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Grande Guerre : ces soldats britanniques tombés en Palestine

L'une des 2 500 tombes du cimetière britannique de Jérusalem.
L'une des 2 500 tombes du cimetière britannique de Jérusalem. Stéphanie Trouillard, France 24

À l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, France 24 revient sur un front méconnu, celui de Palestine où les Britanniques se sont battus. De cette campagne militaire, il reste un stigmate : l'imposant cimetière de Jérusalem.

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envoyée spéciale à Jérusalem

Depuis le début de l’année 2016, des milliers de touristes ont arpenté en France les lieux de combats de 14-18 à l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun et de la Somme. Beaucoup se sont rendus dans les nécropoles pour déposer des fleurs sur les tombes des soldats fauchés durant la Grande Guerre ou au pied des monuments qui rendent hommage aux disparus.

Mais à des milliers de kilomètres des champs de bataille français, d’autres cimetières de la Première Guerre mondiale reçoivent beaucoup moins de visiteurs. C’est le cas de celui de Jérusalem. Loin des circuits touristiques, les guides de voyage se contentent de le mentionner sans en faire grand cas. Situé sur le Mont Scopus, à quatre kilomètres au nord-est de la vieille ville, il est pourtant chargé d’histoire. C’est ici qu’ont été enterrées, il y a un siècle, les dépouilles de plus de 2 500 soldats britanniques.

Le cimetière britannique de Jérusalem
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Un cimetière parfaitement entretenu

Ce qui frappe en pénétrant dans ce lieu, c’est cette impression de déjà vu. Le cimetière de Jérusalem se trouve au Proche-Orient, mais il ressemble en tous points aux cimetières qui parsèment le nord et l’est de la France. De part en part, des centaines de pierres tombales blanches marquées principalement d’une croix et d’un insigne militaire. Des parterres de fleurs colorées parfaitement entretenus ponctuent ces rangées impeccablement alignées.

Pas un brin d’herbe ne dépasse dans ce lieu dont la Commonwealth War Graves Commission (CWGC), l’organisme qui s'occupe partout dans le monde des tombes des soldats des États du Commonwealth morts au cours des deux guerres mondiales, a la charge. "Les jardiniers travaillent tous les jours. Il y a une équipe de quatre personnes à temps plein", explique Jeffrey Mish, le responsable du CWGC en Israël, tout en désignant un des employés en train d’arroser un rosier devant l'une des tombes.

Ces hommes dont les dépouilles reposent à Jérusalem ont pour la plupart perdu la vie lors des combats qui ont fait rage dans la région de 1917 à 1918 entre les forces britanniques et l’empire Ottoman, alors allié de l’Allemagne. Comme le résume l’historien militaire Stuart Hadaway*, cette présence militaire britannique, bien loin de l’Europe, avait alors trois principales raisons.

"Beaucoup de politiciens et de généraux en Grande-Bretagne pensaient que la guerre ne pourrait pas se gagner sur le front de l’Ouest et cherchaient une autre façon de combattre les alliés de l’Allemagne et d’attaquer par l’arrière. L’autre objectif était de réduire la pression sur l’armée russe, en grande difficulté en 1917. Enfin, cette campagne était aussi un moyen pour les Britanniques de protéger le Canal de Suez qui était un lien vital pour l’industrie de guerre, permettant la circulation des navires marchands depuis l’Extrême-Orient", résume ce spécialiste de la campagne de Palestine.

La campagne de Palestine

Le propre grand-père de Jeffrey Mish, un soldat australien, a combattu au cours de cette campagne qui a conduit notamment à la prise de Jérusalem le 9 décembre 1917. "Il faisait partie de l'Imperial Camel Corps, un régiment de cavaliers montés sur des chameaux. C’est incroyable que je sois moi-même ici, sur cette même terre, 100 ans après, à travailler pour le CWGC", raconte son descendant, un horticulteur de profession.

Par miracle, l’ancêtre de Jeffrey Mish a survécu au conflit. Mais beaucoup de ses camarades ne sont jamais rentrés chez eux. Les conditions étaient en effet particulièrement éprouvantes pour les combattants en Palestine. "Tout d’abord, les Ottomans se défendaient très bien. Ils étaient durs, obstinés, courageux. Ils étaient bien plus endurants que les Européens", décrit Stuart Hadaway.

"D’autre part, les troupes britanniques ont commencé à se battre dans le désert du Sinaï, puis elles ont été envoyées dans les Monts de Judée. Les soldats portaient au départ des uniformes légers et ils se sont retrouvés subitement en altitude avec des températures très basses et beaucoup de précipitations. Ils ont aussi souffert du manque d’eau et des difficultés de ravitaillement."

Des archives photographiques sur l'armée britannique en Palestine durant la Grande Guerre
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"À mon mari bien-aimé. Il ne sera jamais oublié"

Au total, au cours de cette campagne qui s’est soldée par la victoire des forces alliées le 31 octobre 1918 avec la signature de l’armistice de Moudros, les forces britanniques ont comptabilisé près de 550 000 morts, blessés ou disparus. Malgré l’importance de ces pertes, cet épisode de la Grande Guerre se résume souvent à quelques lignes dans les manuels d’histoire.

"La guerre au Moyen-Orient a été éclipsée par les destructions massives en France et en Belgique, là où se trouvait principalement les forces alliés et où l’Allemagne, le principal ennemi, a été battue, estime Stuart Hadaway. On ne se souvient finalement des combats de la Première Guerre mondiale dans cette région qu'à travers les exploits de Lawrence d’Arabie qui apparaissent beaucoup plus glamour que l’hécatombe du front de l’Ouest."

Un siècle plus tard, les tombes du cimetière de Jérusalem sont les derniers témoins de cette campagne de Palestine. Même si ce lieu se veut particulièrement paisible et même étrangement reposant, chacune de ces pierres tombales saisissent les visiteurs. En un regard, elles rappellent le lourd tribut payé par l'armée britannique.

Comme dans tous les cimetières entretenus par le CWGC, la plupart de ces tombes comportent une inscription personnalisée, choisie par la famille du défunt. Des épitaphes particulièrement poignantes, symboles de jeunesses foudroyées et d’amours brisés. Sur celle du sous-lieutenant George Cecil Henry, mort à l’âge de 30 ans, le jour de la prise de Jérusalem, sa femme Dorothy a fait inscrire pudiquement : "À mon mari bien-aimé. Il ne sera jamais oublié."

Les vestiges de la Grande Guerre dans la ville de Jérusalem
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*Stuart Hadaway est l'auteur de l’ouvrage "From Gaza to Jerusalem: The First World War in the Holy Land", The History Press, 2016

 

 

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