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On a imprimé le doigt d'une victime en 3D pour déverrouiller son smartphone et trouver son meurtrier

Pour poursuivre une enquête, un faux doigt a été imprimé en 3D afin de déverrouiller le téléphone de la victime.
Pour poursuivre une enquête, un faux doigt a été imprimé en 3D afin de déverrouiller le téléphone de la victime. Jørgen Håland, Flickr

Des étudiants et des professeurs de l’université du Michigan (États-Unis) ont conçu un doigt imprimé en 3D pour aider la police à résoudre une affaire de meurtre en déverrouillant le smartphone de la victime.

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Quand une personne est tuée et que son meurtrier est en fuite, fouiller dans le portable de la victime s’avère souvent utile pour dégager de nouvelles pistes. Mais voilà, à l’heure du smartphone ultra sécurisé, déverrouiller un téléphone dont on ne connait pas le mot de passe n’est pas simple, même pour le FBI.

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Pour aider la police locale à résoudre le mystère d’une affaire de meurtre, des étudiants et des professeurs du Département de sciences informatiques et d’ingénierie de l’université du Michigan ont travaillé d’arrache-pied pour concevoir un faux doigt en 3D à partir des empreintes digitales d'une victime de meurtre.

Le but ? Déverrouiller son téléphone et tenter de comprendre qui lui voulait du mal.

La technique de l’encre et du papier

Le projet serait dans les cartons depuis plusieurs semaines, a expliqué Anil Jain, chef de l’étude, à Mashable. Le mois dernier, la police du Michigan a contacté l’ingénieur après avoir vu une de ses vidéos YouTube montrant qu’en utilisant de l’encre conductrice et du papier, il était possible de déverrouiller un smartphone. Son travail et celui de ses équipes se focalise sur des téléphones Samsung et Huawei et avait déjà été publié en février.

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Dans le cas pour lequel il a été sollicité, la police avait "besoin de déverrouiller le téléphone d’une victime décédée pour identifier son meurtrier ou un suspect", explique Anil Jain à Mashable. Les autorités possédaient bien les empreintes digitales de la victime, mais la technique de l’encre conductrice et du papier ne marchait pas pour son téléphone, un Samsung Galaxy S6.

Des doigts ultra précis imprimés en 3D

Les scanners d’empreintes digitales ont considérablement évolué depuis leur création. Petit à petit, les premiers scanners optiques ont été remplacés par de nouveaux scanners biométriques, qui utilisent de petits circuits pour collecter des données, permettant une numérisation plus précise encore des minuties du doigt.

L’équipe de Anil Jain a dû utiliser différentes sortes de machine d'impression en 3D pour pouvoir créer un modèle de doigt à partir des empreintes de la victime, et y apposer ensuite de l’encre conductrice.

L’impression 3D devait être d’une résolution ultra précise, a expliqué l’ingénieur, car la capacité d’analyse du lecteur d’empreintes digitales du téléphone est extrêmement élevée.

Ces machines performantes mais coûteuses étant mutualisées entre les chercheurs, il a fallu plusieurs semaines à l’équipe pour achever son fameux doigt en 3D, et tester plusieurs matériaux conducteurs.

“Dans les prochaines semaines, nous allons terminer d'imprimer les dix doigts et nous verrons", indique Anil Jain. "Il n’y a aucune garantie que ça marche."

Est-ce bien légal ?

L’utilisation du doigt d’une personne – même si c'est une copie en 3D – pour accéder à un téléphone pose une ribambelle de questions en termes de sécurité et de respect de la vie privée. Si le problème est moins gênant pour une victime décédée, il se pose de manière plus flagrante quand il s'agit des vivants. Pourrait-on justifier l'utilisation de l'empreinte d’un suspect en vie ?

Aux États-Unis, techniquement, oui. Bryan Choi, un expert en droit numérique américain, explique que "la cour de justice différencie le ‘contenu de l’esprit’ (qui est protégé) des éléments du corps ‘tangibles’ comme le sang, l’ADN, les empreintes digitales (qui ne sont pas protégés)".

Une cour de justice en Virginie avait même statué en 2014 que les suspects pouvaient être amenés à déverrouiller leur téléphone avec leurs empreintes digitales dans une enquête. Elle a ajouté que les informations biométriques n’étaient pas sous la coupe du cinquième amendement, qui protège contre les abus de l'autorité du gouvernement dans une procédure juridique.

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En France, la question ne s’est pas encore posée d’un point de vue législatif mais utiliser les empreintes d’un suspect pour déverrouiller son téléphone pourrait potentiellement être contraire aux conventions de protection des droits de l’homme et à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés du 6 janvier 1978.

Et pourtant, l’article 55-1 du code pénal punis d’un an de prison et 15 000 euros d’amende le refus d’un suspect de se soumettre à des opérations de prélèvement. Et même si aucune loi ne spécifie que ces prélèvements peuvent être utilisés pour déverrouiller un téléphone, la police pourrait très bien se reposer sur les dispositions anti-chiffrements du code pénal.  

En attendant que la situation s’éclaircisse, les utilisateurs d’iPhone peuvent se rassurer. S’il n’a pas été déverrouillé dans les huit heures avec le lecteur d'empreinte digitale, leur téléphone exigera un mot de passe à la prochaine tentative de déverrouillage.

– Retrouvez l'article de Tim Chester sur Mashable.

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