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Zimbabwe : Mugabe tient l'Occident responsable du non-paiement des fonctionnaires

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, le 13 avril 2016.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe, le 13 avril 2016. Jekesai Njikizana, AFP

Alors que les mouvements de contestations se sont multipliés au Zimbabwe cette semaine, le président Robert Mugabe a tenu, vendredi, les sanctions économiques occidentales pour responsables des difficultés de l’État à payer ses fonctionnaires.

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Il ne s’était pas encore exprimé sur les troubles sociaux qui agitent le Zimbabwe depuis plusieurs jours. Vendredi 8 juillet, le président Robert Mugabe a profité d’un meeting devant les partisans du Zanu-PF, son parti, pour accuser les sanctions occidentales d’être à l’origine des difficultés de l’État à payer ses fonctionnaires.

"Nous avons des problèmes avec les sanctions. Les États-Unis doivent encore les lever, et l'Union européenne en a levé quelques-unes, a déclaré le chef de l’État de 92 ans. Les fonctionnaires n’ont pas pleinement conscience des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Cela ne signifie pas que nous sommes pauvres."

"Les retards dans le paiement des salaires est un problème temporaire. Ce n’est pas une raison pour les professeurs, les médecins et les infirmières de se mettre en grève", a ajouté le président, sans préciser que les sanctions imposées par les pays occidentaux en raison des violations des droits de l'Homme au Zimbabwe visaient sa personne et son entourage mais pas les institutions du pays.

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"Des entreprises [...] ne déposent pas leur argent à la banque", a poursuivi Robert Mugabe pour justifier le manque de liquidités. "Maintenant que les banques n'ont pas d'argent, comment les travailleurs peuvent-ils être payés alors que l'argent à la banque est celui que le gouvernement utilise pour payer les salaires des fonctionnaires ?", a-t-il lancé.

"Nous ne disons pas que nous n'allons pas payer les salaires, mais nous disons que le gouvernement doit gérer de nombreux services publics, et certains d'entre vous ne comprennent pas cela", a encore dit l'homme fort d'Harare, au pouvoir depuis 1980.

Opération "ville fantôme" à Harare

Mardi, les fonctionnaires ont entamé une grève pour protester contre le non paiement de leur salaire. Ils ont seulement reçu en juin une maigre avance de 100 dollars, faute de liquidités. Seuls les membres de sécurité ont été dûment payés.

Mercredi, une journée de grève a été organisée dans tout le pays pour protester contre la crise économique. À Harare, la capitale, une opération "ville fantôme" a été organisée via les réseaux sociaux. Des banques étrangères et magasins de vêtements ont fermé dans le centre-ville, alors que des centaines de jeunes ont bloqué des routes dans le quartier de Mufakose, à l'ouest d'Harare, pour empêcher les gens d'aller travailler.

Dans le Sud, à Bulawayo, deuxième ville du pays et bastion de l'opposition, les magasins, les banques et même les tribunaux étaient fermés, tandis que les transports en commun étaient paralysés, a constaté un correspondant de l'AFP.

Un manifestation lors du mouvement de contestation à Bulawayo, deuxième ville du pays et bastion de l'opposition.
Un manifestation lors du mouvement de contestation à Bulawayo, deuxième ville du pays et bastion de l'opposition. Stringer, AFP

L'opération de mercredi, suivie dans les plus grandes villes du pays, a été organisée via Twitter, Facebook et WhatsApp par un pasteur zimbabwéen de 39 ans, Evan Mawarire, désireux de protester contre le gouvernement de Robert Mugabe qui, dit-il, "a permis la corruption, l'injustice et la pauvreté". "Nous sommes arrivés à un point où tout le monde dit "assez". La réponse a été extraordinaire... C'est ce dont nous avions tous besoin, quelque chose qu'on peut faire tous ensemble", a déclaré Evan Mawarire à Reuters.

"Les gens n'ont plus rien à perdre"

Cette grève nationale, fait suite à plusieurs jours de manifestations dans tout le pays, constitue une première au Zimbabwe depuis 1998, quand des protestations contre le prix du pain avaient dégénéré. Ces manifestations sont "un signe de l'effondrement de l'économie. Les gens n'ont plus rien à perdre" dans un pays où 90 % de la population n'a pas d'emploi formel, a affirmé à l’AFP Dumisani Nkomo, porte-parole de l'organisation non gouvernementale "Coalition contre la crise au Zimbabwe".

"Cela montre que les gens n'ont pas confiance dans le gouvernement. Le président a promis des emplois mais à la place les gens perdent leur travail et vont se coucher le ventre vide", a dénoncé Zivanai Muzorodzi, porte-parole d'une association de défense des droits de l'Homme à Masvingo.

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Lundi, une manifestation de chauffeurs de bus protestant contre la corruption policière avait été réprimée. Bilan : 113 arrestations et des blessés mordus par des chiens policiers, selon l'organisation des avocats pour les droits de l'Homme au Zimbabwe. Trois jours plus tôt, 71 personnes avaient été interpellées après avoir bloqué le poste-frontière de Beitbridge, limitrophe de l'Afrique du Sud pour protester contre l'interdiction de l'importation de certains produits de première nécessité.

Le Zimbabwe traverse une grave crise économique depuis les années 2000 et une réforme agraire controversée où des milliers de fermiers blancs ont été expropriés au profit de la majorité noire. Une forte sécheresse a aggravé cette année la situation. Depuis 2009, le pays n'a plus de devise nationale. Le dollar zimbabwéen a été abandonné car il était devenu inutilisable à cause d'une inflation folle, de l'ordre de plusieurs milliards de pour cent en 2008.

Avec AFP et Reuters

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