note envoyée le 30 juin. "D’un côté, une réglementation existante explique qu’un élève ou un fonctionnaire peut légitimement faire une demande d’absence [...] ; d’un autre côté un texte dont on n’avait aucun besoin, demande qu’on interroge les élèves sur leur pratique religieuse, or c’est de l’anticipation et ce n’est pas de l’Éducation nationale que doit venir l’initiative". Et de marteler : "Un élève ou un fonctionnaire peut faire une demande qui est légitime, mais qui peut être refusée. Cela n’a jamais été un droit".

De son côté, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, voit dans cette circulaire du Siec, "une initiative qui peut créer un problème là où il n’y en a pas, en plus d’être contraire à l’approche laïque". "Il n’y a pas lieu d’anticiper d’éventuelle demandes d’absences, pour la bonne raison que cette démarche revient à assigner les élèves à leurs pratiques religieuses et à les distinguer entre eux", estime-t-il. Évoquant la règlementation en vigueur, il souligne que les convictions religieuses ne sauraient être opposées ni à l’obligation d’assiduité ni aux modalités d’un examen.

Les principaux syndicats de chefs d’établissement ont d’ores et déjà prévenu qu’ils n’appliqueraient pas la directive controversée.
 

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