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Tim Kaine, "l'ennuyeux" colistier d'Hillary Clinton qui ne traîne aucune casserole

Tim Kaine à la convention démocrate à Philadelphie, le 27 juillet 2016.
Tim Kaine à la convention démocrate à Philadelphie, le 27 juillet 2016. Robyn Beck, AFP

Il était inconnu du grand public et s’est décrit lui-même comme un homme "ennuyeux". Tim Kaine, le colistier d’Hillary Clinton possède pourtant plusieurs atouts dont celui de plaire aux électeurs démocrates... et républicains.

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Pour un homme décrit comme ennuyeux, Tim Kaine a plutôt l’air d’amuser la galerie. Mercredi 27 juillet, le sénateur de Virginie, officiellement désigné par les délégués démocrates comme le candidat officiel à la vice-présidence des États-Unis, s’est lancé dans une petite imitation acerbe de Donald Trump, l’adversaire républicain. Une saynète qui a déclenché l’hilarité du public et des 5 000 délégués présents lors de la convention démocrate de Philadephie.

"Croyez-moi" a-t-il répété, en adoptant la gestuelle et les tics de langage du magnat de l’immobilier et en tournant en ridicule ses promesses de campagne. "Croyez-moi : on va construire un mur et le Mexique va le payer. Croyez-moi : on va éliminer Daech et on va le faire très vite. Croyez-moi : il n’y a rien de douteux dans ma déclaration d’impôts [que Trump refuse de divulguer]".

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La presse n’a pourtant pas toujours été tendre envers cette personnalité politique inconnue du grand public, jugé "gentil", "bon gars" mais "passablement rasoir". "Je suis ennuyeux", avait déjà déclaré Kaine lui-même en juin sur NBC. Une petite phrase qui avait fait les choux gras de la presse outre-Atlantique, sans toutefois forcément l’handicaper. "Vous savez quoi ? Je me fous qu’il soit ennuyeux, mignon ou drôle, du moment qu’il fait le job", l’a défendu l’actrice Whoopi Goldberg, dans l’émission américaine The View sur ABC.

Un homme d’expérience

Alors qu’Hillary Clinton aurait pu choisir comme colistier une femme ou une personne issue de la minorité noire ou Latino, elle a préféré un homme austère. Austère, mais surtout irréprochable.

Car Tim Kaine ne semble avoir aucune casserole : preuve en est, l’équipe de campagne de Trump ne trouve rien pour l’attaquer. Tout juste ses rivaux rappellent-ils qu’il est au centre d’un "scandale de cadeaux" qui n’en est pas vraiment un. Quand il était gouverneur de Virginie, de 2002 à 2010, Tim Kaine a accepté des dons d’amis à hauteur de 150 000 euros pour financer des déplacements professionnels. Mais à cette époque, la pratique était parfaitement légale dans l’État et le colistier avait scrupuleusement déclaré les sommes reçues.

Le camp démocrate espère donc profiter de ce CV parfait. Face à Donald Trump, décrié pour son amateurisme politique et économique, et même face à Hillary Clinton qui cumule les "scandales", réels ou fantasmés, Tim Kaine est un gage de stabilité. L’ex-Première dame, qui a bien saisi l’avantage de s’afficher avec un homme à la tête "swing state" [État indécis capable de faire basculer le résultat d’un vote final], ne manque pas de vanter ses qualités. Il est un homme d’expérience : maire de Richmond (1998-2001), gouverneur de Virginie (2006-2010), président du Parti démocrate (2009-2011), il est aussi sénateur depuis 2013. Et il n’a jamais perdu une élection, précise la candidate démocrate.

La politique extérieure est aussi un de ses domaines de prédilection. Membre du comité des Forces armées [commission qui s’occupe des questions de sécurité nationale au Sénat], il siège également au sous-comité des Affaires étrangères pour le Proche-Orient, l'Asie du Sud, l'Asie centrale et l'Anti-terrorisme. Il y a acquis la réputation d’un homme de dialogue.

De Harvard au Honduras

Conscient de ses qualités et de sa réputation sans tache, Barack Obama l’avait déjà envisagé comme colistier lors de sa première campagne présidentielle avant de, finalement, choisir Joe Biden. Sans doute le président américain avait-il déjà remarqué son côté fédérateur. Car Tim Kaine a tout pour plaire aux démocrates et… aux républicains. C’est même là qu’Hillary Clinton l’attend : pour l’aider à récupérer les voix des indécis avant qu’ils ne filent dans le camp adverse. "Honnêtement, je cherche à détester Tim Kaine mais je n’y arrive pas. Bravo à un ami et à un homme bien", a écrit sur son compte twitter, le sénateur républicain Jeff Flake.

L'une des armes de Tim Kaine : sa foi. Né en 1958 dans le Minnesota, Tim Kaine a grandi dans une famille modeste et catholique très pratiquante. Pendant son cursus à la prestigieuse école d’Harvard (dont il sortira diplômé de droit en 1983), il prend une année sabbatique pour se rendre au Honduras et enseigner dans une école tenue par des Jésuites – au risque de perdre sa bourse mais convaincu que son devoir de chrétien est aussi d’aider les autres. Il revient complètement bilingue et en fait un atout politique.

En 2013, Tim Kaine a prononcé au Sénat un discours entièrement en espagnol – et de plus de 10 minutes – pour soutenir la réforme de l’immigration d’Obama. Un tour de force pour séduire l’électorat latino.

Contre l’avortement, contre la peine de mort

Et ses convictions, qui pourraient lui mettre à dos l’électorat féministe de Clinton, notamment son opposition à l’avortement, séduisent les républicains. Mais Tim Kaine soigne aussi son image d’homme consensuel et "progressiste" : pour lui, le recours à l’IVG doit être laissé à l’appréciation de chaque femme. Il s’est aussi prononcé contre la peine de mort et pour une meilleure justice sociale. En tant qu’avocat, il a souvent défendu les victimes de discrimination en matière de logement.

Depuis la tuerie à l’université de Virginia Tech en 2007, qui a fait 33 morts dans son État, Tim Kaine s’est aussi battu pour un contrôle strict du marché des armes à feu. "C'était le pire jour de ma vie et cela sera toujours le pire jour de ma vie", avait déclaré ce père de trois enfants, lors d'une intervention en séance au Sénat.

Reste que Tim Kaine n’a pas que des admirateurs. L’ancien candidat démocrate Bernie Sanders lui reproche sa trop grande sympathie envers le monde de l’entreprise. Il a notamment contribué à faire baisser les impôts des PME à Richmond. Il soutient aussi la ratification du partenariat transPacifique (TPP), un accord de libre-échange entre les États-Unis et plusieurs pays du Pacifique, qu’Hillary Clinton avait soutenu en tant que secrétaire d’État, avant de s’y opposer aujourd’hui.

Les militants verts lui reprochent aussi sa tiédeur à l’égard des dossiers écologiques, notamment sur les questions d’énergie fossile. Autant de chantiers auxquels cet homme "ennuyeux" devra s’atteler pour honorer sa mission : ne pas laisser s’échapper de précieuses voix vers l’abstention ou vers le camp adverse.

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